La petite phrase n’est pas passée inaperçue. La station de Tignes dit se préparer « à la fin du ski sur le glacier de la Grande Motte. » Le verbatim vient d’un entretien de Clément Colin, président du directoire d’Altta, le nouveau gestionnaire des remontées mécaniques tignardes, auprès de l’ AFP. Interrogé par Le Dauphiné Libéré sur la signification de cette phrase, le dirigeant clarifie : « Nous travaillons sur le glacier pour maintenir la skiabilité depuis le téléphérique mais on sait que sa fonte engendrera des difficultés à skier à long terme ».
Est-ce donc la fin du ski d’été à Tignes ? Pas pour le moment. « Ce n’est pas une pratique très impactante. Le ski d’été se fait sur les restes de neige de l’hiver. Tant qu’il y en a, ça peut continuer. Mais dès que la glace apparaît à la surface, la saison s’arrête », explicite Clément Colin.
Sous l’effet du réchauffement climatique, le glacier de la Grande Motte fond vite. Très vite. À un rythme soutenu d’une perte d’épaisseur de l’ordre de 2 à 4 mètres chaque année, « dans dix ans, le glacier aura quasiment intégralement fondu », selon Clément Colin. Le dirigeant d’Altta balaye l’idée de futurs terrassements de la zone postglaciaire pour continuer à skier.
Il est plutôt envisagé une mutation des pratiques, avec le renforcement de la liaison piétonne vers le sommet et le projet Altitude Expériences. Un changement de paradigme qui n’aurait pas été possible sans « la flexibilité permise par le modèle de société publique locale (SPL) tel que Altta », soutient son président du directoire.

Vers un nouveau modèle pour le ski de haute altitude
De l’autre côté de l’ex-Espace Killy, à Val d’Isère, le ski d’été vit encore de belles heures. « Il est essentiel de maintenir cette activité pour les clubs locaux. Cela leur coûte moins cher de venir sur notre glacier que d’aller en Amérique du Sud s’entraîner », défend Damien Rivollier, adjoint au maire de Val d’Isère.
En réalité, “d’été”, le ski avalin n’en a plus que le nom. Le glacier du Pisaillas qui culmine à 3 140 mètres d’altitude est ouvert depuis le samedi 6 juin. Et les conditions météorologiques, comme une canicule anticipée, peuvent raccourcir la saison. « Nous réfléchissons à décaler petit à petit l’ouverture du glacier plus tôt et glisser vers du ski de printemps », admet Damien Rivollier. Cela nécessiterait de faire tourner le téléphérique du Fornet et la télécabine du Vallon pour acheminer les skieurs au sommet, en l’absence d’ouverture du col de l’Iseran.
Le modèle des Deux-Alpes (Isère) est dans toutes les têtes. La station iséroise a fait le choix de ne pas arrêter sa saison du ski au 3 mai comme à Tignes et Val d’Isère mais s’est poursuivie sur son glacier tout au long du printemps. Quoi que le climat réserve, côté avalin comme tignard, on refuse « tout acharnement du ski sur glacier. »
Article issu du Dauphiné Libéré