Il ne fume pas, ne boit pas, mange peu et vit le parfait amour avec Murielle Mégevand, de 45 ans sa cadette. Deux ans que cette Haut-Savoyarde d’Andilly, cousine du maire, est devenue Madame Aufray. Quelle meilleure potion de jouvence que le philtre d’amour ? Sa vitalité, peut-être qu’Hugues Aufray la doit aussi, un peu, à sa passion de jeunesse. L’éternel troubadour toujours en scène à 96 ans – un record – a longtemps brûlé d’autres planches. « Avec le cheval, le ski était mon sport favori. »
Enfant, il a connu la création des premières stations. Les débuts du ski, en somme. Dans les années 30, quand le gamin élevé à Paris apprend l’art de la glisse, Courchevel, le télésiège, la chaussure à boucles, la doudoune et le téléphérique de l’aiguille du Midi n’existent pas. « L‘hiver, on partait en vacances dans le Vercors, à Villard-de-Lans. Le stade de neige des enfants. » On est en 1936, le petit Hugues a 7 ans et sa tante Geneviève y tient un home pour les petits tuberculeux.

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« Devenir champion du monde comme Émile Allais »
« Quand j’ai commencé, j’ai fait un rêve : devenir champion du monde comme Émile Allais. Mon idole. » À son premier chasse-neige, le ski alpin intègre à peine les Jeux olympiques d’hiver, Allais, inventeur de la méthode française, décroche le bronze à Garmisch et refuse de saluer Hitler. La guerre interrompt sa vocation et ce n’est qu’au régiment que l’appelé Aufray rechausse. Le poète pacifiste qui rêvait de Beaux-Arts, vilain petit canard d’une famille de la haute, est pistonné pour intégrer ces troupes à l’allure noble : les chasseurs alpins. Le 22 octobre 1949, il incorpore le 27e bataillon d’Annecy à la caserne Galbert.
« J’ai vu les hommes tels qu’ils sont. Un brassage social et culturel. » Et c’est toujours mieux que l’Indochine ou l’Algérie. Il est envoyé en corps expéditionnaire à Bourg-Saint-Maurice où le ski se pratique à la rude. Le domaine des Arcs ne sera créé que 20 ans plus tard et avant de descendre, il fallait monter, peaux de phoques sous les semelles. Rien que d’y penser, l’ancien de la “49-2” en a des ampoules aux pieds. Bon Dieu, cette marche de la Fourragère rouge au Petit Saint-Bernard ! Il se revoit : « Un sac de 22 kilos sur le dos, mon fusil et ma paire de skis aux fixations Kandahar, récupérée aux Allemands. Les godasses prenaient l’eau. » Épuisé, un compagnon savoyard lui prendra son sac. Et de découvrir la proverbiale solidarité montagnarde.
« Mon objectif c’était de battre Sacha Distel au slalom »
Au moins, une fois devenu chanteur iconique, il sait tenir sur les skis. Aufray adore ça et à défaut de glisser dans les traces d’Émile, il triomphe sur ses pentes. « À Megève, je ne suis pas devenu champion du monde mais champion de France des artistes. » La station des Rothschild fait venir le showbiz à son grand prix. « Celui qui était connu pour être bon skieur, c’était Sacha Distel. » Le crooner de La belle vie maîtrise autant le swag que le stem. Car il a marié une fille du pays, Francine Bréaud, skieuse de l’équipe de France. « Mon objectif c’était de battre Sacha Distel au slalom. Et le jour où j’y suis arrivé, j’étais fier comme un gosse. » Il fallait le voir sur le podium, triomphal, embrassant à pleine bouche la chanteuse Petula Clark. Chaud et show !

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Megève est une source d’inspiration. Sous le mont d’Arbois l’auteur-interprète a la révélation de son tube humoristique « Va doucemeeeent. C’est tout bon ! » Spéciale dédicace à Killy, triple champion olympique. « Killy croyait que je me moquais des montagnards et de leur accent traînant. J’imitais juste l’employé des remontées mécaniques que je croisais le matin. Je disais bonjour et il me répondait : Ça va, c’est tout bon. » Quant à l’injonction d’y aller mollo sur le schuss, l’inusable Aufray l’a peu suivie. « Dans la profonde, je tirais la langue. Par contre, mon truc c’était la vitesse. »
Il réalise son rêve à 65 ans
Dans les années 90, il réalisera son rêve, à 65 ans : skier avec Émile Allais. « Un gars qui godillait à 80 balais comme un gamin ». C’était à Flaine, station dont il fit la promotion des activités… Hors ski. Le promoteur, visionnaire, l’invitait à planter sa tente pour animer la saison d’été avec son autre passion : les chevaux. « J’ai repéré une prairie magnifique. Et là, pendant quatre ans, on a fait un camp de vacances où les enfants vivaient à l’indienne. »
À Chamonix, il descendra la vallée Blanche avec « des champions de haute montagne ». Homme de cœur, l’artiste parrainera l’association A Chacun son Everest, du docteur Christine Janin, au chevet des enfants atteints de cancer. Pour le coup lors d’une randonnée glaciaire, Hugues a cru sa dernière heure arriver en versant italien. Le câble du téléphérique d’Helbronner a lâché et la benne, qu’il venait de quitter à la descente, s’est décrochée, causant la mort du cabinier qui repartait à vide. « J’ai entendu un coup terrible. J’ai vu l’agent d’exploitation tout pâle. À quelques minutes près, c’était nous. » Il y aurait eu 28 morts. « Le soir on a sabré le champagne pour ce don de Dieu », confie un des guides qui encadraient la sortie avec les enfants.
« Je veux remonter à cheval et sur les skis »
Il est une autre fois où il s’est vu garnir la rubrique faits divers sur un domaine suisse où un journaliste lui a posé un lapin. « C’était la fin d’après-midi, je me suis trompé de piste, me retrouvant dans un cul-de-sac. Les téléskis fermaient. J’allais pas passer la nuit là. » Conjurant un destin à la Jean-Claude Dusse, le père Aufray a remonté le versant à pied, skis sur l’épaule. « Je me voyais faire les gros titres de France Soir : Hugues Aufray naufragé de la montagne. »
Folle passion mise entre parenthèses depuis la rencontre avec Murielle. Un comble, une fille de la Yaute. « C’est ma dame de Haute-Savoie à moi. » La dernière fois qu’ils ont chaussé c’était en 2008 à Courchevel. Signe de l’importance de la montagne dans sa vie, c’est dans le train Genève-Paris qu’ils se sont rencontrés il y a près de 30 ans. « Quand je venais à Flaine. »
Hugues Aufray remonte bien sur scène à 96 ans, la médaille des éclaireurs-skieurs accrochée à l’habit de lumière. Pourquoi pas sur les pistes ? « Je n’ai pas dit mon dernier mot, après tout comme le vélo ça ne s’oublie pas. Je veux remonter à cheval et sur les skis, avant de n’être plus de ce monde. » On lui rappellera le sage conseil du perchman de Megève : va doucement quand même.
Article issu du Dauphiné Libéré


