Gérard Jugnot : « Tant que je skie, j’ai l’impression de ne pas vieillir »

Popeye et les héros sont fatigués. Blasé, usé, Thierry Lhermitte qui godillait comme un Dieu : « J’ai mal aux genoux, c’est la vie, il y a un âge où on n’a plus envie de tomber. » Si loin du moniteur play-boy qu’il a incarné. L’acteur a déserté ses chères Alpes du sud et rangé les planches, se consacrant à l’équitation.

Quant à Marie-Anne Chazel, alias Gigi (et sa célèbre crêpe), comme Balasko ou Lavanant, elle n’a jamais été adepte : « Je ne tiens pas debout sur un tabouret ». Christian Clavier, alors, l’autre skieur de la bande ? Retraité des pistes…  

Ne reste plus que lui, Gérard Jugnot, l’éternel Bernard Morin qui avait le défaut de ne se servir que d’une seule jambe. « Et d’être égoïste » d’après son épouse Nathalie, interprétée par Balasko. À 74 ans, il est le dernier à faire honneur à son statut de bronzé et à faire encore du ski.

« Tant que je skie, j’ai l’impression de ne pas vieillir. Je suis génial sur les bleues, les rouges ça va encore, les noires j’évite. » Dans le salon du festival du film de comédie de l’Alpe d’Huez, ça le titille. Entre deux figures imposées par la promo, il prend la tangente et monte au front… de neige. Ça ne plaît pas toujours à l’attachée de presse. Il a des scrupules.

Est-ce bien raisonnable ? « Y a deux jours j’ai emplafonné un mec. Il était en surf. »Le surfeur, espèce aux trajectoires bizarres. « Et quand on tombe en surf sur pistes dures, on se fait mal. Je sais, j’ai pratiqué. J’ai fait toutes les conneries ». Contrit comme un gosse qui a fait une bêtise. « En plus, le gars s’appelait Gérard, un jeune de 35 ans, le pauvre il était en stage avec un ligament déchiré. »

Le début d’une comédie ? L’expert sourit. « Le genre repose sur le malheur. On rit du gars qui se prend une porte dans la gueule. Nous sommes des alchimistes, on transforme la dramatique en farce. » Comme dans son dernier film, le treizième en tant que réalisateur : Mauvaise Pioche , inspiré de l’infortuné Guy Joao, « le type qu’on a pris pour Dupont de Ligonnès et l’emballement médiatique ou policier qui a suivi ».

À l’Alpe d’Huez, il joue à domicile. « On ne nous invite pas Cannes, alors on vient ici » ironise celui qui inspire la nouvelle génération, tel son acolyte Philippe Lacheau qui l’a enrôlé en capitaine de bateau de croisière pour son Marsupilami.

À Val d’Isère avec Killy

Forcément, l’Alpe est devenue sa station d’attache. « J’ai une épouse qui n’aime pas le ski. Avant, j’allais à Valloire chez une amie ou à Courchevel quand mon fils était petit. Ici, il y a des potes, des films drôles et toujours quelqu’un avec qui skier ».  

Dans sa carrière, il y a un avant et un après Les Bronzés font du ski. Au moment du tournage, il n’a pas le toucher de neige de Lhermitte et Clavier, ses amis du lycée Pasteur de Neuilly. « Thierry et Christian avaient plus de fric, ils partaient souvent. Moi, je ne venais pas d’un milieu très aisé, j’ai appris tard, à Bois-d’Amont dans le Jura avec mes parents. On montait en escalier, il n’y avait pas de tire-fesses. Et j’ai fait les classes de neige. » Avec le Splendid, la tournée des Clubs Med l’incite à s’y mettre sérieusement. « On a joué à Chamonix, on faisait des sketchs le soir et la journée plein de ski ».

1978, quand commence le tournage du deuxième volet des Bronzés , à Val d’Isère, Jugnot passe partout. « Je skiais pas mal et le film m’a permis de me perfectionner. » Patrice Leconte, le réalisateur, modère gentiment. « Il n’avait aucun style ! » Au début, Megève, station du producteur Yves Rousset-Rouard et de son neveu Christian Clavier, devait servir de décor. Mais grâce à Stéphane, frère de Christian et moniteur, tout le monde débarque en Haute Tarentaise.

Ce film, ils l’ont fait façon chasse-neige. « On n’avait pas très envie du deuxième. Mais on a pris beaucoup de plaisir à le faire. Heureusement qu’on nous a poussés. S’il n’a pas eu un succès fou à la sortie, il est devenu un classique avec les rediffusions télé. C’est dingue ». Son rôle de Bernard Morin, odieux copropriétaire, le plus marquant de sa carrière ? « Avec Ramirez, concierge  agent de la Gestapo ». Papy Jugnot fait de la résistance. Quand on dit qu’il a peut-être inspiré autant de vocations que Killy, il se marre. « Quand même pas. J’ai skié avec lui, après Les Bronzés , à Val d’Isère sur une piste pas damée pleine de bosses. Il avait à peine bouclé ses chaussures et dévalé le mur en deux virages, le temps que je lève la tête. »  

Photo le DL/Benoît Lagneux
Photo le DL/Benoît Lagneux

« Le film devait s’appeler “J’ai avalé l’hôtesse de l’air” »

Sur les pistes de l’Alpe d’Huez on l’identifie toujours comme Bernard Morin. « Ça a marqué des générations ». Dire que le premier scénario des Bronzés font du ski , déjanté, s’inspirait de l’histoire de l’équipe de rugby rescapée d’un crash dans les Andes, réduite au cannibalisme. « Le film devait s’appeler “J’ai avalé l’hôtesse de l’air” ». Le producteur mettra le holà mais l’idée d’une sortie en héliski qui vire à la débandade sera bien conservée. Son souvenir le plus marquant du tournage, du côté de la Grande Sassière, à 3000 mètres à la frontière italienne : « Au bout d’un moment le pilote de l’hélico nous a demandé de nous dépêcher. Le temps se couvrait, il fallait vite rentrer. J’ai vu Michel Blanc sauter à bord avec les filles. Et nous avec Thierry, Christian et les moniteurs, on a dû descendre à skis. Tout le monde était très inquiet. Il n’y avait pas de balises à l’époque mais on traînait un fil derrière en cas d’avalanche. C’était fou. Le film dans le film. Une aventure. »

Les naufragés dévaleront la gorge de Nant Cruet, respectant des distances de sécurité, arrivant en bas à la nuit. Le reste de l’équipe attendait près du barrage de Tignes, avec du thé et du rhum. Un des souvenirs que les copains du Splendid résument dans un livre dont le titre dit tout : “Nous nous sommes tant marrés”.

Article issu du Dauphiné Libéré

Découvrez nos lectures liées
Restez informé, suivez le meilleur de la montagne sur vos réseaux sociaux
Réserver vos séjours :
hébergements, cours de ski, forfaits, matériel...

Dernières actus