Vacances à la montagne : que faire en station quand on ne skie pas ?

Monter, descendre, remonter. Chausser, déchausser, rechausser. Tomber, se relever, tomber à nouveau… Pour certains, enfiler une paire de skis et tenter de dévaler les pistes peut être une véritable galère. Pour d’autres, carrément une appréhension. Au point de préférer rester une bonne partie de la journée au bar sur les bords de piste en attendant de retrouver ses proches ou ses amis. Mais si buller dans un transat, un verre de vin chaud à la main, à regarder (et commenter) ceux qui s’en sortent mieux que soit peut-être divertissant pendant un temps, cela peut devenir frustrant à la longue. Surtout au prix du séjour… De quoi donc, parfois, décourager certains de (re)venir. Mais voilà, peut-être que lors de votre prochaine venue en station, le verre ou la tasse que vous siroterez aura cette fois-ci le goût de l’effort.

Car oui, pas forcément besoin de pratiquer un sport de glisse pour avoir mal aux cuisses à la fin de la journée. Randonnées, balades en raquettes, VTT sur neige ou pour les plus courageux (fous), tyroliennes et parapentes… Pour satisfaire les vacanciers qui ne savent pas tenir sur des spatules, les stations multiplient les alternatives hors ski. Et il y en a pour tous les goûts, même pour les moins sportifs qui préfèrent se détendre au spa ou dans un restaurant d’altitude.

Il faut dire qu’avec 28% des vacanciers qui affirment ne pas avoir l’intention de chausser les skis de la saison, d’après les résultats du baromètre Montagne Hiver 2025-2026 publié par Odalys-Discurv, difficile, voire impossible, pour les domaines de les ignorer. Le virage semble en tout cas avoir été bien pris, puisque 72% des vacanciers qui fréquentent les stations estiment que celles-ci sont désormais bien adaptées aux non-skieurs, selon la même étude.

Parmi les activités hors ski, la randonnée en raquettes est l’une des plus plébiscitées. Archives Greg Yetchmeniza
Parmi les activités hors ski, la randonnée en raquettes est l’une des plus plébiscitées. Archives Greg Yetchmeniza

Un virage amorcé depuis les années 1990

Si les activités annexes semblent se démocratiser et se développer ces dernières années, la prise en compte des non-skieurs par les domaines ne date pourtant pas d’hier. « On a l’impression que c’est nouveau, pas du tout ! Ça fait 20 ou 30 ans que chaque station a diversifié son activité », assure Jean-Luc Boch, maire de La Plagne Tarentaise (Savoie) et président de l’Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM).

« C’est au milieu des années 90 qu’on a commencé à s’intéresser aux piétons en station. À s’interroger sur le fait que, oui, il y a des gens qui viennent skier, mais il y a aussi des personnes qui les accompagnent et qui ne skient pas. Et que l’on a compris que les stations devenaient des espaces touristiques non-exclusivement occupés par des skieurs », détaille Philippe Bourdeau, professeur émérite à l’Université de Grenoble Alpes, spécialiste des transitions en altitude. Une tendance qui « n’a fait que s’accentuer » par la suite, et une forme d’évidence sur le plan économique et commercial. « Une station qui ne propose que du ski, aujourd’hui ça n’existe pas. Celle qui le ferait, serait une station condamnée », avance même Jean-Luc Boch.

Pratiques et attentes des Français à la montagne

Niveau de pratique des activités hors ski

- Randonnées et raquettes : 63 %. - Gastronomie locale : 55 %. - Bien-être (spas, thermes) : 43 %. - Découvertes culturelles ou artisanales : 29 %.

Les motivations pour un séjour en montagne

- Les bienfaits de la montagne : 62 %. - La pratique d’un sport d’hiver : 54 %. - La convivialité du séjour : 45 %. - Découvrir une nouvelle facette de la montagne : 29 %. - Vivre des expériences nouvelles : 25 %.

