Après plusieurs accidents la question de la sécurité se fait pressante en eau vive

Les rivières sont gonflées. La fonte et les précipitations favorisent les niveaux d’eau. Et tentent les pratiquants. Trois accidents ont engendré quatre morts en eau vive dans les Hautes-Alpes. En quelques jours seulement. A Briançon (un Anglais), Vallouise-Pelvoux (un Britannique) et Château-Ville-Vieille (deux Tchèques). Alors, même si les professionnels locaux ne sont pas mis en cause, vu que les sorties n’étaient pas encadrées, dans le milieu, ils s’interrogent. Comment agir, comment faire en sorte que des pratiquants étrangers, notamment, soient mieux informés.

Mercredi 19 juin, la base Adelante, située à Guillestre, envoie plusieurs rafts dans l’eau de la Durance, à Saint-Clément. « Cette situation, on l’a déjà connue. Certes, c’est assez rare ces dernières années, mais nous avons vu de très gros niveaux d’eau où on n’avait pas pu mettre un bateau avant le 14 juillet », se remémore le responsable de la base créée en 1993, Jean-Michel Bacou. Les années 2000 et 2008 sont des références, mais ce sont des crues centenaires, pas comparables avec la situation d’aujourd’hui. Adelante compte 12 moniteurs et une secrétaire. « Aujourd’hui, je considère qu’on peut naviguer, comme tous les ans. Il faut garder la vigilance à son niveau maximum, et c’est notre métier. »

S’adapter en permanence

Les professionnels ajustent leurs programmes. Le 18 juin, par exemple, Adelante a annulé une sortie aquarando. « Il faut savoir s’adapter et renoncer », insiste le responsable de la base. « La plupart des professionnels savent dire : là, les conditions ne sont pas réunies. Il faut aller ailleurs, sur un parcours adapté, avec un public adapté. » « On a toujours trouvé des portions pour naviguer en toute sécurité », confirme Vincent Lhote, de Quey’raft, basé à Château-Queyras. La base compte six employés. Il navigue sur les rivières du coin depuis 1986. « Des conditions similaires à aujourd’hui, on les a vues une bonne dizaine de fois. »

Vincent Lhote est aussi formateur pour le Creps (Centre de ressources d’expertise et de performance sportive) de Vallon-Pont-d’Arc (Ardèche). « Sur le Guil, par exemple, on a quatre parcours possibles pour les initiations. Pour les parcours plus sportifs, comme entre Aiguilles et Château-Queyras, on utilise des embarcations adaptées, un gros raft avec un diamètre de tube adapté aux rivières à gros volumes, plus difficiles à se retourner. » Léa Grison, championne de kayak extrême et diplômée en eau vive, énonce : « En ce moment, on ne peut pas naviguer certaines sections avec les clients. On va plus haut ou plus bas. Par exemple, la portion du Pas de l’Ours (le Guil, NDLR), on ne pouvait plus la faire par manque d’eau ces dernières années. Cette année, c’est possible. La combe de l’Ange gardien, on ne la pratique pas en ce moment. »

« Un concours de circonstances »

Sur l’échelle de niveau d’eau actuellement, le chiffre s’élève à 100. « Au-delà de 60, cela devient plus difficile de gérer les trajectoires, les arrêts. Par exemple, en ce moment, je n’irai pas à la Maison du Roy avec des clients », souligne Jean-Michel Bacou. « Souvent, les accidents sont un concours de circonstances : une situation un peu plus compliquée que d’habitude, une personne un peu âgée, ou moins alerte, ou qui n’a pas la connaissance du parcours, avec une lecture plus aléatoire de la rivière, venue de loin… »

La lecture de la rivière, Jean Le Tulzo, gérant de Rivière odyssée, basée à Pelvoux, la met en avant aussi. Pour lui, dans les Hautes-Alpes, les pentes sont continues. « Quand il y a un gros niveau d’eau, ce n’est pas la difficulté qui augmente, c’est l’engagement, car ça ne s’arrête jamais. Il faut aller sur place, observer. On peut toujours repérer un parcours à pied avant. Le principe de base, c’est d’avoir suffisamment de connaissances et de techniques pour s’arrêter à tout moment. »

Rivière odyssée est spécialisée dans les descentes très sportives du Gyr*. Il recommande également de naviguer en groupe, et d’avoir un matériel adapté. « On a toujours une corde de secours. On est diplômé. On est formé à la technique de sauvetage et d’évacuation spécifiques. Quand les conditions et le parcours le nécessitent, on peut mettre en place un deuxième barreur, pour rattraper plus rapidement une personne qui tombe. Il y a toujours au moins un guide sur le raft. On peut aussi utiliser un safety kayak, qui prévient du danger et peut accompagner quelqu’un qui tombe. »

Comment prévenir ces accidents ?

Autre questionnement, comment informer des pratiquants qui viennent de l’étranger ? « Il existe des sites internet où les copains actualisent les niveaux d’eau », rappelle Jean-Michel Bacou. « Quand des pratiquants viennent ici, il faut qu’ils se renseignent sur les conditions auprès des professionnels du coin. » Vincent Lhote, par exemple, relève le niveau de l’eau trois à quatre fois par semaine et l’indique sur son site Internet.

Les professionnels partagent leurs informations. Des sites internet donnent le débit des eaux. Mais ils veulent aller plus loin. « On va compléter les pages des niveaux d’eau en anglais aussi, en disant qu’il faut nous appeler pour avoir plus d’informations sur les conditions, les arbres couchés… », prévoit le gérant de Quey’raft. « On est regroupé sur WhatsApp et on va réagir. Les étrangers n’ont pas connaissance du site et de ses dangers », ajoute-t-il. « Peut-être faut-il installer une communication avec les fédérations étrangères », s’interroge de son côté Jean Le Tulzo. La semaine prochaine, une table-ronde est prévue entre les représentants de l’eau vive, « pour comprendre ce qui s’est passé et faire avancer les choses », expose-t-il.

* Les rivières vont de la classe 1 à la classe 6 (la Durance : 3 ; la Guisane : entre 3 et 4 + ; le Guil : entre 3 et 5 ; la Gyronde : 4 ; le Gyr : entre 4 et 5).

Article issu du Dauphiné Libéré

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