Se rendre au village de Versoye est un parcours du combattant. La chaussée est étroite, ne laissant circuler qu’un seul véhicule. Après Bonneval-les-Bains, de la neige transformée en glace empêche notre véhicule de monter malgré les quatre pneus neige. Un panneau indique que la commune de Bourg-Saint-Maurice – Les Arcs ne déneige plus au-delà. Tant pis. Un espace permet de garer la voiture. Plus haut, un panneau de randonnée indique : « Versoye – 50 minutes ».
Après une marche à l’ombre de la forêt qui borde le torrent du Versoyen à suivre les traces d’animaux sauvages dans la poudreuse, quelques chalets baignés par le soleil pointent au loin. Là-haut, à 1 410 mètres d’altitude, s’élève Versoye. Ici, tout est calme. Seul le clapotis de l’eau du bachal rompt le silence. Garés sur le bas-côté, des quatre-quatre équipés de chaînes témoignent d’une présence humaine. Puis un chien vient quémander quelques caresses.
C’est au détour d’un chalet fraîchement rénové que nous apercevons un homme s’affairer dans un grand garage aménagé. « Bienvenue à Versoye », sourit Philippe Deprele. Lui, « l’un des trois habitants à l’année de ce village, avec mon épouse et mon fils qui tient un gîte plus haut ». Hormis cette famille, personne ne vit dans le hameau été comme hiver.
« Parfois, des fous tentent de monter »
Le retraité de 67 ans, ancien propriétaire d’un garage à Bourg-Saint-Maurice, réside à Versoye depuis 1998. « J’étais candidat dans une liste municipale. On avait perdu. Une autre personne de la liste m’a dit qu’il vendait sa maison à Versoye. Avec mon épouse, on est montés et là, ce cadre… ». Philippe s’interrompt. Son regard se perd dans le paysage qui s’offre à lui. En face, la station de La Plagne et un bout d’ Arc 1800. À gauche, les pentes enneigées de la face nord de l’Aiguille du Clapet.
Derrière, débute le massif du Mont Blanc et ses vallées reculées des Veys aux Chapieux. Le sexagénaire termine sa phrase : « Le décor est exceptionnel. Puis c’est le calme royal ici. On n’a personne qui vient nous emmerder ». En dehors de « quelques fous, parfois, qui tentent de monter et qui coincent leurs bagnoles dans la neige car ils sont mal équipés ». Philippe laisse échapper un rire.
Cette route, il la connaît bien. C’est lui qui déneige sa propre chaussée depuis Bonneval-les-Bains. Soit 3,2 kilomètres. L’engin est à admirer devant sa demeure, un joli tracteur orange équipé d’une pelle à l’avant qui avoisine les 20 000 euros à l’achat.
Le retraité nous invite à entrer dans son atelier. À l’intérieur, toutes sortes de machines sont entreposées entre des meubles faits main ou en cours de réalisation. « Ici, il faut savoir tout faire. L’hiver, je passe le plus clair de mon temps dans cet atelier à travailler le bois, faire des meubles, en retoucher d’autres et j’en passe », décrit Philippe. En somme, « je suis un peu un couteau suisse ».

Un versant un temps envisagé pour la station des Arcs
Retour à l’extérieur où Philippe nous emmène admirer les bâtisses du village. Certaines joliment rénovées, d’autres où « tout est à faire », glisse le retraité. La plupart appartiennent à des propriétaires qui ne viennent que l’été et repartent aux premières chutes de neige.
Quelques vacanciers bravent la route jusqu’au gîte de son fils Thierry. Lors des jours de beau temps, comme ce dimanche, des fins connaisseurs du secteur montent à vélo à assistance électrique jusqu’à Versoye puis équipent leurs skis de peau de phoques.
Au-dessus du village , certains achèvent leur descente sur des pentes généreusement poudrées. La légende dit que l’un des fondateurs de la station des Arcs, Yvon Blanc , aurait un temps imaginé construire la célèbre station arcadienne sur ce versant-là. « Il aurait abandonné l’idée car le soleil faisait fondre la neige trop vite », relate Philippe.
Versoye reste et restera ce village préservé de toute remontée mécanique. C’est pourquoi, déclare le « papa » du village, « je ne partirais d’ici pour rien au monde ».

Article issu du Dauphiné Libéré