Que le dispositif pionnier ait été testé sur l’un des spots de parapente les plus fréquentés au monde n’est pas une surprise. À Talloires-Montmin, le col de la Forclaz dominant le lac d’Annecy s’impose comme un temple international du vol libre, avec près de 2000 décollages par jour au pic de la belle saison (1 400 à la Forclaz, 600 à Planfait).
Cet été, pour la première fois dans l’histoire du vol libre en France, des patrouilleurs ont arpenté les deux sites de décollage et l’atterrissage à Perroix. « Il était temps de s’organiser », pose Sébastien Blessès, président de l’Union des professionnels acteurs du vol libre annécien (Upavola).
C’est le nombre de personnes enregistrées à la montée à l’aire de décollage de parapente de la Forclaz en 2023 entre le 1er avril et le 31 décembre (cellule compteuse à la barrière d’accès). Les jours de pic estival, jusqu’à 3 300 personnes ont accédé au décollage. Un chiffre qui donne l’ampleur de l’attractivité du site et qui se combine avec les 90 921 personnes enregistrées à la descente (264 226 passages cumulés), soit plus de 82 000 personnes ayant volé depuis la Forclaz sur la période, en solo ou en biplace.
Sécuriser les envols et limiter les nuisances
« Les professionnels avaient à cœur de participer pour améliorer la sécurité et répondre aux désagréments subis par les riverains et les agriculteurs, raisons pour lesquelles l’Upavola a été créé en octobre 2023 », précise le quinquagénaire, moniteur de parapente depuis huit ans à Doussard.
Survols fréquents des maisons à basse altitude ou atterrissages sauvages dans les champs, la forte fréquentation du site ouvre la porte à de mauvais comportements qui portent atteinte à l’image des parapentistes. Les missions des patrouilleurs : sécuriser les envols et limiter les nuisances sur les bords du lac.
« Ce sont des moniteurs de parapente détachés qui veillent à ce qu’il n’y ait pas de mise en danger d’autrui, à ce que les vols et les approches soient effectués dans les règles. Ils sensibilisent avec pédagogie les pratiquants, en allant à leur rencontre, pour leur faire mesurer les risques pris », résume Sébastien Blessès.

Une mission d’observation cruciale
« Au décollage, leur mission d’observation est cruciale. Ils évaluent le niveau de préparation et de compétence des pilotes. Ils peuvent intervenir en cas de conditions aérologiques difficiles. On leur pose des questions : nombre de vols, école de formation, lieux de pratique, matériel utilisé. On s’assure qu’ils connaissent les règles du secteur et on dissuade de décoller ceux dont le niveau semble insuffisant. Si nécessaire, on interrompt l’envol, quitte à attraper le pilote. À l’atterrissage, on sensibilise ceux dont les approches sont trop dangereuses pour les autres », développe le président de l’Upavola, jeune syndicat qui pèse déjà par sa forte représentativité (150 adhérents moniteurs sur les 170 professionnels recensés autour du lac d’Annecy).
L’expérimentation inédite a reçu un bon accueil. « Nous n’avons eu que des bons retours des pilotes. La quasi-totalité nous a remerciés. Il n’y a pas de défiance, nous sommes des professionnels, notre crédibilité a compté. »
Moins de secours par hélicoptère cet été
Soutenue par la FFVL qui a fourni le matériel (gilet bleu d’identification), l’initiative a reposé sur les contributions de tous les professionnels (cotisation de 190 euros par moniteur). « Un budget limité qui fait qu’on a privilégié les périodes de forte affluence, à savoir 80 journées sur les cinq mois de la saison, entre mi-avril à mi-septembre. Il en faudrait bien 120 au vu de la fréquentation », estime le président de l’Upavola qui espère reconduire le dispositif l’été prochain.
« On ne peut empêcher tous les accidents mais il y a eu beaucoup moins de secours héliportés sur le site de la Forclaz cet été que les années précédentes. On n’a pas la prétention de dire que ce n’est lié qu’à notre action mais on y participe clairement. »
En témoigne la décision collégiale prise le samedi 24 août après-midi, par mesure de sécurité, de fermer l’aire de décollage de la Forclaz en raison du risque météo (violent front orageux), une première sans précédent là encore.
Article issu du Dauphiné Libéré