Dès la révélation du parcours d’un Tour de France à l’automne, c’est souvent une des premières questions posées : quel est le toit du Tour de France ? La réponse peut souvent donner le ton du tracé et son niveau de difficulté. Pour cette édition 2025, le point culminant de la Grande Boucle est au programme de la 18e étape ce jeudi 24 juillet 2025. À l’arrivée au sommet du col de la Loze, les coureurs vont atteindre les 2304 mètres d’altitude.
Un plafond en baisse de près de 500 mètres par rapport à l’an dernier. En 2024, lors de l’étape entre Embrun et Isola 2000, le peloton a gravi la redoutable Cime de la Bonette et son sommet à 2802 mètres d’altitude. C’est à ce jour, la route la plus haute où le Tour de France est monté. Mais est-il possible d’aller encore plus haut ? Avec des organisateurs toujours en quête d’innovation, nous sommes partis du principe que oui c’était faisable. Mais il faut connaître que cela va être compliqué.
Les plus hauts cols du Tour : la limite naturelle atteinte ?
Dans le massif des Pyrénées, le Tour de France a déjà atteint les 2408 mètres d’altitude au Port d’Envalira, dans la principauté d’Andorre. Il n’est pas possible d’aller plus haut dans ces montagnes.
Dans les Alpes, les géants déjà explorés par la Grande Boucle sont le Galibier (2642 m), le col Agnel (2744 m), l’Iseran (2770 m) et la Cime de Bonette (2802 m). Cette dernière revendique le titre de route inter-vallée la plus haute d’Europe. Là-aussi, il apparaît difficile de dépasser cette limite. À moins de construire de nouvelles routes en suivant le modèle du col de la Loze. La piste cyclable menant au sommet n’a été créée qu’en 2019.
Pour aller plus haut, il va falloir s’aventurer à l’étranger. Pas un problème pour le Tour de France. Les grands départs s’y sont multipliés ces dernières années et la Grande Boucle a même tendance à s’éloigner de plus en plus des frontières du pays. En 2022, la course a passé trois jours au Danemark et en 2027, la Grande Boucle débutera à Edimbourg en Écosse.
Pour grimper plus haut, il faut sortir de France
Les deux cols les plus hauts d’Europe, la Cime de la Bonette et l’Iseran, sont Français. En Autriche, en Italie ou en Suisse, aucun col n’atteint ces hauteurs. Cela veut dire que pour trouver des routes à une altitude supérieure, il faut explorer des culs-de-sac, des voies sans issue. Pour les organisateurs du Tour de France, cela signifie qu’il s’agira forcément d’une arrivée d’étape et un immense défi logistique à relever.
L’Autriche est pays dispose de routes vertigineuses, souvent construites à des fins touristiques. Parmi elles, la route du glacier de l’Ötztal. À 2830 mètres d’altitude, il s’agit du point culminant asphalté des Alpes devant la Cime de la Bonette. Au départ de la mythique station de Sölden, la pente est constante autour de 13% et le dénivelé positif est de 1457 mètres.
Un défi que relève chaque année de nombreux cyclistes amateurs. Des courses professionnelles y sont aussi déjà passées : le Tour d’Allemagne en 2005 et 2007 et le Tour de Suisse en 2015 avec une victoire de Thibaut Pinot.
Pour y aller, le Tour de France devrait faire une incursion inédite en Autriche. À l’occasion d’un grand départ mais cela placerait une arrivée en très haute montagne dès le début du course ou alors pour une grande traversée des Alpes en milieu de parcours avec des étapes totalement nouvelles. Un choix logistique et symbolique fort, mais pas impossible pour une épreuve toujours en quête de nouveauté.
Une route d’Europe à plus de 3000 mètres d’altitude
En Europe, loin des Alpes, une route dépasse largement les 3000 mètres d’altitude. Direction le sud de l’Espagne et l’Andalousie. Dans la Sierra Nevada, une voie mène jusqu’au Pico Veleta… à 3384 mètres, selon le site Climbfinder. Et contrairement au glacier autrichien, aucune course professionnelle ne s’est encore aventurée sur ses pentes. Le Tour d’Espagne a bien commencé l’ascension mais s’est arrêté à Pradollano (2100 mètres).
Au-dessus, l’accès pour les véhicules motorisés est réglementé et à partir de 2500 mètres, la route est en mauvais état. Sans un lourd investissement d’aménagement (et une tolérance écologique), le Veleta restera une chimère.
Se pose aussi la question de son intégration à un parcours du Tour de France. Pour cela, il faudrait probablement imaginer un grand départ dans une des villes d’Andalousie (Séville, Malaga, Grenade…) et un passage au sommet du Veleta dès le premier week-end de course. Pas idéal en terme de scénario.
Plus haut… mais à quel prix ?
Aller plus haut, oui, mais pour quoi faire ? À cette altitude, les conditions deviennent extrêmes : air raréfié, météo instable, logistique complexe, risques pour la santé des coureurs. L’exploit sportif peut-il justifier de s’aventurer si loin des standards habituels ? Ou bien touche-t-on à une forme de surenchère, à rebours du retour aux courses plus humaines et spectaculaires que le cyclisme moderne semble rechercher ?
À 2 802 m, la Cime de la Bonette restera sans doute, pour longtemps, le point culminant historique du Tour de France. D’autres routes plus hautes existent, oui. Mais leur accessibilité, leur revêtement, leur éloignement ou leur dangerosité en font des options très complexes.
Alors, le Tour peut-il aller plus haut ? Techniquement, oui. Réellement, pas sans compromis majeurs. Pour l’instant, la France reste sur le toit du cyclisme mondial… mais l’Espagne et l’Autriche, elles, toisent l’horizon.


