Niché en zone cœur du Parc national des Écrins, Dormillouse est un village accessible uniquement à pied. C’est bien ce qui en fait sa singularité. Un lieu de refuge d’hier à aujourd’hui. Pour les protestants d’abord. Puis pour des populations hippies dans les années 70. Et plus récemment, des personnes en quête de déconnexion et d’authenticité. Et pourtant. Tout cela aurait pu être différent.
Début 1930, des réunions s’organisent. Les discussions s’animent : une route pour accéder au village ? Autour du maire, Albert Anthouard, les premiers plans s’échafaudent. Le tracé suivra le sentier historique dit sentier du Tourniquet. « C’est l’entreprise Molinatti de Vallouise qui fera les travaux », détaille Serge Baridon montrant les photos de son arrière-grand-père accompagné d’un ingénieur des Ponts et Chaussées.
Brouette, pelles et pioches à la main, les hommes posent fièrement devant la cascade de la Pisse qu’ils viennent de sécuriser. Une preuve qui paraît presque irréelle aujourd’hui. La route, ou plutôt une piste, devait arriver à Dormillouse. Pour les habitants du hameau isolé, vivant dans des conditions rudes, se dessinent déjà les contours d’une vie meilleure.

Quelques traces encore visibles de cet ouvrage avorté
Des murs de soutènement sont érigés. Des poutrelles métalliques plantées. Un demi-tunnel pour passer la cascade de la Pisse est creusé. « Une voiture est même arrivée jusque-là (soit à peu près à mi-chemin du village N.D.L.R.) ! Les hommes poursuivent le tracé de la route avec les pelles et les pioches jusqu’au hameau. Les équipes de minage s’arrêtent juste après la cascade », poursuit-il.
D’autres champs de mines vont prendre le relais. On est en 1939. La Seconde Guerre mondiale interrompt les travaux. Et avec elle, la fin de la route conduisant jusqu’au hameau de Dormillouse. Selon Serge Baridon et les récits de ses aïeuls, les travaux auraient repris après-guerre. « Un nouvel ingénieur est nommé sur le projet. Ils font un autre tracé qui correspond à celui du sentier actuel de l’ancienne route. Les travaux ont capoté au bout d’un moment. Ce qui est triste, c’est que le véritable sentier historique a disparu. Les habitants de Dormillouse se sont retrouvés sans route et avec un nouveau sentier ».
Il ne reste plus que quelques traces encore visibles de cet ouvrage avorté. Les murs de soutènement semblent encore attendre une route qui ne viendra plus. À peine recouverts par la végétation. Le demi-tunnel creusé à flanc de cascade est toujours visible. Même si l’on pense aujourd’hui qu’il s’agit de l’érosion. Ce sont bien des hommes et un compresseur qui en ont laissé la trace. Comme les contours d’un rêve qui s’estompent. Le temps recouvre lui aussi les marques du passé.
Article issu du Dauphiné Libéré