Secours en montagne : quel est le profil type de ceux qui appellent l’hélicoptère ?

« Il y a quelque temps, nous sommes allés chercher quatre randonneurs en face est du Néron, en amont du couloir Godefroy. Sur leur application de smartphone figurait un vague sentier. En réalité, plus personne ne passe là depuis 50 ans. Je les ai retrouvés dans une situation scabreuse, accrochés à des arbres au-dessus d’une barre rocheuse de 20 mètres. »

À l’image du brigadier-chef Jean-Baptiste Bois, secouriste et adjoint au chef de la CRS Alpes de Grenoble (Compagnie républicaine de sécurité), les secouristes tirent aujourd’hui le signal d’alarme : une nouvelle population de touristes et d’usagers de la montagne, attirés par les splendides images véhiculées par les réseaux sociaux, se lance dans des aventures qui les dépassent totalement.

« Les réseaux sociaux vendent du rêve et démystifient le milieu de la montagne »

En Isère, l’alerte avait été lancée l’hiver dernier lorsqu’à plusieurs reprises, il a fallu aller chercher au Moucherotte – à près de 2000 mètres d’altitude – des promeneurs en détresse que des photos de coucher de soleil postées sur Instagram avaient incités à bivouaquer sans équipement.

Température : – 15°C. Et rafales à faire frémir un Inuit en expédition sur la banquise… « Les réseaux sociaux ont forcément une incidence dans la mesure où ils vendent du rêve et démystifient le milieu de la montagne », commentait dans les colonnes du Dauphiné libéré le major Benjamin Valla, chef de la CRS Alpes de Grenoble. 

Un manque de sensibilisation

Six mois plus tard, en plein cœur de cette saison estivale, le phénomène a encore pris de l’ampleur : « Il y a un nouveau public qui se lance en montagne et nous avons le sentiment que cette tendance est en pleine expansion. C’est évidemment une très bonne chose mais il existe un véritable problème de formation, de sensibilisation aux risques, de prise de conscience du fait que la montagne est un milieu hostile », explique encore Jean-Baptiste Bois.

« Il semble effectivement que, pour certains usagers, il n’y ait plus d’étape de construction d’expérience montagnarde. J’ai un peu la sensation que beaucoup de pratiquants “consomment” la montagne en tant que lieu photogénique. Ils veulent voir ces belles choses sans prendre le temps d’apprendre l’environnement montagnard et les conditions qui le régissent », abonde l’adjudant-chef Mathias Flandin, du PGHM de l’Isère (Peloton de gendarmerie de haute montagne).

« Une partie de la population ne s’informe que sur les réseaux sociaux »

Début juillet, la CRS Alpes et la Sécurité civile sont allées chercher des randonneurs inexpérimentés bloqués dans une ravine, entre le refuge de la Muzelle et le Lauvitel, en Oisans :

« Ils n’avaient pas pu franchir un passage difficile et ils n’étaient pas en mesure de faire demi-tour pour redescendre des pentes raides de neige qu’ils avaient franchies à la montée du col du Vallon. L’un d’entre eux m’a demandé ensuite pour quelle raison il n’y avait pas de panneau pour signaler le passage dangereux ! J’ai objecté que l’ensemble de la montagne était un milieu dangereux. Puis il m’a expliqué qu’il avait lu sur internet qu’il n’y aurait plus de neige dans ce secteur à partir du 1er juillet. Je lui ai répondu que le secours en montagne ne déneigeait pas les sentiers dans la nuit du 30 juin au 1er juillet », raconte Jean-Baptiste Bois en riant.

Son collègue Jérôme Corral, l’un des cadres du PGHM de l’Isère, confiait il y a quelques mois « qu’en montagne, une partie de la population, notamment les plus jeunes, ne s’informe que sur les réseaux sociaux, où les informations importantes sont noyées dans une masse d’images et de commentaires qu’il est compliqué de trier. En fait, nous ne parvenons à faire de la pédagogie qu’une fois le secours effectué ».

Le nombre d’interventions est déjà en hausse à la fin juillet ;

Côté statistiques, l’activité secours a augmenté de 6 % en 2024 pour la randonnée, ainsi que Le Dauphiné libéré l’indiquait dans une enquête publiée il y a quelques jours. Par ailleurs, 266 personnes sont mortes en 2024 en altitude, niveau inédit.

En Isère, les premières données très partielles semblent annoncer une activité encore accrue du secours en montagne par rapport à 2023. À la fin juillet 2025 et depuis le début de l’année, la CRS Alpes Isère a réalisé 50 secours de plus qu’à la même période en 2024, dont 32 interventions supplémentaires au bénéfice de randonneurs.

Quel est le profil des secourus ? 

S’il y a encore quelques années, trop de randonneurs se lançaient en montagne sans être correctement équipés, cette tendance tend aujourd’hui à s’atténuer. « Il est frappant de constater que, cet été, nous portons régulièrement secours à une population de jeunes gens qui ont pris le temps d’acheter du bon matériel mais qui n’ont acquis aucune expérience avant de se lancer dans des itinéraires difficiles », note Jean-Baptiste Bois, de la CRS Alpes Grenoble.

Le policier évoque notamment une population de Parisiens qui arrivent par le train et qui se lancent dans de longs raids itinérants sans aucune expérience. Ainsi, le fameux cliché du citadin courant en montagne – le bec enfariné mais avec enthousiasme – vers une catastrophe annoncée, demeure d’actualité.

Appeler l’hélicoptère : pas la première solution

« Certains randonneurs se pensent en grande difficulté alors qu’ils sont tout prêts d’itinéraires fréquentés. Récemment, nous sommes allés secourir deux randonneuses épuisées au col des Lessines, à Chamrousse. Quand nous sommes arrivés sur les lieux, nous avons constaté que de nombreux autres randonneurs se trouvaient à proximité immédiate, mais le premier réflexe des requérantes avait été d’appeler le secours en montagne alors qu’elles auraient pu se faire aider directement. »

D’une manière générale, CRS Alpes et PGHM mettent d’ailleurs tout en œuvre pour guider par téléphone les randonneurs égarés ou fatigués : « L’objectif est d’éviter de faire décoller les hélicoptères systématiquement. Mais le problème, c’est que, l’inexpérience aidant, la panique ressentie par certains dans un terrain un peu raide est telle qu’ils se mettent vraiment en danger. Il est alors hors de question de leur laisser courir des risques, et nous leur portons évidemment assistance. »

Article issu du Dauphiné Libéré

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