Le Pas de l’Ours dans les Hautes-Alpes : 35 millions d’euros pour 300 habitants isolés

Le Pas de l’Ours dans la vallée du Queyras. Vu de Paris ou de la région, certains se sont demandé s’il valait vraiment la peine et les gros sous. « Un directeur régional d’une instance avait demandé, lors d’une visite : “Et il y a combien d’habitants de l’autre côté” ?, se remémore dans un sourire Jacques Bonnardel. Le préfet Philippe Court lui avait répondu : “Je vois où vous voulez en venir, n’y pensez même pas” ! »

Comme l’ancien maire d’Abriès (puis d’Abriès-Ristolas, Hautes-Alpes), Marcel Cannat a une anecdote du même genre, « un inspecteur mandaté par le ministère de l’Intérieur offusqué par tout l’argent qu’il fallait mettre pour quelques habitants au fond d’une vallée », se souvient le vice-président du Département en charge des routes.

Le Pas de l’Ours, c’est un pan de montagne surplombant la rivière du Guil dans la vallée du Queyras. Derrière se trouvent les villages d’Abriès et de Ristolas – les deux communes ont donc fusionné depuis. Un bout du bout du Queyras nommé le haut-Guil : un peu plus de 300 habitants à l’année et une station de ski sous l’ombre du mont Viso.

Un gigantesque glissement de terrain

Le Pas de l’Ours, situé sur la commune d’Aiguilles, est victime d’un gigantesque glissement de terrain dont les premiers signes d’activité sont enregistrés en 2014. La montagne flanche au printemps 2017, poussant à la rivière la route départementale 947 : le seul accès d’Abriès-Ristolas.

Des instruments de mesures sont posés et des études sont lancées. Un an plus tard, le verdict tombe : la route est condamnée. « Ayant suivi le dossier du Chambon juste avant, je savais ce qu’il manquait : une déviation. On a eu le temps de la préparer pour le Pas de l’Ours : on a mis 800 000 euros dans la piste de secours, souligne Marcel Cannat. Je savais pertinemment que ça allait se casser la gueule (sic). »

Cela ne manque pas, mais Abriès-Ristolas ne vit pas totalement en autarcie, fait remarquer Jacques Bonnardel : « On avait créé une petite caserne de pompiers, anticipé les besoins d’énergie. Finalement, le glissement du Pas de l’Ours s’est passé sans trop de difficultés. »

Avec le Pas de l’Ours, les tensions se focalisent davantage sur la suite : comment viabiliser l’accès au haut-Guil ? « Pour moi, le tunnel était une solution viable », déplore l’ancien maire d’Abriès. Une déviation est choisie et inaugurée en octobre 2022. « Le budget de départ était établi à 19-20 millions d’euros », précise Marcel Cannat. Le Pas de l’Ours, c’est finalement près de 35 millions d’euros. « C’est énorme pour un Département comme le nôtre », souffle le Monsieur routes des Hautes-Alpes. Même avec des financements État et Région pour quelques centaines d’habitants.

Article issu du Dauphiné Libéré

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