Le retour de conditions très printanières pour ce week-end pascal contraste avec la longue période de fraîcheur de la dernière décade du mois de mars, très propice aux stations de montagne. C’est donc avec un enneigement assez exceptionnel pour la saison que les plus hautes stations du Chablais entament la dernière ligne droite de l’hiver.
Alors que tous les domaines de basse et moyenne altitude ont fermé leur porte fin mars, à l’image des sites du Roc d’Enfer et des Montagnes d’Evian, les stations de Morzine-Les Gets, Châtel et Avoriaz continueront à accueillir des skieurs durant tout ou partie de ces vacances de printemps. Une période qui, malgré la concurrence des destinations balnéaires, demeure un relais de croissance toujours plus intéressant pour les territoires de montagne.
À Morzine, le domaine relié avec la station des Gets sera le premier du trio à stopper ses remontées mécaniques, et ce dès lundi 6 avril. Une fermeture “précoce” qui n’impacte pas réellement l’attractivité du cœur battant de la vallée d’Aulps, dopé par sa liaison avec le site voisin d’Avoriaz, ouvert quant à lui jusqu’à la fin des vacances. « Pour la semaine du 4 au 11 avril on sera sur un taux d’occupation de 35 % à Morzine. C’est quasiment + 10 points par rapport à l’an dernier » se félicite Bruno Cherblanc, directeur de l’office de tourisme de Morzine.
Une hausse que l’on retrouve, bien que minorée, à Châtel avec une augmentation de +1,6 point sur l’ensemble des vacances de printemps. Une tendance qui tend à démontrer « une véritable reconquête de la clientèle printanière » dans les stations de montagne, analyse Jean-François Vuarand, directeur de l’office de tourisme. « Les vacances de printemps ne sont plus une période de simple ajustement mais un véritable levier de consolidation du chiffre d’affaires hivernal. »
« Skier le matin et ramasser des morilles l’après-midi »
Pour ces deux spécialistes de l’économie de la montagne, plusieurs paramètres expliquent cette montée en puissance. L’expérience client, tout d’abord, privilégiée lorsque la qualité de neige est au rendez-vous. Skier en avril, c’est s’assurer un temps de glisse optimal « compte tenu du ratio entre l’étendue du domaine et le nombre de skieurs », le tout à des tarifs plus attractifs que sur le reste de la saison, autant sur l’offre de loisirs que sur celle des hébergements.
Figure aussi la possibilité d’attirer une large typologie de clientèle avec une offre qui va, plus qu’à aucun autre moment de la saison, bien au-delà du simple produit ski pour proposer « un séjour “4 saisons” au cœur de l’hiver tardif. » Un positionnement qui permet d’offrir une « expérience très exhaustive de la montagne. » « L’avantage de cette période est de pouvoir, au sein d’un même environnement, aller skier le matin, faire un padel à 13 heures et aller ramasser des morilles en milieu d’après-midi » caricature Bruno Cherblanc.
C’est cette diversité qui pousse les professionnels de la montagne à décorréler la période d’ouverture des remontées mécaniques à celle des conditions d’enneigement. Si une station comme Châtel privilégie une fermeture progressive du domaine, secteur par secteur, entre le 29 mars et le 19 avril, l’échéancier n’a pas vocation à être modifié, cette organisation répondant à des impératifs économiques et logistiques.
« C’est le fruit d’un pilotage minutieux qui intègre des paramètres bien plus larges que la seule présence de neige : équilibre économique, gestion des ressources humaines, maintenance technique et engagements environnementaux » indique Jean-François Vuarand.
Rallonger la durée d’exploitation sur le critère de l’enneigement serait d’ailleurs une fausse bonne idée d’un point de vue stratégie touristique puisque cela n’impacterait que la clientèle de proximité. « Si on n’a pas commercialisé une fermeture au 15 avril dès l’été précédent, cela revient à se tirer une balle dans le pied puisqu’il est impossible de relancer une commercialisation sur les clientèles internationales un mois à l’avance » complète Bruno Cherblanc.
Une chose est sûre, les domaines skiables encore ouverts seront sans doute pris d’assaut durant ces vacances, en particulier les week-ends avec « une activité très dynamique portée par un public de passionnés et de skieurs à la journée. »

Photo archive le DL/Tom PHAM VAN SUU
Article issu du Dauphiné Libéré