Dans les herbes hautes qui s’ébattent en contrebas du tremplin, il n’y a plus que les frisbees de quelques touristes qui volent dans l’aire d’atterrissage. Là où en 1968 et en mondovision, les sauteurs à ski survolaient Grenoble et offraient des images à couper le souffle, ne subsistent plus que les curieux venus côtoyer ce vestige des cimes.
56 ans après l’embellie olympique, le tremplin n’est plus qu’un voisin très fatigué des Trois Pucelles qui le surplombent. La végétation a investi les lieux, le panneau d’affichage traîne sa misère rouillée, la tour des juges gît là comme un navire grisâtre échoué au milieu d’un océan de verdure et les gradins qui pouvaient accueillir 2 000 officiels sont fermés par une grille.
Un site totalement à l’abandon depuis 1990
Depuis la construction de son alter ego de Courchevel en 1990 pour les JO d’Albertville, le site est totalement, ou presque, à l’abandon. Seul un grillage ceint le tremplin mais il est cisaillé par endroits et permet aux aventureux de s’affranchir de l’interdiction et de risquer un pied sur un béton qui s’effrite dans les grandes largeurs mais dont la renaissance occupe régulièrement l’actualité depuis trois décennies. Un festival outdoor s’y est tenu, des trails empruntent de temps à autre les escaliers casse-pattes qui longent le tremplin, Alain Prieur l’a sauté à moto en 1988 et les BB Brunes y ont joué en live en 2019.
Cette série de coups d’éclats sans lendemain ne rebute cependant pas l’action « d’une poignée d’amoureux du site, en accord avec la mairie, explique le maire de la commune, Franck Girard. Il faut bien rappeler qu’il s’agit quand même d’une zone de 12 hectares avec trois structures béton, et pas des moindres. Mais il y a un réel engouement, dont je me réjouis, des habitants et de l’association, de la commune et du Département qui nous aide ». Ainsi que la fondation du patrimoine menée par Stéphane Bern qui s’est exprimé dans nos colonnes le 12 octobre dernier : « On va soutenir le projet. Le patrimoine, c’est ce qu’on a reçu et qu’on va transmettre, on l’espère, dans un meilleur état ».
« Quelles que soient les options, on parle de millions d’euros »
Les mots sont flatteurs et tout soutien est bon à prendre mais ils ne résolvent pas encore l’équation à l’horizon. Franck Girard reprend en effet : « Quelles que soient les options, on parle de millions d’euros. Aujourd’hui, on est dans le rêve, on réactualise des études qui ont déjà été faites, pour savoir où en est le tremplin. Alors oui, on a des projets qui foisonnent, comme transformer la tour des juges en restaurant, faire un petit musée de l’olympisme, un parcours santé sur ce site… La fondation du patrimoine, qui apporte une petite aide financière, est partie prenante et c’est plutôt bien ».
Propriétaire à 100 % du site depuis une vingtaine d’années, la commune de 1 100 habitants n’a de toute façon pas les moyens de financer un chantier d’une telle ampleur, encore plus « à l’heure où les budgets des collectivités sont plus que contraints. Et quand je vois le montant de l’opération de la tour Perret à Grenoble pour un seul bâtiment… »
Les études, menées par un cabinet d’architectes grenoblois spécialisé, rendront prochainement leur rapport et diront d’ici peu « ce qu’il est possible de faire, ou pas. Et le chiffrage. À partir de là, pourquoi ne pas réunir des mécènes ? », souligne encore le maire.
Nouvelle piste ou énième chimère ? Depuis trente ans en tout cas, l’équation tient de la quadrature du cercle.
- Dernier site retenu par le comité d’organisation des JO de 1968, le tremplin est construit en 18 mois. Le chantier s’achève en janvier 1967.
- Le choix se porte sur Saint-Nizier d’abord pour sa proximité avec Grenoble, mais aussi avec les autres sites olympiques (Autrans et Villard-de-Lans). Ensuite parce qu’il est abrité des vents tournoyants et qu’à cette époque, l’altitude est suffisante pour garantir l’enneigement.
- Selon le site de Grenoble tourisme, c’est une erreur de navigation de son chauffeur qui permet au ministre des Sports de l’époque de découvrir Saint-Nizier et ce “spot” hors normes pour son panorama.

Article issu du Dauphiné Libéré








