Téléphérique de Bure : les mesures de sécurité ne rassurent pas tout le monde

Stabilité des câbles porteurs, supervision de leur position, enregistrement des paramètres, système de sauvetage. Le téléphérique de Bure a bénéficié de toute une série d’améliorations avant de reprendre du service pour le transport de passagers, à la mi-septembre 2024.

« Une machine qui va au-delà de la réglementation »

Non seulement la remontée mécanique respecte les règles en vigueur, mais elle prend de l’avance. « C’est une machine qui va au-delà de la réglementation » souligne Bertrand Gautier, directeur de l’observatoire Noema à l’institut de radioastronomie millimétrique (Iram). Notamment avec ces bras robotisés qui bloquent les câbles porteurs en dehors des périodes d’exploitation. « Après les grosses tempêtes, on a la garantie que les câbles sont restés sur les pylônes. »

Bertrand Gautier. Photo Le DL/Thibaut Durand
Bertrand Gautier. Photo Le DL/Thibaut Durand

Le 21 novembre 2016 en l’occurrence, un câble porteur était tombé d’un pylône, entraînant une bataille judiciaire et la suspension du transport de personnes. Quasiment huit ans de “perdus” pour l’Iram, qui avait déboursé 18 millions d’euros pour la construction de la nouvelle remontée. Il s’agissait donc de ne pas mégoter.

 Combien ont coûté les améliorations apportées depuis ? « Une somme conséquente » élude le responsable de Noema, tenu par la confidentialité des accords signés entre l’Iram et Leitner, le constructeur.

Un préavis de grève à l'observatoire Noema

Une partie des salariés de l’Iram ne sont pas rassurés quand ils montent dans le téléphérique. Malgré les améliorations apportées, la double validation décrochée, certains ont des réticences, qui vont jusqu’au refus d’embarquer.

Preuve de cette méfiance, les syndicats CFTC et FO de l’institut de recherche ont déposé le 8 octobre un préavis de grève. Les salariés sont appelés à débrayer lorsqu’ils doivent emprunter le téléphérique et que le vent dépasse les 100 km/h sur le plateau de Bure, ou une certaine vitesse sur le tracé de la remontée mécanique (76 km/h au pylône P3, par exemple).

Parmi les revendications, “l’installation effective d’un anémomètre” au pylône P4 (le plus haut). Soit le même système que sur les autres pylônes, où un appareil mesure la vitesse du vent : quand il est fort, le téléphérique ralentit automatiquement ; quand il dépasse le seuil critique, aucun véhicule ne sort.

Les revendications bientôt satisfaites ?

Les réticences sont “compréhensibles”, “compte tenu de l’histoire douloureuse associée à différents événements passés”, reconnaît l’Iram. Une référence à l’incident de 2016 et à la catastrophe de 1999, dans laquelle 20 personnes ont trouvé la mort.

Sollicité par  Le Dauphiné Libéré, le directeur Karl Schuster rappelle la double homologation de la machine par l’État et le TÜV. Il souligne que l’entreprise Seeti, “seule responsable des décisions relatives à l’exploitation”, “bénéficie d’une grande expérience et a démontré, depuis huit ans, une fiabilité sans faille”.

Mais la direction ne fait pas la sourde oreille. Elle a décidé d’adopter “certaines mesures supplémentaires, bien que non obligatoires”, annonce Karl Schuster. L’anémomètre P4 va bien voir le jour. Et un organisme européen d’expertise va créer “une recommandation sur la gestion des vents, dans la mesure où le site est fréquemment exposé”.

La direction de l’Iram pense que c’est le téléphérique lui-même qui « devra finir de rassurer les gens ». Comme le dit Bertrand Gautier, responsable de Noema, « le but du jeu, c’est que ce soit un moyen de transport comme les autres ».

Photo Le DL/Thibaut Durand
Photo Le DL/Thibaut Durand

« Aujourd’hui, on a deux feux verts »

Le téléphérique revu et corrigé a été expertisé par le service technique des remontées mécaniques et des transports guidés (STRMTG), émanation de l’État qui a longuement testé l’appareil pour s’assurer de sa sécurité. Feu vert du préfet des Hautes-Alpes à la clef.

Mais l’Iram ne s’est pas contenté de cette validation tout ce qu’il y a de plus sérieuse et officielle. En plus, il a fait appel à l’organisme TÜV, Allemand à la rigueur éprouvée. Lequel a fait ce constat, selon Bertrand Gautier : le téléphérique de Bure, c’est ce qui se fait de mieux en termes de sécurité, à l’heure actuelle. « On voulait un double regard, après l’incident de 2016, justifie le responsable de Noema. On souhaitait un deuxième avis positif – un peu comme quand vous allez voir deux chirurgiens –, un second regard totalement extérieur et indépendant. Aujourd’hui, on a deux feux verts. Ça va aussi dans l’acceptation de la machine, tant sur le plan technique que psychologique. »

Article issu du Dauphiné Libéré

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