Via Alpina : France, Allemagne, Slovénie… un voyage culturel hors frontière unique

« Elle te fait marcher à travers plusieurs pays donc plusieurs langues, cultures, nationalités sans que tu t’en rendes vraiment compte. Tu déambules entre les dialectes, les plats, les habits. C’est la particularité de la Via Alpina : c’est vraiment un voyage culturel. »

Après 2 200 km et 130 000 m de dénivelé, Patrice Ponza a réussi son challenge : traverser l’intégralité des Alpes à pied, en autonomie. Parti le 21 juin de l’Adriatique, le Bas-Alpin est arrivé le 13 septembre au bord de la Méditerranée. Plongé depuis dans ses carnets pour faire de son épopée un livre, il a « pris conscience d’une aventure privilégiée ».

La Via alpina est un itinéraire de randonnée qui relie les huit pays des Alpes : Italie, Slovénie, Autriche, Liechtenstein, Allemagne, Suisse, France, Monaco. Les Alpes du Sud sont de la partie, visitées à partir de Névache sur le sentier de grande randonnée (GR) 57, puis les GR 54 et 50 aux abords des Écrins, avant d’aborder le Queyras via Guillestre et Ceillac, de rallier la Haute Ubaye, quittée au col de Mary pour pénétrer Italie et le parco naturale delle Alpi marittime , avant de revenir dans les Alpes-Maritimes (françaises).

Un chemin sans frontière

Se jouer des frontières, montrer qu’elles n’ont pas d’existence réelle sur le terrain, c’est l’ADN de la Via Alpina. Né il y a 25 ans, le projet a connu des hauts et des bas, des modifications. Demeure l’esprit : « un chemin le plus proche possible des frontières et permettant de les franchir facilement et fréquemment, pour montrer que les Alpes sont un espace de partage et de rencontre et non plus d’affrontement, montrer qu’on est entré dans une nouvelle ère culturelle », résume Gilles Chappaz, président de Cipra France, l’ONG internationale qui pilote la Via Alpina.

Ce trekking, c’est un peu le best-of des Alpes, entre cimes majestueuses et points de vue merveilleux. Mais pas que. Le randonneur croise des stations de ski, descend régulièrement dans les vallées, « d’une part pour éviter de porter des sacs trop lourds et d’autre part pour découvrir la réalité des cultures locales, et que ce soit un outil de développement que la population s’approprie » décrypte Gilles Chappaz.

« C’est bien pensé parce que le chemin varie entre mise à l’écart de l’agitation d’en bas dans une nature très sauvage, et arrivée dans des villages et des refuges qui permettent de faire tes ravitos, des points un peu plus sociaux » compare Patrice Ponza.

Diversité des paysages, de la faune et de la flore – mais aussi de la fréquentation : « Sur le tour du mont Blanc, il y a tellement de monde que tu ne peux pas marcher à ton rythme. Sur le Karnischer Höhenweg [qui suit la frontière en Autriche et Italie, NDLR], tu ne croises personne pendant 10 jours ! »

La Via Alpina en chiffres

8 pays traversés

116 étapes

2 000 km de marche

de 0 à 3000 m d’altitude

« Des pros de la montagne »

Pas besoin d’être alpiniste. La Via Alpina est « faisable par la majorité des randonneurs » avec « des étapes pas trop longues », selon Gilles Chappaz. Attention quand même, « ce n’est pas pour les randonneurs du dimanche, il faut avoir la pratique de la montagne. Il y a quelques passages avec des chaînes fixes, par endroits on met un peu les mains » nuance Jean-Yves Garinet.

Habitué du Queyras, ce Toulousain de 66 ans organise chaque année un séjour randonnée pour ses amis. « Sur la Via Alpina, la documentation en ligne est très fiable, je n’ai jamais été surpris par les indications, alors que sur d’autres sites il n’y a pas ce niveau d’exigence. Je pense que les gens qui y ont travaillé sont des pros de la montagne. »

L’été dernier, Jean-Yves Garinet a vécu « une très mauvaise expérience » en Italie, dans les Alpes bergamasques, pris au dépourvu par « deux étapes très difficiles ». « Il y a 40 ans, il y avait une carte et un guide : c’était fiable. Aujourd’hui, la documentation des sentiers est multiple, mélangée à des infos touristiques qui tordent un peu l’idée qu’on se fait de l’endroit. Et les applis de rando n’indiquent pas la difficulté, le terrain, seulement le dénivelé pour les trails. Il y a des gens qui sont surpris, c’est pour ça qu’il y a plus d’accidents. » Voilà pourquoi il reviendra sûrement sur la Via Alpina.

Car rien n’oblige à marcher plus de 2000 km d’une traite. Rares sont ceux qui ont trois ou quatre mois devant eux, l’entraînement requis et un budget non négligeable, entre matériel et nuits en refuges. « La plupart tronçonnent et font une semaine ou 15 jours, chaque année dans un pays différent, observe Gilles Chappaz. Ça peut structurer une vie de randonnée. » Ou être la randonnée d’une vie.

Via Alpina – Mes Alpes intérieures de Patrice Ponza, Éd. La Trace, sortie le 2 avril 2026 en librairies en France et en Suisse. En prévente dès février 2026 sur le site de la maison d’édition ubayenne.

 

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