La question est posée d’entrée. « Comment pratiquer le ski de fond dans un monde en plein changement climatique ? » s’interroge Rémi Salacroup. Entraîneur de haut niveau (ancien coach du Team Vercors Isère) et moniteur de ski ESF, cet habitant de Saint-Martin-d’Uriage (Isère), près de Grenoble, en parle en connaissance de cause.
Dans le cadre du diplôme universitaire “sport environnement climat” à l’université Savoie Mont Blanc, l’Isérois s’est intéressé à l’empreinte carbone du skieur de fond. Il a présenté cette étude lors des 8es Rencontres du nordique, organisées par Nordic France le 6 novembre à La Motte-Servolex. Une centaine de personnes étaient présentes.
Le fondeur consomme, en moyenne, 8,7 kilos “équivalent CO2” durant une journée. L’auteur précise que c’est « cinq fois moins qu’une journée de ski alpin » dont l’empreinte est évaluée à 43,2 kilos “équivalent CO2” selon une étude d’Utopies.
Le déplacement constitue, sans surprise, le principal facteur (56,5 %) avec 38,5 kilomètres parcourus en moyenne en voiture pour se rendre en station. Il est suivi par le matériel (18,1 %). Puis le damage (17,3 %) avec 19,4 kilomètres parcours à ski en moyenne par skieur.
L’auteur précise que le bilan total « cinq fois moins qu’une journée de ski alpin » dont l’empreinte est évaluée à 43,2 kilos “équivalent CO2” selon une étude d’Utopies. A noter que cette comparaison, indiquée dans le document par l’Isérois, est à prendre avec précaution, la clientèle cible n’étant pas la même. Pour le fond, c’est un « habitant dans les Alpes faisant une sortie à la journée ». Pour l’alpin, Utopies a pris un panel et un périmètres plus larges, comprenant une clientèle venant hors des Alpes et pouvant réaliser des séjours. L’empreinte carbone de l’alpin ne peut qu’être alors plus conséquente par rapport au nordique.
Afin de mieux comprendre les comportements des fondeurs, Rémi Salacroup a réalisé un questionnaire. Au total, 266 personnes ont répondu. À noter que les critères de représentativité n’ont pas été précisés. Pour le transport, 65 % disent covoiturer pour aller faire du ski de fond. Par ailleurs, 39,6 % d’entre elles indiquent qu’elles renouvellent leur matériel en allant sur le marché de l’occasion.
Moins de CO2 sur les pistes
Le moniteur-entraîneur a également voulu simuler un scénario pour réduire l’empreinte carbone de 53 %. Comment ? Plusieurs pistes sont évoquées comme : un covoiturage au moins à trois personnes ; un équipement systématique de dameuses en biocarburant pour les stations ; recourir le plus possible à de l’occasion pour son matériel.
Il est clair, pour ce passionné de nordique, que « tous les acteurs ont un rôle clé à joueur », du moniteur à la station en passant par le club. Il estime aussi que la transformation ne peut qu’être « progressive et adaptée » avec « une infinité de leviers pour rêver de demain » tout en évitant « l’écoanxiété » et « le défaitisme ».
Des JOP 2030 durables
Ces réflexions seront à prendre en compte dans l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2030 dans les Alpes françaises. Les Rencontres nordiques ont été l’occasion d’évoquer cet événement avec la mise en exergue de la question de l’héritage.
La table ronde a réuni Marine Michel, présidente de Nordic France (et vice-présidente du Département des Hautes-Alpes), François Loichet du comité d’organisation des Jeux, Pierre Mignerey, DTN à la fédération française de ski et Antoine Pin de l’association POW (Protect our Winters).
Ces JOP Alpes 2030 « ne seront pas uniquement des événements sportifs mais serviront à faire évoluer notre rapport aux sports de montagne », a déclaré la Savoyarde Marina Ferrari, ministre des Sports, dans un message vidéo adressé aux participants. Avant de rappeler : « Il nous reste quatre ans et quatre mois. C’est le sprint final. »
Article issu du Dauphiné Libéré