Des passagers à bord du téléphérique de Bure : pourquoi ça change tout

Le soleil tente une échappée au-dessus du pic de Bure. Au petit matin, il pleuvait sérieusement. « Avant, on ne serait pas montés » remarque Bertrand Gautier, le responsable de Noema. La cabine du téléphérique grimpe tranquillement vers l’observatoire astronomique juché à 2 550 mètres d’altitude. Depuis le 16 septembre, la remontée mécanique peut à nouveau transporter des personnes, ce qui lui était interdit depuis fin 2016.

« Un astrophysicien mexicain ou chilien qui n’a jamais vu la neige »

Pour l’institut de radioastronomie millimétrique (Iram), c’est une grande nouvelle. Accéder à Noema en 16 minutes, sans effort, le matin comme l’après-midi, ça change tout pour les chercheurs, les employés de l’organisme scientifique international et tous ceux qui travaillent pour son compte sur le plateau de Bure.

« Avant », c’était pas mieux. Pendant huit ans, l’Iram a dû rechausser les crampons. L’accès se faisait à nouveau en dameuse ou en 4×4, puis à pied en passant par la Fenêtre, passage sécurisé par une corde fixe. Le tout avec un guide de haute montagne, dans un environnement de haute montagne. « Il ne faut pas oublier que beaucoup de gens qui montent à l’observatoire ne sont pas des montagnards, resitue Bertrand Gautier. Ça peut être un astrophysicien mexicain ou chilien qui n’a jamais vu la neige. » Le passage de la Fenêtre pouvait prendre un quart d’heure comme… trois quarts d’heure.

La montée devait se faire, qui plus est, avant l’ouverture des pistes de Superdévoluy, à 9 heures. En cas de retard, il fallait revenir le lendemain ! Pour les Grenoblois – l’Iram est basé à Saint-Martin-d’Hères –, le réveil sonnait donc très tôt… même pour l’opérateur qui prenait son poste à 14 heures. Sans parler de l’état des routes en hiver.

Avec le téléphérique, l’Iram s’affranchit de beaucoup d’aléas météo (brouillard, grand froid, risque d’avalanches jusqu’à 4/5) qui empêchaient de monter par la voie terrestre. Seuls les orages et les vents violents contraindront à annuler des voyages comme avec toute machine de ce type. Au passage, les devis des entreprises extérieures seront « moins exorbitants » : plus besoin de payer une journée complète pour une intervention de deux heures sur le plateau.

« On ne sera jamais ouvert au grand public »

Moins de frais, plus de souplesse. S’il faut ajouter une rotation dans la journée, c’est possible. Mais n’embarquent dans la cabine que les personnes qui figurent au planning de l’Iram. Il s’agit d’une machine privée, réservée à la recherche scientifique. Alors oui, des visites de l’observatoire seront organisées régulièrement, à terme – peut-être dès le printemps 2025. Mais « on ne sera jamais ouvert au grand public » insiste le responsable de Noema.

Inutile donc de faire du charme aux employés de la société Seeti, qui exploite le téléphérique. Ces derniers n’ont jamais quitté le navire. « On a toujours maintenu notre présence là-haut, souligne Patrick Grillet, le chef d’exploitation. C’est dans notre contrat. Et ça nous permet de garder une mainmise totale sur la machine. »

« Sans le téléphérique, Noema n’existerait pas »

Car le téléphérique a continué de tourner, pendant toute cette période de blocage judiciaro-administratif. Il a fait uniquement office de monte-charge. Mais il n’a pas fait semblant. Capable de supporter des pièces de plus de cinq tonnes, la remontée mécanique a permis à l’observatoire de franchir une étape cruciale : passer de 6 à 12 télescopes. Pour Bertrand Gautier, c’est bien simple, « sans le téléphérique, Noema n’existerait pas ».

Le futur ne le démentira pas. Outre l’entretien de l’observatoire et les passagers, la machine sera mise à contribution dans les années à venir pour l’arrivée d’un deuxième corrélateur (sorte de supercalculateur). Et comme on n’arrête pas le progrès, ni la science, d’autres évolutions pourraient suivre. « On envisage la possibilité d’avoir une treizième antenne ici, annonce le directeur de Noema. Et puis dans un futur lointain, on peut imaginer des télescopes dans un rayon de 100 km autour de nous… »

Article issu du Dauphiné Libéré

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