Source : baromètre Montagne Hiver 2025 2026

Le ski reste le moteur

À La Plagne, ce sont par exemple 14 000 personnes qui, chaque hiver, s’offrent un shoot d’adrénaline en empruntant la piste olympique de bobsleigh à bord d’un bolide. « Une activité rémunératrice qui permet d’équilibrer les comptes, parce que le sport seul ne serait pas rentable », développe le président de l’ANMSM. Plus au sud, au domaine de Serre Chevalier (Hautes-Alpes), on tient aussi à rappeler que la diversification de l’hiver existe de longue date. « Elle a toujours vécu en parallèle, ou a continué à se développer en même temps que notre offre du domaine skiable », souligne David Chabanal, directeur de l’office de tourisme de Serre Chevalier Vallée Briançon. Forte de sa vallée et du paysage qui la constitue, ou encore de ses Grands Bains, tout juste rénovés, la plus grande station des Alpes du Sud a de quoi séduire les non-initiés. Mais ne veut surtout pas reléguer au second plan ceux qui ont fait sa renommée : « Le produit ski reste très fort. On continue de faire du ski ici dans de bonnes conditions. C’est avant tout pour cela que les gens viennent et reviennent ».

Les études le démontrent, les sports d’hiver demeurent la première motivation d’un séjour à la montagne : 72% des vacanciers s’y rendent pour pratiquer une activité de glisse (baromètre montagne hiver 2025-2026). D’ailleurs, au moment de choisir la destination, « ce sont les skieurs qui restent décisionnaires. Ce sont eux qui sont actifs au sein de la famille pour décider dans quelle station ils vont se rendre », fait savoir Jean-Luc Boch.

Toutefois, même chez les amateurs de ski, la montagne semble séduire de plus en plus au-delà des pistes. Seuls 15% des voyageurs prévoient ainsi de passer toutes leurs journées à skier, selon une étude menée par Abritel en décembre dernier. L’efficacité des remontées mécaniques, la difficulté à récupérer après une journée de ski, le prix des forfaits, etc. sont tant de raisons qui peuvent expliquer en partie ce changement des mentalités. Mais pas que. L’envie de varier les plaisirs, et surtout la volonté de vivre des moments uniques qu’ils peuvent garder en mémoire ou partager sur les réseaux sociaux, telles sont désormais les attentes des vacanciers lorsqu’ils partent en voyage. Et ça, les stations l’ont bien compris, misant sur une montagne plus sensorielle que sportive. « Cette idée d’expérience a contaminé le monde touristique il y a 10 ou 15 ans. Vendre non plus seulement des activités mais un vécu, une ambiance, un ressenti pour faire en sorte que les gens repartent avec le plein de souvenirs mais surtout avec l’envie de revenir, c’est un peu le Graal », confirme Philippe Bourdeau.

Alors, amateurs de ski ou non, prêts à faire le plein d’émotions ?

Fidéliser hiver comme été

« C’est à la montagne aujourd’hui qu’il y a le plus d’activités diverses et variées », assure Jean-Luc Boch. Le maire de la Plagne-Tarentaise (Savoie) et président de l’Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM) lance même avec un certain aplomb : « Vous avez trois à quatre fois plus de choses à y faire que sur le littoral. Sans critiquer nos amis du littoral ». Une remarque loin d’être d’anodine, qui va bien au-delà du simple jeu des comparaisons.

Elle ne s’en cache pas, si les côtes maritimes restent la destination favorite des Français en période estivale, la montagne souhaite se positionner comme une alternative aux communes du bord de mer. Depuis la crise du Covid, les sites en altitude suscitent un engouement croissant, notamment auprès de la clientèle à la recherche de calme, d’air pur et de nature. Mais aussi de sensations. Et pour satisfaire les vacanciers et gagner en parts de marché, l’écosystème montagnard s’affaire à proposer des offres complètes en matière d’activités. Celles hors ski proposées lors de la saison hivernale se révèlent alors être de formidables produits d’appel pour convaincre les voyageurs de revenir après la fonte des neiges.

« Il y a une transition naturelle qui se fait vers la saison printemps-été. On revient sur les sites que l’on connaît à ski ou que l’on a découvert en raquettes, pour, cette fois-ci, aller découvrir la faune, ou être sensibilisé à l’environnement. Il y a une sorte de continuum entre ces différentes activités qui se complètent ou se remplacent naturellement avec l’été », reconnaît David Chabanal, directeur de l’office de tourisme de Serre Chevalier Vallée Briançon.

Une façon d’attirer et de fidéliser la clientèle en même temps qu’une logique d’amortissement, comme l’explique Philippe Bourdeau, professeur émérite à l’Université de Grenoble Alpes, spécialiste des transitions en altitude. « On va essayer de faire en sorte d’avoir des infrastructures qui tournent toute l’année. Que ce soit les remontées mécaniques pour les vététistes ou les promeneurs, ou les équipements thermoludiques et aqualudiques. »

Article issu du Dauphiné Libéré

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