« Quand vous êtes aux Grandes Platières, vous avez devant vous la plus belle vue des Alpes ! » Michel Moroc, pisteur de 1975 à 2013 sur la combe de Gers qui se trouve sur les hauteurs de la station de Flaine, ne manque pas de qualificatifs pour décrire la beauté de ce décor. Sur place, plusieurs skieurs du jour immortalisent ce panorama majestueux à 2 480 mètres d’altitude, face au mont Blanc.
Et si ce n’était que le début d’un voyage des plus dépaysant ? Quelques centaines de mètres plus bas, il est possible de s’aventurer sur la piste des Cascades. Il s’agit d’une descente longue de 14 kilomètres avec près de 1800 mètres de dénivelé et qui permet de relier le sommet de Flaine au bas de Sixt-fer-à-Cheval. « Elle compte 74 balises numérotées, comme le département de la Haute-Savoie », s’amuse Yvon Vacher, pisteur sur les cinq stations du Grand Massif depuis 38 ans.
Une piste à 80 % dans une réserve naturelle
En plus de cette longueur peu commune, la piste se situe à 80 % dans une réserve naturelle. Aucune remontée mécanique à l’horizon, le départ s’effectue devant la Pointe de Sales et les chanceux peuvent observer des gypaètes et des chamois çà et là. « On a même aperçu des loups », assure Michel Moroc. Sur un écriteau on peut lire “la piste des cascades est bio”. Il reste que le développement du ski alpin ne peut être sans impact sur l’espace montagnard. Avant de l’ouvrir en 1994, Michel Moroc reconnaît qu’il a, par exemple, « fallu perforer les rochers du bas du tracé pour faire des lacets comme à l’Alpe d’Huez ».
S’engager sur cette piste, c’est accepter de passer 1 h 30 à 3 h sans possibilité de retour en arrière. Pas de quoi décourager Célian, un jeune local heureux de la faire découvrir à son amie et de « finir la journée entouré de super beau paysage ». Un parcours idéal pour les balades en famille, comme celle de Sophie et Anthony, originaire de la région parisienne. Ensemble, ils comptent bien en profiter, c’est « la première fois qu’elle est ouverte depuis quatre ans qu’on passe nos vacances ici ».
En ce début mars, l’enneigement de toute la piste s’explique par les grosses tombées de neige de la semaine précédente. Mais ces dernières années, elle a surtout été inaccessible aux skieurs. « Elle n’a pas ouvert la saison 2023-2024 et l’an dernier, on a pu skier 23 jours, donc moins de 10 % de la saison », commente Gino Decisier, directeur marketing et commercial de Grand Massif domaines skiables.
La faute, en partie, aux risques d’avalanches et au moindre enneigement. À court terme, le réchauffement climatique pourrait avoir raison du parcours. Porte-voix de la station, il dit prendre cette éventualité au sérieux. « Il n’est pas exclu de proposer dans quelques années une expérience sous forme d’itinéraire avec l’obligation de déchausser par endroits ». Pour lui, la piste, « c’est le symbole de l’adaptation au changement climatique ». D’après l’étude ClimSnow commandée par le Grand Massif en 2024, la piste des Cascades subira une fragilisation importante de sa partie basse – en dessous de 1300 m – où la production de neige ne pourra plus compenser de façon satisfaisante la réduction de l’enneigement naturel à partir de 2050.
Un autre enjeu : la sécurité. Sur la partie haute, les pisteurs de Flaine sont mobilisés, sur le reste de la piste, les équipes du Giffre interviennent. Comme il n’y a pas de réseau au niveau de la moitié de la piste, des boîtiers téléphoniques sont installés par endroits.
Une piste bleue devenue rouge
Auparavant signalisée comme une piste bleue, depuis cette saison elle est passée en rouge. Moins pour sa difficulté que pour sa longueur. Gino Decisier met en garde : « Il ne faut pas sous-estimer l’effort à fournir quand on s’engage ». Au-delà de 10 kilomètres, les cuisses commencent à chauffer et les derniers lacets n’arrangent rien. Des pauses peuvent s’envisager facilement à la vue des nombreuses cascades qui jonchent la dernière partie de la piste.
Une fois en bas, la fatigue se fait ressentir, mais n’éclipse pas la fierté d’avoir avalé tous ces kilomètres. La plupart des courageux croisés en chemin ne s’y trompent pas et se récompensent d’une boisson au bar Les Cascades. « Il faut au minimum que la piste ouvre 25 jours par saison pour que l’activité d’hiver soit rentable », selon un serveur. Il est ensuite temps de rentrer… en bus ! Et oui, il n’y a pas de remontée mécanique pour assurer le retour vers le reste du domaine.
D’où la nécessité de maîtriser les flux pour éviter que les navettes gratuites ne soient prises d’assaut en fin de journée. Gino a en mémoire ce 29 décembre 2024, où la piste a vu défiler près de 3 000 skieurs : « Victime de son succès, on a dû limiter son ouverture de 10 à 14 heures ». C’est sur cette plage horaire que Floriane et sa fille Capucine l’ont descendue la semaine dernière. Elles s’en souviendront de leur retour en navette : « On avait avec nous un groupe enivré qui a mis l’ambiance. Ils ont chanté Les Sardines sur tout le trajet ! »
Article issu du Dauphiné Libéré





