« Comment les poissons arrivent-ils dans les lacs de montagne ? ». Pas par magie évidemment.
Mais une fois posée, la réponse ne semble pas si évidente. Par les rivières ? Les lacs de montagne sont bien souvent isolés du reste des cours d’eau, on voit mal comment un saumon parviendrait jusque-là.
Pourtant, même à 2 000 mètres d’altitude, on trouve parfois truites, ombles ou vairons dans des eaux cristallines. Le mystère a des explications multiples, même si une prévaut bien plus que les autres.

La main de l’Homme d’abord et avant tout
Navré de casser la magie de la nature mais c’est, de loin, la cause principale aujourd’hui : la plupart des lacs d’altitude ont été colonisés par l’homme.
Historiquement, on retrouve des traces de ces introductions (appelées « alevinages ») dès le VIIᵉ siècle, à l’époque des Wisigoths dans les Pyrénées. Les poissons servaient alors de réserve alimentaire aux habitants des vallées ou aux moines isolés dans les monastères d’altitude.
Pendant des siècles, le transport se faisait à dos de mulet, dans des seaux ou des outres remplies d’eau fraîche. Au XXᵉ siècle, la technique a pris une dimension industrielle : mules remplacées par des camions-citernes, puis lâchers depuis des hélicoptères dans les années 1960 pour atteindre les lacs les plus inaccessibles.
Dans les années 1990, la pratique a atteint un pic, avant d’être encadrée pour limiter les déséquilibres écologiques.
Des arrivées naturelles, mais rarissimes
Dans de très rares cas, un poisson peut atteindre un lac sans intervention humaine, par exemple lors d’une crue exceptionnelle qui relie temporairement un lac à un cours d’eau.
L’hypothèse selon laquelle des oiseaux, comme les hérons ou les canards, transporteraient involontairement des œufs collés à leurs pattes ou ayant traversé leur système digestif, est aujourd’hui fortement remise en question. Une étude de l’Université de Bâle montre qu’aucune preuve scientifique solide n’étaye ce mécanisme, qui reste donc très improbable.

Une question devenue un débat écologique
L’introduction de poissons dans les lacs de montagne, longtemps considérée comme une pratique anodine ou simplement liée à la pêche de loisir, suscite aujourd’hui des débats sur son impact écologique : relâcher des alevins dans des plans d’eau souvent isolés et très froids par des moyens considérés comme carbonés avec l’hélicoptère.
Si certains soulignent les bénéfices pour la pêche et le tourisme local, les chercheurs mettent en garde contre les perturbations des écosystèmes. Selon eux, les poissons introduits peuvent devenir des super prédateurs pour les amphibiens et les insectes aquatiques, altérer les populations locales ou même provoquer des hybridations. Les lacs de haute altitude, naturellement pauvres en nutriments et isolés, sont particulièrement vulnérables à ces interventions.