Promis depuis près de quinze ans, maintes fois reporté, le démontage de l’ancien refuge du Goûter va cette fois devenir réalité. Entre le 1er juin et la mi-août, le bâtiment métallique accroché à 3 817 mètres d’altitude sera démonté pièce par pièce. Ce vestige des années 1960 va donc quitter l’arête rocheuse du Goûter, comme cela était déjà prévu en 2008 au moment de la délivrance de l’autorisation ministérielle pour la construction du nouveau refuge.
Attendu et symbolique, le démontage de ce bâtiment conçu par un carrossier grenoblois marque un peu plus la fin d’une ère sur la voie normale d’ascension du mont Blanc. Une page de l’histoire avait déjà été tournée en partie avec l’entrée en service du nouveau refuge ovoïde situé à 300 mètres de là en 2013. Le vieux refuge était resté fermé depuis.
« Une coquille vide depuis plusieurs années déjà »
« Ce n’est qu’une coquille vide depuis plusieurs années déjà. Ce vieux refuge a déjà été complètement démonté à l’intérieur quand nous avions procédé à son désamiantage et à son curage », confirme le maire de Saint-Gervais, Jean-Marc Peillex, heureux que le sort de ce vieil abri soit enfin scellé.
Le récent rapport de l’inspection générale de l’environnement y est d’ailleurs pour quelque chose. Ce réquisitoire, dézinguant au passage le nouveau refuge qualifié de « bateau ivre », appelait clairement à la démolition de ce vestige. Dans une logique de « reconquête paysagère », remise au goût du jour par ce rapport critique, les services de l’État ont fini par valider cette déconstruction en haute altitude.
Ce ne sera toutefois pas le cas de son annexe, construite dans les années 1990 et qui sert toujours de volume recueil en cas d’incendie dans le nouveau refuge. Une solution qui ne plaît d’ailleurs pas à l’inspection générale de l’environnement. Cette dernière souhaite que la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM), qui exploite le nouveau refuge du Goûter, trouve une solution qui évite de devoir marcher 300 mètres le long d’une arête et qui permette également de retirer un jour cette annexe du paysage.
« Garantir la sécurité des alpinistes »
Avant que ne soit démonté le vieux refuge cet été, des travaux préparatoires seront menés dans la seconde quinzaine de mai. Durant cette période, pendant deux jours, l’accès sera d’ailleurs interdit entre le refuge de Tête Rousse et celui du Goûter en raison des opérations de déneigement et de déglaçage menées à l’aplomb du couloir du Goûter, secteur particulièrement exposé aux chutes de pierres.
« Garantir la sécurité des alpinistes » motive cette fermeture temporaire, indique la préfecture qui précisera le créneau de fermeture de l’itinéraire quelques jours avant selon les conditions météo.
La suite des travaux, prévus du 1er juin au 15 août, se déroulera en revanche sans fermeture de la voie normale vers le toit des Alpes. Le chantier se fera en grande partie à l’aide de l’hélicoptère, mais devrait rester rapide. « En un été, ce sera plié », assure le maire de Saint-Gervais. Pleinement propriétaire du refuge, la commune va financer une partie des opérations aux côtés du Département et de la Région. « L’argent est prêt et bloqué depuis des années pour ce démontage », assure l’élu saint-gervolain.
Mais le vieux refuge ne disparaîtra pas totalement du paysage. La commune souhaite le reconstruire dans le parc thermal, 3 200 mètres plus bas. « L’idée, c’est de le remettre dans le même état », explique Jean-Marc Peillex, qui souhaite reconstituer à l’identique ses dortoirs et ses espaces de vie. Une manière de transformer ce témoin d’altitude en objet de mémoire, et de donner à voir un morceau de l’histoire du mont Blanc à ceux qui n’ont pas eu la chance de pouvoir y monter.
Article issu du Dauphiné Libéré


