On connaissait l’histoire de la montée. Dimanche 28 juillet, quatre alpinistes français ont rallié le sommet du K2, au Pakistan, à 8 611 mètres d’altitude : Benjamin Védrines, Liv Sansoz, Bertrand Roche et Jean-Yves Fredriksen. Ce qui n’avait pas encore été raconté, c’est la façon dont ils sont redescendus de tout là-haut. En parapente ! Une première depuis ce sommet. C’est aussi la première fois de l’histoire que des parapentistes se hissent aussi haut sans assistance, ni oxygène.
Mais si les quatre alpinistes peuvent se targuer de cet exploit, ce n’est pas en cordée qu’ils l’ont accompli. Benjamin Védrines a privilégié la vitesse, par la voie normale, avec un chrono insensé : moins de 11 heures depuis le camp de base. Liv et Bertrand ont opté pour le lien en gravissant, eux aussi par la voie normale, en couple, ce sommet mythique.
« Le problème, c’est qu’il n’y a pas de vent. Rien. »
Et le quatrième a choisi le style alpin avec un enchaînement inédit. « Cela fait dix ans que j’ai ce rêve », calcule Jean-Yves Fredriksen, alias Blutch, un guide de haute montagne de 49 ans à Abondance (Haute-Savoie). Lorsque la fenêtre météo s’est ouverte, il a entamé l’ascension vers son camp, à 6 600 mètres, avant de partir pour 32 heures d’une marche éprouvante. « J’ai mis 10 heures pour gravir les 600 derniers mètres et Benjamin Védrines m’a doublé à 300 mètres du sommet », retrace-t-il.
Une fois en haut, Blutch déplie sa voile, un prototype ultraléger de seulement 1,1 kilogramme. « Le problème, c’est qu’il n’y a pas de vent. Rien. » Pendant une heure et demie, il se bat alors pour trouver un souffle d’air, entrecoupant ses efforts d’une sieste. Et voit même Liv et Bertrand atteindre à leur tour le sommet. « À ce moment-là, je pense même que c’est une hallucination, je ne comprends pas très bien. » D’un coup, une rafale se lève. Jean-Yves en profite, se lance et retrouve sa lucidité, profitant à fond de ce vol à nul autre pareil.
Une interdiction bravée
Si les quatre montagnards ont gardé le secret sur cette performance inédite, c’est que les décollages se sont faits contre l’avis des autorités pakistanaises. Alors qu’ils multipliaient les vols d’entraînement autour du camp de base depuis leur arrivée, le vol libre a été subitement interdit après le décès d’un alpiniste brésilien dans la région, fin juin. Le patron de leur tour-operator s’est même retrouvé en prison. Mais hors de question de renoncer. « Tête de lard, j’ai dit que je refusais de m’y plier tant que je n’avais pas vu un papier officiel avec un tampon et une signature », justifie Blutch. Devant le flou qui entoure la situation, ils décident de décoller quand même. La suite appartient désormais à la légende.
Article issu du Dauphiné Libéré