C’est une histoire racontée par sa petite-fille.
Si vous étiez devant votre téléviseur, le 16 août dernier, pour l’épisode d’Échappées belles consacré à Chamonix, vous avez peut-être vu ce passage suspendu dans le temps. Au pied des sommets, Cathy Simond, gardienne de la buvette-refuge des Mottets, regarde l’aiguille de la République et évoque son grand-père, Joseph.
Il y a cent vingt-et-un ans, ce guide chamoniard imagina une stratégie inédite pour vaincre un sommet que tous croyaient infranchissable…
Une aiguille réputée imprenable
L’aiguille de la République, 3 305 mètres, se dresse sur le flanc nord-est des Grands Charmoz, au cœur du massif du Mont-Blanc. Son profil, rappelant un bonnet phrygien, attire le regard depuis la vallée. Mais à l’époque, ses 15 derniers mètres de granit parfaitement lisse semblaient défier toutes les tentatives.
En juillet 1902, une première expédition menée par Émile Fontaine et les frères Ravanel atteint le pied du monolithe, mais doit renoncer. Deux ans plus tard, d’autres tentatives échouent encore. Le sommet semble inviolable.

Une arbalète pour vaincre le vide
L’histoire aurait pu s’arrêter là, dans l’échec et le renoncement. Mais le 29 juillet 1904, Joseph Simond se présente au pied du monolithe avec un objet inattendu : une arbalète expédiée spécialement depuis Paris.
Le plan est audacieux. Tirer une corde à nœuds par-dessus le sommet, la faire basculer de l’autre côté, et créer ainsi une ligne de vie pour atteindre ce que les mains seules ne pouvaient pas conquérir.
À ses côtés, Hippolyte-Émile Beaujard, client passionné de montagne, ainsi que Louis Simond et Alfred Tournier, deux porteurs. Dans le silence de la paroi, la corde fuse, portée par la tension de l’arbalète, franchit le sommet et se déploie sur l’autre versant de l’Aiguille de la République.
Une fois la ligne de vie fixée et l’alpiniste assuré, l’ascension finale peut commencer. Quelques heures plus tard, les quatre hommes se hissent enfin au sommet de l’aiguille de la République, vainquant ce qui, la veille encore, semblait infranchissable.
Du lancer de corde au 6c
À la fin du XIXᵉ siècle, le lancer de corde était une technique employée dans les débuts de l’alpinisme. Edward Whymper, célèbre pour la première ascension du Cervin, recommandait l’usage de grappins et de cordes lancées pour atteindre des passages délicats. De nombreux sommets auparavant inaccessibles, comme l’aiguille du Fou, ont été conquis grâce à ces manœuvres précises et audacieuses.
L’exploit de 1904 a façonné une méthode : pendant près de soixante-dix ans, on continua de gravir l’aiguille en utilisant le lancer de corde, inspiré par la technique de Simond. Ce n’est qu’en 1971 qu’une équipe composée de Bouttet, Germain, Mollier et Lange installa une ligne de pitons à expansion, ouvrant l’accès « en tire-clous ».
Aujourd’hui, les grimpeurs modernes affrontent le monolithe en libre, dans une cotation de 6c.

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