« C’était pas la clavicule Thierry, c’était l’embrayage. » Le 19 juillet 2023, lors de la 17e étape du Tour de France entre Saint-Gervais-les-Bains et Courchevel, l’ancien coureur pro Thomas Voeckler s’est retrouvé bloqué au point mort avec son pilote sur une moto de France Télévisions. Dans un des terrifiants virages du col de la Loze, le deux-roues, lourd comme un cheval mort, avait créé un embouteillage, retardant des coureurs comme Jonas Vingegaard ou Thibaut Pinot.
De quoi entrer dans l’histoire du Tour et renforcer la récente légende de ce col, créé de toutes pièces ou presque en 2019. Et sur les pentes duquel le peloton viendra se casser les dents, pour la troisième fois déjà, ce jeudi 24 juillet. La Loze, avec ses rampes à plus de 20 % et qui culmine à 2304 m, est le symbole d’une course qui cherche sans cesse à se renouveler pour offrir aux coureurs un théâtre des opérations chaque fois plus audacieux.
« C’est juste une piste de ski goudronnée »
Toujours plus haut, toujours plus dur ? Lors des deux ascensions du monstre de Tarentaise par le Tour, des coureurs ont exprimé publiquement leur désamour. À l’instar du Drômois Pierre Latour de TotalÉnergies, qui l’avait sulfaté dans nos colonnes en mars 2024 : « Il ne sert à rien, ce col ! Déjà, tu mets super longtemps à arriver à la station. Puis la Loze, c’est juste une piste de ski goudronnée. C’est tellement raide que jamais personne ne peut attaquer. Ça pète juste comme ça. Il ne faut même pas le faire quand tu es un cyclo. Tu te fais éclater ».
Latour a raison sur un point. Dans un cyclisme toujours plus moderne, robotisé par les capteurs de puissance, la Loze renvoie les meilleurs cyclistes de la planète à leur condition de simples mortels. Et le public aime ça, à l’affût de la défaillance d’un cador ou d’une voiture qui cale. Cette année, le Tour escaladera cette langue de goudron de 4 mètres de large par son versant Courchevel. Moins dur, avec ses passages à « seulement » 14 % mais le public s’y massera tout le long, c’est assuré.

Un investissement d’1,1 million d’euros
Et le cyclo amateur dans tout ça ? Celui qui attend chaque année l’ouverture du Galibier ou de l’Iseran pour aller rouler avec les copains et faire un selfie entre les murs de neige. A-t-il le mollet qui frétille au pied de la Loze ? Difficile à dire. Hervé Franchino, responsable du service des sports de Courchevel, l’admet : « On n’a pas de comptage officiel, ça manque un peu ». Mais pour ce spécialiste qui a œuvré à la réalisation de la Loze, l’investissement d’1,1 million d’euros par la commune est largement amorti. La Loze contribue à la notoriété de la station et attire le touriste et le cyclo amateur : « Même si, c’est vrai, c’est le col qu’on vient faire une fois. Surtout côté Méribel où c’est très dur ».
Dans les cols majeurs de Tarentaise ou de Haute-Maurienne, avoir une buvette ou un restaurant c’est le jackpot assuré. Les cyclistes et les motards se disputent les meilleures places en terrasse. La Loze, c’est une autre histoire. C’est ce grand huit du parc d’attractions qui fait très envie mais qui fait aussi très peur. Une fois accroché au palmarès, on n’y revient pas forcément. Lors de la reconnaissance de la cyclosportive Gran fondo en 2023, Laurent Jalabert avait lâché en souriant : « C’est un vrai chantier, c’est très dur ».
« En électrique, personne n’échoue à la Loze »
Alors pour dompter la bête, certains passent à l’électrique. Maxime Cherchi est le cogérant du magasin Izi Bike qui a ouvert à Courchevel en 2019 et qui se trouve à 12 kilomètres du sommet. Son parc de location est composé à 90 % de vélos électriques : « La Loze n’est pas encore un col mature comme les grands cols des Alpes. On a donc une clientèle qui parfois n’est pas du tout cycliste. Ce sont des vacanciers, ils en ont entendu parler et veulent découvrir le col. En électrique, personne n’échoue à la Loze ». Avec à la clé, une vue exceptionnelle au sommet.
Les amoureux de la nature ont pu critiquer la chose car mettre du goudron au milieu de la montagne à l’heure du réchauffement climatique, était-ce une si bonne idée ? Hervé Franchino avance un contre argument : « Je ne suis pas non plus pour tout goudronner en montagne. Mais la Loze était une piste existante utilisée par les services techniques pour accéder aux remontées mécaniques. En été, ça soulevait une poussière de dingue qui retombait dans la station. Maintenant c’est propre ».
Pour finir, si on vous disait que la Loze est déjà has been. À quelques kilomètres à vol d’oiseau, se dresse maintenant le col de Tougnète. Créé en 2022, c’est le petit frère de la Loze. Comme son aîné, c’est une piste de ski qui a été goudronnée et qui relie les Menuires, en passant par Val-Thorens, au sommet de ce col cul-de-sac situé à 2405 m d’altitude. Là aussi, on avale un dénivelé important en très peu de kilomètres avec des rampes à 18 % et 22 %. Le prochain coup de cœur de Christian Prudhomme ? Est-ce bien raisonnable ?
Article issu du Dauphiné Libéré