L’hiver, leurs journées commencent tôt, skis sur l’épaule et combinaison rouge bien visible sur le front de neige. Zalie Schandene et Julien Join enchaînent les cours de décembre à avril, dans la station iséroise de l’Alpe d’Huez, avec un pic d’activité lors des vacances de février. Mais au-delà des pistes, ils ont trouvé un autre terrain d’expression : les réseaux sociaux, où ils racontent un métier souvent fantasmé.
Pour Zalie, le ski est une évidence. « Je suis originaire d’ici », explique la jeune femme de 23 ans, issue d’une famille de moniteurs. Inscrite au ski-club dès l’âge de deux ans, compétitrice jusqu’à ses 18 ans, elle entame très tôt le cursus exigeant du monitorat. « Pendant mes études de commerce, j’étais monitrice stagiaire ici et j’enseignais déjà. » Un rythme soutenu, entre examens et apprentissages du métier. Elle décroche finalement son diplôme en janvier 2025 et se consacre désormais entièrement à l’enseignement du ski et du snowboard, de décembre à avril. L’été, elle part dans les Landes pour des emplois saisonniers, avant de retrouver “sa” montagne dès les premières neiges.
Une vocation née sur les pistes
Julien Join, lui aussi âgé de 23 ans, n’est pas né à l’Alpe. Originaire de Jarrie, il découvre l’amour de cette discipline lors des week-ends et des vacances, grâce à son inscription au ski-club de la commune. Après le collège, il s’inscrit dans un lycée en section ski-études, comme Zalie, puis se lance dans un bac pro électricité. Il intègre finalement un DEUST (diplôme d’études universitaires scientifiques et techniques) Activités de pleine nature, où il prépare des diplômes en ski et en voile. « J’ai eu mon diplôme en 2024 et, avant, j’étais stagiaire moniteur depuis 2020 », raconte-t-il. L’été, il pratique la planche à voile, avec l’ambition, peut-être, d’en faire un jour plus qu’une passion.
Sur les pistes, leurs profils se complètent. Zalie enseigne à tous les publics : enfants, adolescents, adultes, en ski comme en snowboard. Cours collectifs, leçons particulières, son planning varie chaque jour. « J’ai pas mal de cours privés, je préfère car on peut aller plus loin dans la technique, et on crée un vrai lien », confie-t-elle. Certaines élèves reviennent d’une année sur l’autre.
Julien, lui, partage son temps entre le ski-club où il donne des cours pour des compétiteurs, notamment de ski freestyle et l’ESF où il donne des leçons particulières comme Zalie. « En collectif, on reste plus général alors qu’en individuel on peut adapter le contenu, c’est plus stimulant. » Tous deux rappellent qu’ils sont travailleurs indépendants, mais solidaires. « L’ESF est une grande famille, on est très soudés », assurent les moniteurs.
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Les réseaux sociaux, nouvelle vitrine du métier
Depuis quelques saisons, les réseaux sociaux ont pris une place à part entière dans leur quotidien, notamment sur TikTok. Zalie y rassemble plus de 60 000 abonnées et cumule plus de 750 000 mentions “J’aime”. Elle a commencé il y a trois ou quatre ans avec des vidéos humoristiques, des anecdotes, inspirées de situations vécues en cours. Le succès est rapide. « Au début, c’était vraiment pour le fun. » Après une pause, faute de temps, elle s’y remet sérieusement cette année. Elle publie désormais les coulisses du métier, partage des messages de prévention, démonte certaines idées reçues et propose aussi des contenus plus légers et humoristiques. « Le métier est souvent idéalisé, c’est important de montrer la réalité ».
Julien, qui compte plus de 6 000 abonnés et 570 000 mentions “J’aime”, s’est lancé plus récemment. Devenu ambassadeur pour le syndicat des moniteurs de l’ESF l’an dernier, il a commencé par produire des vidéos pour les réseaux institutionnels avant de développer son propre compte. Ses contenus mettent en avant ses descentes, des tutoriels techniques et des conseils. « J’ai aussi des partenariats avec certaines marques », explique-t-il.
Mais s’exposer en ligne ne fait pas l’unanimité. « On se fait souvent charrier par nos collègues », reconnaît Julien. Il insiste toutefois sur la responsabilité que cela implique. « J’ai systématiquement mon casque sur les vidéos car la montagne reste un environnement dangereux. » Zalie partage cette exigence. « On représente aussi l’ESF. Il ne faut pas l’oublier. » Une responsabilité supplémentaire, à l’heure où leur métier se vit autant sur la neige que derrière un écran.
Article issu du Dauphiné Libéré