C’était un soir d’hiver à la montagne, une fin d’après-midi de décembre qui venait tout juste de plonger dans la nuit. À 17 heures seulement. Quand le coucher du soleil vous éteint la lumière en deux secondes et fait baisser la température de quelques degrés. L’heure du chocolat chaud, devant la cheminée.
Un soir d’hiver aux Arcs (Savoie), pendant le Festival du cinéma européen, Nadia Tereszkiewicz rentrait d’une sortie en raquettes avec d’autres membres du jury et avant d’aller plonger dans un film en sélection, la comédienne prenait le temps de se raconter.
De raconter son début de carrière, sans aucune faute de carre. L’une des plus belles promesses du cinéma français s’est en effet bâtie, en moins de dix ans, une filmographie exigeante : Seules les bêtes de Dominik Moll, Les Amandiers de Valeria Bruni Tedeschi avec un César du meilleur espoir féminin à la clé, Mon crime de François Ozon, Rosalie de Stéphanie Di Giusto ou encore Deux pianos d’Arnaud Desplechin. Sans oublier son interprétation dans la série Possessions.

« J’ai toujours fait du ski de fond »
On aurait donc pu discuter de cinéma pendant des heures mais on voulait qu’elle évoque son rapport à la montagne et au ski. Nadia est franco-finlandaise, le pays du Père Noël. Alors forcément, quand on lui parle de neige, l’actrice sourit. Elle évoque même un rapport intime, une relation à l’enfance. Très forte. « La neige a pour moi quelque chose de sécurisant et c’est tellement important qu’il y en ait à Noël. Avec le réchauffement climatique, on sait qu’elle devient plus rare, alors on est tellement heureux quand il y en a. »
En Finlande, il n’y a pas de vraie montagne mais la neige, ce n’est pas ce qui manque. Elle dit que là-bas, il fait nuit tout le temps et qu’on vous met sur les skis dès l’âge de trois ans. « C’est une manière de se déplacer. » On imagine.
« J’ai toujours fait du ski de fond. Du ski alpin aussi, mais seulement jusqu’à mes 15-16 ans. Comme je prenais des cours de danse et que j’avais peur de me blesser, j’ai arrêté assez vite. J’ai même des mauvais souvenirs en ski alpin. Je voulais impressionner les autres, je participais à des courses, mais je me faisais peur parfois. J’étais très stressée. Je me souviens même que je prenais des cours en Autriche où l’on allait en vacances en famille. Ça parlait allemand, je ne comprenais rien. J’avais peur et je n’osais pas trop le dire. ».
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Des vacances passées dans le Jura et les Alpes
Elle a donc rangé ses skis alpins mais pas ses skis de fond. « Le fond, c’est avec mon père et ma sœur que j’en fais, c’est très familial. Je fais du skating, c’est assez physique, dans les montées notamment. Mais ça peut être aussi assez méditatif, ça nous permet de prendre l’air, d’être en pleine nature. C’est une chance folle. »
Cet amour de la montagne, elle le doit donc à son père, à ces vacances passées en Autriche, dans le Jura et dans les Alpes françaises. « J’aime énormément la montagne parce qu’on est coupé du monde, c’est une chance. C’est même une joie immense de pouvoir marcher en altitude. L’air y est différent, l’été comme l’hiver. Sur le tournage de Seules les bêtes en montagne, je faisais d’ailleurs des randonnées. »
« J’étais en Laponie l’hiver dernier »
Nadia vit en France mais elle va souvent en Finlande. « J’étais en Laponie l’hiver dernier, j’y suis retournée cet été. En fait, j’y vais été comme hiver, j’ai encore ma famille là-bas. » Le pays d’Aki Kaurismäki, génial réalisateur finlandais et l’une de ses actrices Alma Pöysti. « Elle est extraordinaire. »
Nadia Tereszkiewicz confesse qu’elle n’est pas encore très connue là-bas : « J’ai quatre de mes films qui ont été distribués. Disons que ça commence… » En France et dans le reste de l’Europe, c’est autre chose. « J’essaie de faire des choix qui ont du sens, des rôles qui me parlent, des rôles de femmes que j’ai envie de défendre avec des gens qui ont une vision. J’ai déjà eu la chance de travailler avec des grands metteurs en scène. »
En janvier, elle débutera le tournage du prochain film de Christophe Honoré, puis elle enchaînera avec Mathilde Profit « un premier long métrage très sensible, très beau. Pour moi, c’est une forme d’engagement de faire du cinéma, une responsabilité. C’est une chance énorme de pouvoir choisir ses films. Je préfère moins tourner mais quand je tourne, je sais pourquoi. »
Au Festival de cinéma des Arcs où elle a retrouvé les réalisateurs Dominik Moll et Monia Chokri ou encore le comédien Damien Bonnard, Nadia n’a pas boudé son plaisir. « C’est un festival de cinéma européen avec des auteurs. Au sein du jury, on essaie de valoriser des films pour leur donner un coup de boost, qu’ils soient mieux distribués. » L’occasion aussi de croiser les réalisateurs Tarik Saleh (Le Caire confidentiel, La Conspiration du Caire) ou Oliver Laxe (Sirât). Une semaine à la montagne entre lumière et salles obscures. Aux Arcs, là où le soleil éclaire l’aiguille rouge pour en faire un spectacle. Cette lumière qui manque tant à la Finlande en hiver. Les nuits sont sans fin au niveau du cercle polaire… Nadia le sait.
Article issu du Dauphiné Libéré