Il est des dates dont on se souvient pour longtemps. Pour Serge Revial, il s’agit du 8 août 2024. Le maire de Tignes s’installe au bout de la table du conseil municipal. La salle est pleine. La pression est grande. « Je n’ai pas dormi de la veille car je savais que la délibération allait faire l’effet d’une bombe au-delà de notre seul village », se remémore le Tignard.
La lecture de la délibération commence par ces mots : « La commune de Tignes a le choix de son avenir ». Celui de confier à une société publique locale (SPL) la gestion de ses remontées mécaniques, après 40 ans d’exploitation par la Compagnie des Alpes. Autrement dit, « reprendre notre destin en main » selon la formule martelée par Serge Revial.
Un ancrage familial au cœur de l’engagement
Le pari est risqué. Surtout à moins de deux ans des élections municipales. « Il faut du courage en politique », défend Serge Revial citant le Général de Gaulle comme modèle d’inspiration politique. Le 15 mars dernier, le maire de Tignes est triomphalement réélu avec 56 % des voix dès le premier tour, terrassant ses deux concurrents. Toutefois, reconnaît l’édile nouvellement élu, « le plus dur commence ».
Heureusement, la résilience des Tignards n’est plus à prouver. La devise de Tignes Semper Vivens , “toujours vivant” en patois savoyard, s’affiche partout dans la station. Deux mots qui résonnent avec l’histoire. Deux mots qui trouvent un écho particulier auprès du maire. Car c’est dans une jeune station meurtrie par l’engloutissement de l’ancien village à la construction du barrage en 1952 que Serge Revial, alors enfant, arrive de Paris. Là où il a vu le jour en 1962. « Je suis né à la capitale mais mes racines sont tignardes », insiste Serge Revial. Son père a quitté le village à 18 ans pour s’établir à Paris. Quand son grand-père, Joseph Revial, a été le maire du chapelet de hameaux qu’était Tignes dans les années 1930.
Le petit-fils se destine d’abord à l’hôtellerie-restauration avec la reprise de l’affaire familiale au Lac. Sous sa gérance, l’hôtel grandit, se modernise et décroche même une troisième étoile. L’engagement politique vient plus tard. « J’avais dit que je me présenterais en tant que maire seulement si je vendais l’affaire », confie Serge Revial. C’est chose faite en 2019. Un an plus tard, celui qui est alors adjoint aux finances de Jean-Christophe Vitale est élu maire de Tignes au second tour face à trois listes. Prouesse rééditée six ans plus tard.
Serge Revial a été élu sur la promesse d’accompagner ce qu’il qualifie de « virage à 180 degrés ». L’alliance locale pour la transition des territoires d’altitude (Altta), selon le nom donné à la SPL, reprendra les remontées mécaniques du domaine tignard au 1er juin 2026. L’édile entend « faire en sorte qu’au bout du mandat, les équilibres de la commune soient préservés et que notre village en sorte grandi ».

Construire un modèle durable pour la montagne
Le maire de Tignes inscrit la reprise des remontées mécaniques dans un projet plus global de préservation de vie à l’année. Cela passe par la création de logements. « Dès ce printemps, le premier programme de bail réel solidaire pour de l’accession à la propriété à prix maîtrisés sera lancé au Lavachet avec 30 logements », déclare Serge Revial. De son côté, Altta portera le projet de 60 logements à destination de travailleurs saisonniers au Val Claret. Quand le bâtiment du Seyjoun et ses 70 habitats saisonniers seront livrés en novembre 2026.
Pour les années à venir, le maire de Tignes veut mettre l’accent sur la diversification de l’économie, et sortir du modèle du tout ski. « Il faut valoriser nos “Big Five”, ces cinq merveilles de Tignes : le Glacier de la Grande Motte, le lac, l’Aiguille Percée, la Grande Sassière et le barrage », donne pour exemple Serge Revial. Et pourquoi pas, se dit l’édile, un projet de luge quatre saisons, un pôle d’activités estivales entre 1 800 et les Brévières ou encore un parcours piéton autour du lac du Chevril. Il n’est pas question d’abandonner le ski pour autant. « Mon ambition est de préserver Tignes telle une grande station de ski d’ordre international, tout en gardant notre âme villageoise », résume Serge Revial.
Dans la tête du maire, une autre date restera sans doute gravée. Le 1er juin 2026, Tignes ouvre une voie. Se sachant scruté par le monde des stations de ski, Serge Revial le sait : « Nous n’avons pas d’autre choix que de réussir ».
Article issu du Dauphiné Libéré