« Reproduire une avalanche » : l’exercice réaliste des pisteurs de l’Alpe d’Huez

Le calme avant la tempête.

Ce mercredi 5 février au matin, le soleil se reflète sur la blanche neige de l’Alpe d’Huez et l’ambiance est feutrée à l’heure où les premiers skieurs profitent des pistes encore fraîches. Au central des pistes, l’apaisement règne, quand un appel radio résonne à 9 h 55 :

« On a une alerte avalanche entre la Combe et la Balme. […] Le témoin a vu partir par là-haut, mais ne connaît pas le nom de la piste ». S’ensuivent alors de nombreux échanges entre Laurent Orcel, chef du secteur concerné, et les autres équipes de la station. « Laurent Orcel pour Damien, pour information trois personnels ont basculé de 2 700 en direction de 2 800 » ; « Ok Damien, reçu, il faudra peut-être prévoir du matériel ».

Maître-chien et pisteurs se rapprochent d’une zone encore floue, prêts à passer à l’action, en attente de la confirmation d’avalanche.

Photo Emilien Terme/Le DL
Photo Emilien Terme/Le DL

Une opération aiguillée à distance

Depuis le central, Yann Carrell, directeur des opérations Sata groupe et Jean-Christophe Lapalus, directeur des pistes, ne perdent pas une miette des échanges et acquiescent face à l’anticipation de leurs équipes alors que l’exercice grandeur nature qu’ils ont méticuleusement préparé et gardé secret se met en place.

À 10 h 01, un premier visuel est donné par jumelle depuis le haut du secteur Font Froide au sommet d’Auris-en-Oisans, situé à environ quatre kilomètres à vol d’oiseau. Moins de trois minutes plus tard, l’avalanche est confirmée : « Laurent, je te confirme une avalanche de catégorie 3 de 100 mètres de large pour 200 mètres de long. On va attaquer des recherches avec le Détecteur de victimes d’avalanche (DVA) ».

Le plan alerte avalanche est alors déclenché. Si le nombre d’appels radio redouble d’intensité, le ton calme et assuré des pisteurs n’a pas changé. Face à l’urgence, les différentes équipes font preuve d’un sang-froid inébranlable. Laurent Orcel coordonne une convergence efficace des pisteurs tandis que le central transmet les informations à la municipalité et à la préfecture.

En conditions réelles

Depuis le central, Yann Carrell et Jean-Christophe Lapalus profitent d’une rotation de l’hélicoptère du Secours aérien français (SAF) pour rallier la Balme et analyser le déroulé des opérations. Depuis l’appareil, le réalisme de la zone, préparée dans le plus grand des secrets par une poignée de membres du Sata groupe, est frappant :

« On a demandé à notre dameur de reproduire une avalanche qui tient la route. Ce matin à l’aube, une équipe est montée faire les trous, ensevelir les victimes et reboucher avant que ne soit donnée l’alerte », décrit Fabrice Boutet, directeur général Sata Groupe.

Le déclenchement du plan d’alerte n’a eu lieu que depuis vingt minutes lorsque l’hélicoptère du SAF dépose les deux directeurs et que, déjà, les “victimes” sont prises en charge par les pisteurs. C’est grâce à l’équipement DVA que les pisteurs ont, « en moins de cinq minutes », secouru les deux victimes situées sur les hauteurs de l’avalanche tandis qu’Obiou, le chien présent ce mercredi à l’Alpe d’Huez, marquait la troisième victime en contrebas.

« Le scénario prévoyait quatre victimes vivantes deux enterrées, une semi-enterrée, une victime psychologique et un mannequin “décédé” enterré. On peut voir qu’un massage cardiaque est en train d’être pratiqué sur la personne inconsciente, et des soins administrés aux victimes conscientes. Il ne reste plus que le mannequin qui n’est pas encore repéré… », explique Jean-Christophe Lapalus.

Photo Emilien Terme/Le DL
Photo Emilien Terme/Le DL

« Réussir à s’organiser ensemble, ce n’est pas toujours évident »

« Un pas à droite », « on sonde », « lève », « avance d’un pas »… Avec le soutien des militaires du 93e RAM et des pisteurs venus des Deux Alpes, trois vagues de sondeurs se mettent rapidement en place pour ratisser l’ensemble de la zone mètre par mètre et lever le moindre doute qu’aucune victime ne reste sous la neige. C’est grâce à ce travail méthodique que l’ultime victime est retrouvée.

Au total, ce sont plus d’une cinquantaine de professionnels qui ont été mobilisés sur place sous la direction du chef de secteur Laurent Orcel. « Tout s’est très bien déroulé, il n’y a eu aucun stress, tout le monde s’est montré très efficace, méthodique. Ils savent tous ce qu’ils font, mais réussir à s’organiser ensemble ce n’est pas toujours évident. C’est ce que l’on voulait vérifier et c’est une grande réussite ! », savourent Yann Carrell et Jean-Christophe Lapalus.

Article issu du Dauphiné Libéré

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