Octobre 2024.
Une vidéo fait sensation sur les réseaux : David, un Grenoblois parti en promenade dans le massif de la Chartreuse, tombe nez à nez avec un gros chat, un très gros chat même… en fait, un trop gros chat pour être vraiment un chat.
Une fois la rencontre immortalisée par son smartphone, aucun doute : David a croisé un lynx. Si l’imaginaire collectif associe davantage le lynx aux forêts sibériennes qu’aux pentes de la Chartreuse, la présence du félin y est pourtant bien documentée.
Selon les estimations récentes, c’est même six individus différents rien que dans le massif isérois, mais c’est bien plus à l’échelle nationale car oui : le lynx est en France…
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L’histoire d’une réapparition
Le lynx était autrefois présent partout en Europe. Mais à partir du XVIᵉ siècle, la chasse s’intensifie, encouragée par les primes d’État et facilitée par la démocratisation des armes à feu.
L’espèce disparaît progressivement : des Vosges dès 1650, du Massif central en 1875, du Jura en 1885, des Pyrénées en 1917 et enfin des Alpes en 1928, lorsque le dernier lynx connu est tué dans le Queyras.
Son retour débute dans les années 1970, avec des opérations de réintroduction dans le Jura suisse, puis dans les Vosges. De là, il recolonise naturellement une partie des Alpes françaises, notamment la Chartreuse et les Bauges.
Aujourd’hui, la population française est estimée entre 135 et 180 individus mais répartis comment ?
Le Jura : bastion du lynx en France
C’est ici que le lynx est le plus présent. Le massif du Jura abrite 85 à 100 individus selon l’Office français de la biodiversité. Réintroduits côté suisse dans les années 1970, ils ont colonisé progressivement la partie française du massif.
Les observations sont régulières, y compris à proximité de villages et de routes. Dans certaines zones, les rencontres sont désormais fréquentes, notamment dans le Doubs et l’Ain.
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Les Alpes : une présence active
Dans les Alpes françaises, la recolonisation est plus récente et reste limitée, avec une estimation de 20 à 40 individus. Pour l’instant, les lynx sont surtout présents dans le nord des Alpes : Chartreuse, Bauges, Bornes, Aravis.
Le Parc naturel régional du Massif des Bauges a confirmé trois naissances depuis 2020, signe d’une installation progressive. Mais dans les Alpes du Sud, la situation reste très différente : les lynx y sont encore rares et les observations ponctuelles.
Dans les Vosges, un fragile retour
Le lynx a été réintroduit dans les Vosges dans les années 1980. Aujourd’hui, on y dénombre 30 à 40 individus seulement. La population reste fragile : le massif est morcelé, et le trafic routier cause de nombreuses collisions mortelles.
Quelques indices laissent espérer une connexion naturelle entre les populations des Vosges et du Jura, ce qui pourrait renforcer leur viabilité à long terme. Mais le chemin reste encore long avant une recolonisation massive.
Les Pyrénées : le grand mystère
Officiellement, le lynx a disparu des Pyrénées en 1930, après la capture du dernier individu connu entre Prades et le Canigou. Depuis, les témoignages d’observations se succèdent… mais aucune preuve scientifique n’a été validée.
Des empreintes, des poils et des photos circulent régulièrement, mais l’Office français de la biodiversité reste clair : aucune donnée vérifiable ne confirme aujourd’hui la présence d’une population installée. Certains chercheurs défendent pourtant l’hypothèse d’individus erratiques venus du Massif central.
Et maintenant… dans le Massif central ?
C’est très récent. Dans le Beaujolais, une observation visuelle sérieuse a été enregistrée le 1er mars 2011 sur la commune de Vaux-en-Beaujolais.
En 2022, une nouvelle vidéo a immortalisé un lynx à Lamure-sur-Azergues (Rhône), prouvant que l’espèce s’aventure parfois dans le nord du Massif central. Pour l’instant, ces observations restent exceptionnelles, mais elles témoignent d’une dynamique d’expansion.
Comment partir sur ses traces ?
Même dans son aire de répartition ici décrite, vos chances de le croiser sont faibles : il se déplace silencieusement sur de vastes territoires, parfois plusieurs centaines de kilomètres carrés.
Le lynx privilégie les forêts calmes, qu’elles soient de résineux ou de feuillus, mais on peut l’observer en lisière, dans les éboulis ou sur les barres rocheuses où il aime se prélasser. Pourtant, quelques indices trahissent son passage :
- Empreintes plus grandes qu’un chat, mais plus fines qu’un loup.
- Poils laissés sur les troncs, utilisés pour marquer son territoire grâce aux glandes jugales.
- Excréments ou carcasses de proies partiellement consommées.
Si vous trouvez des traces, ne les touchez pas. Prenez-les en photo, idéalement avec un repère d’échelle, et signalez-les à l’OFB.

Faut-il en avoir peur ?
Non. Le lynx boréal, le seul présent en France, pèse 20 à 25 kg. C’est un prédateur solitaire, discret, qui chasse principalement des chevreuils et des chamois. Même s’il peut tuer des proies plus lourdes que lui, il n’y a aucun cas documenté d’agression contre un randonneur.
Croiser un lynx en randonnée reste rare, mais les chances augmentent. Et si cela vous arrive, comme à David en Chartreuse, savourez l’instant : vous venez de croiser l’un des animaux les plus discrets d’Europe.
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