Le ski et la ville : la piste la plus urbaine des Alpes est à Serre Chevalier

Depuis 1989, elle se skie de jour comme de nuit et offre une vue imprenable sur Briançon. La Vauban, piste rouge, a été la première de l’histoire du ski français à relier un domaine skiable à une commune de 10 000 habitants. La première de Serre Chevalier, aussi, à être équipée d’éclairages pour offrir une expérience nocturne. La première, enfin, à porter le nom de l’architecte en charge des fortifications datant de la fin du XVIIe et début XVIIIe siècles. De son point haut, les ouvrages militaires se distinguent facilement et délivrent le sentiment de plonger dans les remparts. La cité Vauban a dû attendre près de trois siècles pour qu’une piste éponyme en devienne le miroir. Avec entre elle et la pente en lacés, la sous-préfecture des Hautes-Alpes.

De nuit, la piste Vauban s’éclaire et offre un panorama inhabituel. Pour le skieur alpin coutumier des chaînes de montagnes en toile de fond et des massifs sauvages et vierges, ici tout est différent. Les lumières de la ville de Briançon et de ses ruelles, des forts qui la dominent et des monuments qui la composent, étoilent la vue de celui qui la contemple. Le fort du Château, le fort des Têtes, le fort du Randouillet, le fort Dauphin, chacun se distingue dans la nuit froide.

Un slogan : “Le ski et la ville”

C’est cela qu’imaginaient Robert de Caumont, maire de 1983 à 1991, son équipe et leur slogan “Le ski et la ville”, quand ils ont décidé de construire la station de Briançon. En tête de liste : la télécabine du Prorel. Autour d’elle : plusieurs pistes pour tous les niveaux. Des infrastructures sportives et touristiques, dont la genèse reste ni plus ni moins qu’une bataille politique. « Il y avait déjà eu des idées – de création du Prorel – et Robert de Caumont s’était battu contre, raconte André Gili-Tos, adjoint au développement urbain de l’époque et instigateur du Prorel. C’était un sujet d’opposition pour lui, comme la Grande Boucle. Et moi, j’étais pour. Le Prorel était selon moi un moyen de renouer avec le tourisme à Briançon ».

L’adjoint a fini par convaincre son maire, fervent opposant au projet initial de création de la remontée mécanique du Prorel de Paul Dijoud, son prédécesseur. Un accord passé entre Robert de Caumont et André Gili-Tos dans un restaurant de la vieille ville, une pétition des commerçants et d’intenses négociations plus tard, « on a fait le Prorel ». Au prix d’une dette sans précédent et d’un déchirement politique encore dans les mémoires.

La municipalité de l’époque n’avait pas prévu de créer de pistes ni vraiment de station de ski. « À l’origine, ça devait être un télésiège au départ de la Ribière et reliant Serre Chevalier au niveau des Éduits. On parle d’un projet à 700 000 francs », témoigne l’instigateur du Prorel. Cette simple liaison pour permettre aux Briançonnais d’aller skier à Serre Chevalier a fini par offrir aux locaux le luxe de skier à la maison. Un présent à 230 millions de francs, bien au-delà des capacités budgétaires de la Ville.

« Tu l’auras ton Prorel »

L’un des principaux éléments déclencheurs, c’est ce fameux repas en tête à tête dans la cité Vauban. « J’ai dit à Robert : “Je suis Briançonnais et je suis venu avec toi pour faire quelque chose. Il y a une chance de faire le Prorel et c’est toi qui as les clés, tous les voyants sont au vert”. Il avait beaucoup de relations, notamment Michel Rocard, Premier ministre de l’époque. Et je voulais qu’on marque le mandat, qu’on montre que les socialistes étaient capables de faire de grandes choses à Briançon. Il m’a répondu : “Tu l’auras ton Prorel” », se souvient André Gili-Tos, au mot près.

Cette histoire tient son nom d’une montagne qui domine la sous-préfecture, à 2566 mètres d’altitude. Devenue la remontée mécanique la plus controversée de la vallée. Et finalement, sur le domaine de Briançon, seule la télécabine porte un nom de sommet. Les pistes se sont vues octroyer des dénominations référentes à l’histoire locale. La grande Gargouille, les Remparts, la Vauban ou le chemin de Ronde : des appellations évidentes pour les Briançonnais.

Mais skier dans ces dispositions n’a pas toujours été possible. Naturellement, c’est même impossible. « Le jour de l’inauguration du Prorel, j’avais 25 ans et j’étais moniteur stagiaire, se rappelle Stéphane Simond, directeur de l’ESF de 1996 à 2024. On devait faire une descente au flambeau, mais il n’y avait pas de neige. Elle est tombée le 25 février. C’est une année marquante, dont je me souviens des dates. Michel Rocard, Premier ministre, était là ». 1990, toujours pas de neige. 1991, premiers investissements dans l’enneigement artificiel, pour que la Vauban soit intégralement aménagée en neige de culture. Et c’est comme cela depuis presque 40 ans.

Article issu du Dauphiné Libéré

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