Faut-il faire payer les secours en montagne ? Le débat relancé par un ministre

D’ordinaire, c’est plus l’indignation suscitée par le sauvetage d’alpinistes ou de randonneurs manifestement imprudents qui relance le débat sur la gratuité des secours en France. Le 20 janvier dernier, c’est une phrase prononcée par le ministre François-Noël Buffet qui a poussé le monde de la montagne à s’interroger sur l’évolution du modèle actuel.

« Les comportements inadaptés de ceux qui considèrent qu’il y aura toujours quelqu’un pour venir les secourir »

En déclarant : « La gratuité, c’est un principe inconditionnel, mais c’est un principe qui peut subir quelques exceptions », le ministre auprès du ministre de l’Intérieur pointait « les comportements inadaptés de ceux qui considèrent qu’il y aura toujours quelqu’un pour venir les secourir. » Des propos tenus lors de sa venue à Annecy afin de relancer le Beauvau de la sécurité civile, qui ont fait réagir la communauté montagnarde.

À commencer par le maire de Chamonix, pour qui le maintien de l’écosystème des secours en montagne est essentiel. Dans un long communiqué, l’élu à la tête de la capitale de l’alpinisme a expliqué qu’“une remise en question de la gratuité des secours en montagne, même partielle, risque de contrevenir à l’idée d’un système adapté aux défis actuels et futurs”. Pour l’édile, faire payer les secours en montagne “contreviendrait à l’esprit même de l’engagement des femmes et des hommes au sein de notre système de solidarité qui interviennent aujourd’hui sans discrimination, ni hiérarchisation des responsabilités”.

Mais dans un contexte budgétaire extrêmement tendu, ils sont nombreux à appeler à une réforme qui permettrait au contribuable de ne pas supporter tous les coûts générés par le secours en montagne. Encore faut-il savoir de quoi on parle. Depuis la loi Montagne du 9 janvier 1985, si les espaces aménagés, pistes de ski alpin ou de fond dérogent au principe de gratuité puisque les communes facturent l’intervention à l’usager, la gratuité prévaut au-delà des secteurs sécurisés.

Photo Le DL/Stéphane Pillaud
Photo Le DL/Stéphane Pillaud

Près de 8000 secours en zone montagne contre 50 000 sur les pistes

En 2023, 8 080 de ces secours financés par l’impôt, ont été enregistrées par le Système national d’observation de la sécurité en montagne, contre 53 559 interventions sur les domaines skiables et hors-pistes accessibles par gravité pour l’hiver 2023/2024.

Six fois moins importants en volume que les secours sur pistes, ceux en zone dite montagne sont souvent beaucoup plus techniques. La géographie et le poids de l’histoire expliquent ainsi que trois acteurs se partagent le territoire français : les pelotons spécialisés de la gendarmerie (PGHM ou PGM), les unités de montagne de la police nationale (CRS) et les professionnels ou volontaire des groupes montagne de sapeurs-pompiers (GMSP).

Le fonctionnement de ces entités et des centaines d’hommes et de femmes qu’ils comprennent coûtaient en 2012, date du dernier rapport de la Cour des comptes sur le secours en montagne, près de 100 millions d’euros (61 millions pour les gendarmes et CRS et probablement 40 pour les pompiers).

L’utilisation d’hélicoptères représente à elle seule près d’un tiers de la facture. Un montant total qui progresserait du fait de l’inflation et qui pousse certains observateurs, comme l’ancien colonel et patron du secours pour la gendarmerie Blaise Agresti à appeler à une réforme du système actuel.

Article issu du Dauphiné Libéré

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