Laurent Dupré (dit Lolo) est un banquier pas comme les autres. Dans la banque, a priori, pas de prise de risque, mais dans le ski de montagne et la pente raide qu’il pratique en passionné c’est autre chose, ou du moins c’est ce que certains veulent bien croire. Pour ces « skieurs du raide » tout est préparé, évalué, mentalement, physiquement, avec lucidité, et même si le risque ne disparaît pas, il se gère et se minimise par la préparation et l’expérience.
« Ouvrir de nouvelles lignes avec les copains »
« La volonté d’ouvrir de nouvelles lignes, avec les copains, c’est ce qui nous a toujours passionnés, plus le voyage que le sommet en lui-même », explique Laurent Dupré. Comme le dit le proverbe : “Le but n’est rien, seul compte le chemin pour y parvenir”, et la descente…
« La découverte, l’aventure et la solitude et souvent des approches longues. Si l’on devait caractériser nos sorties, elles ne sont pas dans l’extrême difficulté, mais intègrent la notion de dépassement de soi, d’effort, de recherche et de découverte avec des enchaînements de plusieurs descentes. Pour notre équipe de copains, le plus important, c’est la beauté de la ligne ». C’est aussi le partage, avec les « partenaires » et amis, dont certains ne sont plus, selon ses dires, très jeunes, mais restent endurants et tous toujours aussi passionnés.

Seul ou avec ses fidèles potes – Hervé, Steph, Antoine, Roch, Davide ou Sam – Laurent continue à tracer de belles courbes dans les pentes, avec toujours la volonté d’y trouver du plaisir, de la beauté et y laisser la plus belle signature possible.
Toulousain de naissance, puis Grenoblois, c’est dans les montagnes autour de Chamrousse que Laurent fait ses premiers pas de montagnard. Un peu de compétition de ski, mais les piquets ne seront pas sa tasse de thé pour cet esthète de la courbe, mordu de liberté.
Adepte du splitboard
C’est après s’être installé dans la vallée de Chamonix, que les pentes raides vont devenir son terrain de jeu favori, après les premières armes en ski de rando et en snowboard, au bout des marches d’approches en raquettes. Très vite, il se lance dans les grandes classiques de la vallée, comme la nord-est des Courtes, le couloir Spencer à Blaitière, ou encore l’Y à l’aiguille d’Argentière, des premières descentes qui lui mettront réellement le « pied à l’étrier ».
Adepte du splitboard (NDLR : sorte de snowboard de randonnée), mais également du ski, Laurent avoue avoir plus de confiance et de feeling avec le snowboard dans le raide. « J’aime bien les deux outils, cela dépend en fait du terrain, des partenaires, et des conditions. Je pense aussi que certains passages sur les piolets sont plus adaptés à la planche, mais dans les terrains plus rocailleux, comme le “dry skiing”, les skis sont indispensables. Reste que je pense que l’on peut faire plus raide en ski avec deux carres. ».
Le bassin du Miage comme terrain de jeu favori
Les premières pentes vraiment plus raides dans le bassin du Miage italien sont son terrain de jeu favori, pour sa solitude et la multiplicité des lignes. « C’est un peu le bassin d’Argentière en plus sauvage, sans fréquentation. » Un milieu dont il a exploré un grand nombre de couloirs et de pentes (dont de nombreuses premières), avec en préambule aux aventures à venir la traversée du couloir de l’Aigle en traversée avec Roch Malnuit, une difficulté comparable au couloir Whymper.
Viennent ensuite les grandes pentes mythiques, comme le Mallory, l’Eugster, la face ouest du Mont-Blanc… Et dans d’autres massifs : le grand couloir Marinelli au mont Rose, le grand Combin, la face nord du pigne d’Arolla et une expérience qui ne laissera pas forcément les meilleurs souvenirs dans la face nord des Courtes sur les traces de Daniel Chauchefoin. « Ce fut un peu pour moi l’arrêt des pentes très engagées et avec trop de stress. »

Parmi les nombreuses descentes effectuées dans le bassin de Miage par cet explorateur en quête de tranquillité figure une ligne probablement jamais fréquentée à la Tête carrée (3564 m). « Niché dans un recoin des lignes que l’on n’a pas encore arpentées avec les copains, cette descente prend son origine au sommet de la rampe de la Tête carrée, et qui moyennant une désescalade de 10 mètres ou un rappel permet de tracer une directe de 700 m de dénivelé dans une pente à 45° dans l’ensemble. »
Il poursuit : « Est-ce une descente déjà réalisée ? À ce jour, je n’ai aucune information en ce sens. En tout cas, je n’y avais jamais mis mes spatules, ce qui génère toujours un sentiment plus fort d’autant plus lorsqu’on a glissé en solo ou l’engagement est pour moi bien supérieur. »
Article issu du Dauphiné Libéré