Dans le ciel de la vallée du Giffre, dans la valse des voiles qui contrastent avec le bleu azur, près des nuages, Thomas Leroy, 32 ans, ne peut dissimuler un large sourire, jusqu’aux oreilles.
« Nos mamans nous emmenaient déjà sur les décollages en poussettes ! »
Son métier, il l’aime, il le vit et il le transmet toujours avec autant d’entrain « dans la plus belle vallée » comme il le répète. Que demander de plus ? L’enfant du pays a grandi sous le regard du Criou (montagne et sommet emblématique de Samoëns) et il peut aujourd’hui l’admirer d’encore plus haut. Moniteur depuis cinq ans et gérant de l’école de parapente 2 Ski Fly basée à Samoëns, il vole depuis plus de 12 ans et ne compte plus ses heures passées en l’air. Mais il faut dire qu’avec le parapente, c’est également une histoire de famille et d’amitié, la voile dans le sang.
Thomas Leroy est associé à Julien Jardin. C’est son père qui a ouvert au début des années 70, l’une des premières écoles de deltaplane puis de parapente. « Le mien était plutôt compétiteur que moniteur mais ils se connaissaient bien. Nos mamans nous emmenaient déjà sur les décollages en poussettes ! » explique Thomas.
Julien faisait du parapente avant lui et les deux amis se sont lancés dans cette aventure ensemble, les deux étant aussi moniteurs de ski à côté, ils ont passé leur brevet, diplôme et ont décidé d’allier les deux, de vivre de ces passions, skis et parapente, les activités phares dans la vallée.
Le métier de rêve
« Le bureau, le cadre, les paysages et les rencontres… Nous travaillons tout le temps en extérieur », que des avantages à lister pour Thomas et un vrai job de rêve où la patience, le calme et la bienveillance restent au cœur de leur métier. Les deux moniteurs proposent des baptêmes avec des vols biplaces mais ont également une école labellisée avec une partie enseignement, stages et formations. « Ce n’est jamais la routine, on jongle entre accompagnement et enseignement » poursuit-il : « On passe notre temps dans le ciel. »
Et toutes les formules sont proposées, des plus calmes aux plus sportives, ce qui leur permet aussi de varier les plaisirs, de proposer plusieurs approches du parapente, ce qui signifie dans leur jargon « prendre des courants thermiques ascendants, pour monter plus haut, plus loin et plus longtemps. »
Il faut obligatoirement passer par la case compétition et avoir marqué des points pour accéder aux tests de sélection. Il ne suffit pas non plus de réaliser de simples stages ou des heures de vol. Quand aux deux ans de formation, seulement 48 élèves sont pris chaque année, répartis dans les trois centres de formation qui existent en France.
Garder le plaisir
« Quand on est tout seul, il y a vraiment cette sensation de liberté, de déconnexion totale de ce qui se passe sur terre sans compter des paysages à couper le souffle dont on ne se lasse pas » relève Thomas Leroy qui aime transmettre cette passion « car l’objectif de ce métier, c’est quand même de faire ressentir ça aux gens. On ne vole pas pour nous, vraiment pour eux. » Et cette partie transmission, ils l’ont aussi au travers de l’enseignement : « Accompagner les élèves à une certaine autonomie pour qu’ils deviennent pilote un jour, partager des connaissances pour qu’ils puissent voler en toute sécurité. »
Aujourd’hui, le moniteur ne se voit pas faire autre chose et souhaite conserver cette double casquette, faire voler et enseigner. Mais à chaque fois, cela doit rester « une expérience plaisir. »
Déconstruire les clichés
Une expérience qui peut parfois souffrir de quelques clichés ou préjugés que l’expert combat. En parapente, il n’y a pas de vertige : « Les pieds ne touchent pas le sol, donc le cerveau ne capte l’information du vide, il y a zéro vertige en l’air, cela est souvent confondu avec la hauteur » poursuit le moniteur. Quand aux « trous d’air » « cela n’existe pas ! S’il y avait un trou d’air sur terre, on ne pourrait pas respirer à certains endroits. On peut ressentir des choses mais l’air n’est jamais “lisse”, il est en mouvement, avec de sortes de vagues qui montent et descendent. »
Le parapente est un sport à sensations mais n’est pas un sport dangereux et tout dépend surtout comment il l’est pratiqué… À 2 Ski Fly, c’est la sécurité qui prime. Toujours, tout le temps. « Si la personne analyse tout sans prise de risques, il n’y a aucune raison d’avoir un accident. Si on décolle sans regarder le ciel ou si l’on veut pousser les limites, aller dans des endroits turbulents, là ça peut poser problème. »
Finalement, le plus compliqué reste donc cette météo dont les moniteurs sont entièrement dépendants. Il n’y a également pas d’âge minimum pour voler. « Nous avons imposé un âge partir de 5 ans nous car l’on préfère que ce soit l’enfant en demande, qu’il ne soit pas forcé. » Mais sinon il n’y a pas de limite d’âge. Le seul impératif est finalement de savoir trottiner quelques pas et de tenir debout au décollage. Après, il faut juste savoir profiter, voler.