La réponse par SMS a fusé moins d’une heure après la sollicitation : « Vous pensez vraiment qu’à 68 ans, je me souviens de mes premières fois au ski ? », ponctuée d’un smiley riant aux larmes. Il faut dire que le médecin préféré des Français, Michel Cymes, a ses habitudes sur les pistes de ski depuis quelques décennies. Et son lien avec la station de La Clusaz est bien plus fort que ses toutes premières sensations de glisse sur le manteau blanc.
« Tous les ans, depuis 20 ans, c’est un rendez-vous de potes, en famille, avec les enfants ». Ils sont plus d’une vingtaine à se réunir une semaine par an à l’hôtel Beauregard, sur le front de neige du Bossonet. Pour skier, profiter des bonnes tables et des bons mots entre amis, se détendre et fuir le stress quotidien. Outre cette bulle d’oxygène annuelle, le village haut-savoyard a pour Michel Cymes un goût tout particulier. « La Clusaz m’a sauvé la vie », lâche-t-il sans détour.

La descente de trop
L’homme au franc-parler, connu pour ses traits d’humour, est sur ce sujet très sérieux. Une vilaine chute en 2008 lui a permis de diagnostiquer précocement une tumeur cancéreuse et surtout de s’en sortir. C’est pourquoi chaque année, le chirurgien à la retraite, toujours homme de télé et de scène, trinque au champagne en clamant « à la vie », entouré de ses proches, dans le snowpark de la station. Un rituel auquel il se plie depuis 17 ans et qu’il vit avec « toujours autant d’émotion ».
C’était en 2008, l’ultime jour de la semaine de vacances, à l’heure de la petite dernière. La fameuse descente avant de raccrocher les skis, autrement connue des skieurs sous le nom de « celle de trop ». Son fils a 11 ans et lui demande de dévaler le snowpark avec lui. Ce n’est pas du tout dans ses habitudes. Il l’avoue, au fil du temps, le tout-ski avec « un sandwich ou un plat de spaghetti avalé sur les pistes » pour rechausser dare-dare, c’est fini. Le père de famille suit tout de même son fils. Il s’élance dans le pipe et patatras. « Je tombe sur le ventre et je me fais très mal à une côte », se rappelle-t-il. Retour à Paris.
La douleur persiste, la fatigue s’installe. Il passe un examen, alors qu’un créneau s’est libéré dans l’hôpital où il exerce. Outre la côte fêlée, les images révèlent un diagnostic inattendu. « J’avais une tumeur cancéreuse de 3 cm sur le rein, qui ne faisait absolument pas parler d’elle. Mais on le sait, à 6 cm, des métastases se développent ». Michel Cymes est hospitalisé à temps, la tumeur est retirée. « Ce jour-là, si je ne fais pas le snowpark, si je ne tombe pas, la tumeur étant silencieuse, il est probable que je ne serai plus là ».
Aussi, ce rendez-vous annuel, il ne le manque jamais. « Et si un jour, je devais faire l’impasse sur cette semaine, je ferais sûrement le voyage juste pour boire le champagne sur ce snowpark », avoue l’ancien chirurgien.
« Je fais tout pour ne pas me stresser à la montagne »
Pour autant, La Clusaz n’a pas toujours été son repaire de skieur. Ses premiers pas, spatules aux pieds, il ne s’en souvient plus. Mais il a en tête ses apprentissages « en colo à La Féclaz », petite station du massif des Bauges en Savoie. Puis ses sorties entre amis à Val d’Isère (Savoie), une autre dimension. « J’avais pas mal de copains qui faisaient de la compétition, je partais avec eux ».
Celui qui brille sur les plateaux télé ne se revendique pas « bon skieur », mais assez bon pour suivre ses camarades et « s’éclater dans tous les sens du terme », précise-t-il avec amusement. L’étudiant en médecine qu’il était a bien passé ses étoiles et même quelques niveaux supérieurs mais il a très vite arrêté. « Quand vous faites médecine, vous êtes sans cesse en examen et en concours, la compétition c’est du stress. Et j’en avais bien assez comme ça. Encore aujourd’hui, je fais tout pour ne pas me stresser à la montagne. »

« Je déteste skier sur la glace »
L’adrénaline procurée par les grandes descentes lui a passé. Il affectionne les pentes de Balme, le joyau blanc de la station des Aravis, mais « quand les conditions sont bonnes », tempère-t-il. « Je déteste skier sur la glace ». Il apprécie tout autant serpenter les pistes que la bonne table qui suit au restaurant d’altitude. Plus précisément au Chalet des Joux, son fief avec ses amis. « La Clusaz est une station familiale, à taille humaine. On a nos habitudes dans le même hôtel où on peut profiter de la piscine. Les jeunes ont leur liberté entre eux ». Ses enfants ont d’ailleurs appris à skier sur ces pentes. « Quand je les observais débuter, j’étais surpris par ce qu’ils arrivaient à faire avec leurs jambes. De vrais caoutchoucs à cet âge ! ».
L’an dernier, le ski lui a également permis de soutenir deux causes qui lui tiennent à cœur : les enfants et la pratique sportive. L’ancien chirurgien a soutenu l’association Alpysia, qui accompagne des jeunes atteints de paralysie cérébrale, à Glisse en cœur, événement caritatif sur les pistes du Grand-Bornand. 24 heures de ski pour récolter des dons et rénover leur gymnase afin de permettre à des enfants en fauteuil du faire du sport. Et s’évader.
Article issu du Dauphiné Libéré