22 ans après, il rachète aux enchères la cabine qu’il avait construite à La Plagne

Retrouver son amour de jeunesse 22 ans après, c’est le sentiment exalté qui a animé Rog (*), samedi 5 juillet, au moment de récupérer la cabine n° 55 de la roche de Mio, à La Plagne. À bientôt 55 ans (un heureux hasard), le monteur de remontées mécaniques est accompagné par son ancien chef de chantier, Jean-Marie, en ce jour historique. À travers ses lunettes de soleil noires et opaques, il se souvient très clairement du chantier de rénovation de cette télécabine mythique en 2003.

Les œufs orange et jaune datant de 1974 ont laissé place à une remontée innovante avec des poutres à pneus « Des fois, on a travaillé le soir jusqu’à minuit pour livrer à temps l’appareil. Je me souviens de devoir monter sur un pylône de 30 mètres avec mes outils en main et sous un mètre de neige », raconte Rog, des étincelles dans les yeux.

« Une grande fierté de travailler dans ce métier unique »

Avec des expériences de plombier, de poseur de vérandas et de façadier, le jeune débrouillard arrive à La Plagne en 1998 et intègre la Comag, une entreprise spécialisée dans l’installation de remontées mécaniques pour la marque Poma, l’année suivante. « C’est une grande fierté de travailler dans ce métier unique. Dans l’aviation, les deux mastodontes sont Boeing et Airbus, dans les remontées mécaniques, c’est Poma et Doppelmayr. »

« En 20 secondes, les enchères se sont enflammées »

La télécabine 6 places du modèle Diamond de Poma, Rog la connaît dans ses moindres recoins. Au cœur du réacteur, il a participé au pelletage, au coulage du béton, à l’assemblage de la ferraille arrivée par hélicoptère, et même à l’épissure (assemblage) des câbles. « Enfant, je touchais déjà au bricolage et j’ai appris sur le tas en observant. Ce qui ne m’a pas empêché d’avoir 4,5 en maths au bac (rires) », explique le passionné de ski et de mécanique.

Couteau suisse, le monteur génie civiliste s’occupait de l’exploitation de l’équipement l’hiver, à l’accueil pour ses débuts jusqu’à conducteur au sommet la saison dernière. L’acquisition d’une cabine coulait alors de source, le temps n’ayant pas rouillé sa passion.

« En 20 secondes, les enchères se sont enflammées, passant de 500 à 1 300 euros. Heureusement, la mienne était un peu endommagée, donc je l’ai achetée 900 euros avec les frais, raconte avec amusement l’Aimerain. C’est un sacré budget pour un ouvrier ».

Même avec une vitre en moins et des griffes de bâtons et de skis, Rog était trop attaché à ce bout d’histoire. « En 2003, on a détruit les 160 anciens véhicules de la télécabine, car personne n’en voulait. Aujourd’hui, ils s’arrachent à prix d’or, surtout les vintage comme les rouges du glacier de Bellecôte. »

« Un élément de décoration convivial »

L’heureux acquéreur a prévu de redonner de sa superbe à l’appareil. Les peintures et les vitres vont passer à la case travaux pour briller de nouveau de mille feux, même à la retraite. Le déchargement de la cabine jusqu’au jardin de Rog à Aime-la-Plagne, démontre bien qu’elle est la prunelle de ses yeux bleus.

Tel un chef d’orchestre, il glisse ses consignes à ses voisins, avant la poussée de la mêlée collective. « Il faut qu’on arrive à bouger la bête de 200 kilos », prévient un des dix déménageurs. « On pourra boire le café et l’apéro », motive le monteur. « C’est un élément de décoration convivial que j’aimerais aménager en y ajoutant une table, des plaids et un éclairage ».

La cabine rejoint sa collection de souvenirs de La Plagne, avec entre autres le panneau de l’ancienne piste Émile-Allais (champion de ski des années 30) et un roulement à billes. « J’espère que je n’aurai pas le syndrome de Diogène à accumuler un tas d’objets », plaisante-t-il.

A contrario d’autres acheteurs britanniques, alsaciens ou des pays de l’Est, la mémoire de la cabine sera bel et bien perpétuée dans la vallée. La vente des 121 cabines par la SAP (Société d’aménagement de La Plagne) permettra de financer la nouvelle version de la ligne phare, opérationnelle en décembre prochain.

(*) Le prénom a été changé.

Article issu du Dauphiné Libéré

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