Soudainement, peu avant 10 heures, le 30 mars dernier, les bulles de Grenoble se sont arrêtées, suspendues dans le vide. « Le téléphérique est en panne », alarme par téléphone Thibault Conesa, le chef d’exploitation, auprès du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis). Moins de cinq minutes plus tard, plusieurs véhicules de pompiers, dont un immense camion équipé d’une longue échelle, arrivent au pied de la gare basse.
À proximité, les voitures et autres deux-roues roulent au pas sur le quai Stéphane-Jay, décidément interloqués au point de même utiliser leur téléphone au volant pour enregistrer l’événement. Les piétons et coureurs sont tout aussi ébahis. « Il y a des gens à l’intérieur ? », s’interroge Sylviane, une vieille habitante de la rive droite de l’Isère. Effectivement, il y a bien une soixantaine de personnes confinées : une moitié dans le train d’en bas (cinq bulles) et une autre moitié dans celui d’en haut, au sommet de la Bastille. Mais ces hommes et femmes de tous âges sont tous volontaires. Une bonne partie est d’ailleurs liée de près ou de loin à l’activité de soldat du feu.
Chaque année, le scénario est différent
De loin, cela semble réel, mais en réalité, il s’agit d’un exercice pour préparer une éventuelle véritable défaillance technique, comme c’est le cas tous les ans à la même période. Mais chaque année, le scénario est différent. « Cette fois, les deux trains sont bloqués en sortie immédiate des deux gares », explique le lieutenant Bertrand Petit, l’officier de liaison entre les sauveteurs et le commandant d’opération. Il n’y a donc pas besoin de sortir les bateaux ou l’hélicoptère, mais l’évacuation n’en est pas moins spectaculaire.
À l’aide de la longue échelle du camion, deux pompiers équipés de casques blancs de la caserne de Seyssinet-Pariset montent sur l’une des cinq bulles. Puis ils s’y accrochent avec des mousquetons comme en escalade. Accompagnés d’un second binôme sur une autre bulle, les sauveteurs font descendre, deux à deux, les victimes volontaires à l’aide d’un baudrier jaune. « Ce n’est pas la configuration la plus compliquée, mais une telle évacuation n’est jamais anodine, assure Bertrand Petit. Même si c’est un exercice, il peut y avoir des personnes stressées ou sensibles, ainsi que des animaux. Pour cette fois, nous avons un chien à sécuriser, par exemple. »
« Des sensations quand on est suspendu au-dessus du vide avec le baudrier »
Mais, tout s’est bien passé. Deux heures seulement après l’arrivée des secours, tous les passagers du téléphérique sont sains et saufs aux abords de l’Isère ou bien au sommet de la Bastille. « Les pompiers sont très sympas, ils rassurent très bien, une fois à notre hauteur, donc on sait que ça va bien se passer », raconte Victorine, au niveau de la nouvelle terrasse près de gare inférieure. « Mais il y a quand même des sensations quand on est suspendu au-dessus du vide avec le baudrier », affirme Jocelyne, sa tante, accompagnée également de l’autre tante de Victorine, Cécile. « C’est vrai que c’est impressionnant, concède Victorine. S’il y a un problème, c’est bien haut quand même et encore on n’était qu’à 10 mètres du sol. »
Puis comme si de rien n’était, tous ces passagers du célèbre téléphérique se sont dispersés dans Grenoble, tandis que les pompiers réalisent leur compte rendu de cette opération réussie.
Article issu du Dauphiné Libéré








