Bergers : que reste-t-il de la transhumance, cette tradition ancestrale ?

Ce dimanche 2 juin, une vieille Volkswagen orange ouvre la voie sur la petite route. Parti d’un champ attenant à la salle polyvalente, un berger, en costume marron d’époque et coiffé d’un chapeau, marche avec son bâton devant 400 brebis, de races mérinos et mourérous. Il se dirige vers le centre-bourg de Montmaur, commune haut-alpine d’un peu plus de 500 habitants.

La transhumance, une pratique reconnue par l’Unesco

En décembre 2023, l’Unesco a reconnu la transhumance comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité. StartFragmentEn France, elle est pratiquée dans les Pyrénées, les Alpes,  le Massif Central, la Corse, les Vosges et le Jura. Des territoires de  haute et moyenne montagne, offrant de vastes étendues appréciées des  brebis, des moutons et des vaches qui y pâturent une grande partie de  l’année. 

Que protège cette inscription à l’Unesco ? “StartFragmentCe sont les modes d’élevage et les pratiques de gestion pastorale en altitude,  les pratiques coutumières de gestion collective des territoires  pastoraux, les savoir-faire liés à l’artisanat et à l’élaboration de  produits alimentaires qui sont reconnus comme un apport à l’humanité”, fait savoir le ministère de l’Agriculture. 

Photo Le DL/Vincent Ollivier
Photo Le DL/Vincent Ollivier

À pied, la famille Serres va bon train. Ils sont installés aux Garcins, dans le Dévoluy, depuis 40 ans. « On vient à Montmaur au printemps pour cultiver des terres. Nous remontons ensuite avec le troupeau en direction de La Cluse. Les bêtes passent l’été à la montagne de Lèche. D’ici, il faut trois heures de marche pour s’y rendre », raconte Henri Serres, 61 ans.

La transhumance, une tradition qu’il est nécessaire de perdurer

L’éleveur travaille avec son frère François, sa compagne Marie et son fils Fabien au sein d’un Gaec (Groupement agricole d’exploitation en commun). Selon lui, la pratique de la transhumance – déplacement saisonnier d’un troupeau en vue de rejoindre une zone où il pourra se nourrir – est une tradition qu’il est nécessaire de perdurer : « On essaie de la conserver. Plus beaucoup de personnes montent à pied avec les animaux. Le transport se fait davantage par camion même pour un court trajet. Il y a aussi de plus en plus de circulation sur la route. Les gens ne sont pas toujours patients quand ils voient un troupeau », poursuit Henri Serres.

Deux bergers d’Anatolie et un Mâtin espagnol veillent sur les brebis. La pratique de la transhumance peut être en danger par plusieurs aspects, notamment la prédation. « Quand une bête est malade, on l’amène chez le vétérinaire. Ça, on arrive à le gérer. Mais le loup représente une contrainte supplémentaire et non des moindres. En montagne, les troupeaux sont rassemblés dans des parcs. Grâce à la présence des chiens, on ne constate plus d’attaques la nuit. Celles-ci peuvent toutefois survenir en journée, lorsque les chiens se reposent. Il faut une surveillance totale, même si ça ne suffit pas toujours. Il faut aussi prendre en compte les vététistes, les promeneurs, les chiens des autres bergers… Ce n’est pas toujours simple. »

La famille Serres a des bergers qui veillent sur les brebis tout l’été : « Ils restent là-haut, car on doit ramasser notre foin pour l’hiver », explique l’éleveur.

Une grosse fête de village

Cette première étape avant la montée en alpage ressemble à une grosse fête de village, attirant dans son sillage toutes les générations. « Ne soyez pas agités sur les bords, restez calme ! » Au micro, André Borel , mémoire vivante du Dévoluy, commente l’avancée du troupeau. « Dans la vieille voiture, vous avez tout l’attirail de l’époque. Le berger emportait ses valises et aussi des seaux pour récupérer le lait, entre autres. Il portait une biasse [une besace, NDLR] qui servait à transporter l’alimentation. En cuir, on pouvait s’asseoir dessus pour ne pas se mouiller les fesses. Et en cas d’orage, on en faisait un chapeau », sourit l’ancien éleveur.

Une odeur de grillades. Des bières fraîches. De la barbe à papa. Des tourtons et tartes du pays. Il y a de l’animation sur la place. Pour André Borel, cette journée permet de se remémorer une tradition millénaire. « La transhumance a été pratiquée longtemps au XIXe siècle. Les éleveurs de Provence possédaient de gros troupeaux et il avaient besoin de la montagne, car ils n’avaient plus suffisamment d’herbe pour les nourrir en bas. Dans les vallées, la seule ressource des communes provenait des transhumants. Ces derniers payaient une location pour faire paître leur troupeau », retrace-t-il.

Après avoir fait revivre la tradition à Montmaur, la famille Serres a mis son troupeau en marche vers la montagne de Lèche ces jours-ci. Sur les hauteurs du Dévoluy, les brebis resteront dans leur quartier d’été jusqu’en octobre.

Article issu du Dauphiné Libéré

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