Tourisme : un coordinateur recherché pour limiter les conflits d’usage en montagne

En Haute-Maurienne Vanoise, on compte plus de bovins (10 000) que d’habitants (environ 8 500). Il y a encore plus d’ovins (82 000 à la pleine saison), mais il y a aussi beaucoup, beaucoup, de fréquentation touristique. Si l’hiver, cela ne pose pas de problème, l’été, la cohabitation est parfois difficile. Et on ne parle pas que des rencontres entre chiens de protection des troupeaux et randonneurs, qui se terminent parfois devant le tribunal. Même les grands rendez-vous sportifs du territoire, trails ou courses de VTT, peuvent déboucher sur des “conflits d’usage” avec le monde agricole.

Tourisme et agriculture sont pourtant deux piliers de l’économie haut-mauriennaise, qui sont condamnés à cohabiter. Le dossier avait été évoqué lors des assemblées générales des organisations agricoles de Maurienne, le 21 avril dernier à Fourneaux. Avec une satisfaction, le recrutement prochain d’un “coordinateur de la conciliation des usages entre activités de pleine nature et agriculture”, pour l’heure pour trois ans, à titre expérimental. C’est la Communauté de communes de Haute-Maurienne Vanoise qui sera l’employeur de ce nouveau professionnel, comme elle en avait débattu le 4 mars, mais la définition de la mission a été partagée avec le Groupement de développement agricole (Gida) de Haute-Maurienne, et le Parc national de la Vanoise.

Comme à l’alpage de Savalin, la montagne est souvent partagée entre acteurs et utilisateurs, ce qui ne va pas sans quelques tensions. Photo Mélanie Grange
Comme à l’alpage de Savalin, la montagne est souvent partagée entre acteurs et utilisateurs, ce qui ne va pas sans quelques tensions. Photo Mélanie Grange

Habitants et visiteurs au cœur de la solution

L’heureux (ou heureuse) élu(e), car le recrutement est en cours, prendra place au sein du pôle “tourisme, loisirs, culture et mobilité” de la CCHMV, et du service “activités de pleine nature”, qui compte déjà deux chargés de projet. Sa mission ? « Créer du lien entre les acteurs et les usagers du territoire, favoriser la compréhension mutuelle et permettre un partage apaisé des espaces naturels », d’après la fiche de poste. Ses interlocuteurs seront nombreux : les habitants en général, appelés à être « relais des bons comportements » auprès des vacanciers qui n’en ont pas forcément l’idée ; les pratiquants de la pleine nature, pas toujours informés sur les contraintes de l’activité agricole, et pas toujours très respectueux ; les agriculteurs, qui ont tout intérêt à exercer leur activité dans de meilleures conditions.

Un “comité de pilotage” est d’ores et déjà prévu, qui rassemblera la Communauté de communes, le Gida, le Parc de la Vanoise, la Société d’économie alpestre qui supervise notamment la desserte des alpages, les syndicats d’agriculteurs. Mais il faudra au nouveau coordinateur être avant tout sur le terrain, à la rencontre des agriculteurs et des pratiquants, pour mieux les comprendre, et aussi écouter et sensibiliser, sur les sentiers, dans les refuges, dans les exploitations, et lors des événements du territoire. Un sacré boulot.

Un territoire très fréquenté et intensément exploité

La Haute-Maurienne Vanoise, c’est 50 000 lits touristiques, et l’été, un million de nuitées enregistrées en 2025. Si la randonnée et le VTT sont les deux activités estivales emblématiques, plus de 25 activités “outdoor” y sont recensées. Quant à l’activité agricole, elle mobilise une soixantaine d’exploitations, et pour l’essentiel, est basée sur l’élevage extensif en alpage, de juin à septembre.

La cohabitation est susceptible de provoquer des tensions en dehors du pic de fréquentation estivale : au printemps et à l’automne, les troupeaux sont près des villages et ce sont les habitants permanents qui doivent faire avec leur présence, et inversement. Quant aux pratiquants de la pleine nature, dont la présence déborde aux mois de juillet et août, ils sont appelés à adapter leurs activités à la présence des troupeaux et des chiens de protection. Pour autant, le développement de ces activités reste un axe fort porté par les collectivités locales. « La Haute-Maurienne Vanoise vit principalement du tourisme, tout en s’appuyant sur une agriculture de montagne forte et structurante », résume la CCHMV.

De fait, le territoire compte déjà 650 km d’itinéraires de randonnée pédestre, et 560 km d’itinéraires VTT. Ils traversent forcément les 30 000 hectares d’alpage qui font aussi sa fierté… Les épreuves sportives de niveau international s’y multiplient, on ne citera que, pour l’exemple, l’EDF Cenis tour pour la course à pied, début août, et la Transmaurienne Vanoise VTT, du 12 au 18 juillet. Lors de l’édition 2025, une petite phrase était incluse dans la rubrique “Actualités” de son site : « À quelques jours du grand départ de la Transmaurienne Vanoise 2025, même les vaches de la région se préparent ! Si vous croisez l’une d’entre elles sur votre chemin, ne les dérangez pas trop : elles jouent un rôle clé dans cette grande aventure sportive. En effet, ce sont elles qui vous fourniront des ravitaillements de qualité tout au long de la semaine ».

Article issu du Dauphiné Libéré

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