Ski en Chartreuse : « Un chantier hors du commun » pour tourner la page du ski alpin

L’histoire retiendra que c’est une année où la neige est tombée en abondance que la station de ski alpin Saint-Pierre-de-Chartreuse/Le Planolet a opéré sa mue avec le démontage et le démantèlement de quatre de ses cinq téléportés. Le chantier a ainsi été plusieurs fois interrompu au cours de l’hiver en raison des conditions météo, mais aussi pour ne pas entraver l’activité ski sur les deux sites toujours exploités par délégation de service public, chacun équipés de cinq téléskis : le Planolet géré par l’association Nouvelles traces en Chartreuse et les Essarts par la société La Stass’.

La cession pour 1,6 million d’euros du télésiège de la Combe de l’Ours à la station de Val Cenis en Savoie a constitué l’acte fondateur de la transition engagée par la communauté de communes Cœur de Chartreuse. Si l’opération s’inscrit dans une logique d’économie circulaire grâce au réemploi de ce téléporté datant de 2006 (sa remise en route est annoncée pour l’hiver 2027-2028 côté Savoie), elle visait surtout à l’apurement de la dette du domaine skiable.

Le chantier de démontage de ce télésiège, engagé en juillet 2025, à la charge de la société d’économie mixte de Val-Cenis, avait été interrompu en raison de deux recours déposés contre la vente , finalement rejetés par le tribunal administratif. Il s’est achevé à l’automne après une impressionnante évacuation des pylônes par héliportage.

Un chantier spectaculaire en haute montagne

En novembre dernier, le chantier s’est poursuivi avec le démantèlement du télésiège des Fraisses, à cheval sur les communes de Saint-Pierre-de-Chartreuse et Saint-Pierre-d’Entremont. Ce télésiège reconditionné datant de 2012 faisait encore l’objet d’un emprunt (aujourd’hui remboursé). Les travaux, confiés à BTP Botta et MBTM (Mellet Billon travaux en montagne), deux entreprises de Saint-Laurent-du-Pont spécialisées respectivement dans les travaux de gros œuvre et dans la maintenance des remontées mécaniques, ont été interrompus en décembre après le démontage de la gare de départ et des premiers pylônes. Ils ont repris fin avril grâce à la fonte de la neige. Les 14 pylônes ont tous été déboulonnés et couchés dans la pente de cette ancienne piste noire. Hauts d’une dizaine de mètres et pesant trois tonnes chacun, ils doivent encore être découpés et évacués par les pistes forestières à l’aide d’un tracteur dans les prochains jours.

« C’est un chantier hors du commun pour nous », témoigne Thierry Botta dont la société de BTP se diversifie dans les travaux de montagne ; elle a notamment œuvré sur la gare d’arrivée du téléphérique 3S des Deux Alpes. Deux semaines en arrière, c’est l’emblématique télécabine des Essarts qui a fini d’être démontée, avec la découpe des douze pylônes, évacués par camion. Ce prototype construit par Poma avait été installé en 1982 au cœur du village de Saint-Pierre-de-Chartreuse pour embarquer les skieurs sur 450 mètres de dénivelé jusqu’au lieu-dit des Essarts. Le chantier de démantèlement a démarré en décembre par la pose du câble d’une longueur de 3 300 mètres, pesant une vingtaine de tonnes. Le chantier s’était poursuivi par l’évacuation des équipements des gares de départ et d’arrivée, dont les bâtiments seront conservés à la demande de la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse, qui a par ailleurs récupéré la compétence ski alpin, en même temps que le télésiège de la Scia (lire par ailleurs).

Reste désormais un dernier téléporté à démonter qui n’est plus exploité depuis une quinzaine d’années : celui du Charmant Som, situé sur les communes de Sarcenas et de Saint-Pierre-de-Chartreuse. « On attend la fonte de la neige pour pouvoir y accéder », informe Thierry Botta qui, ironie de l’histoire, a lui-même géré cette remontée mécanique par le passé.

Seul le télésiège de la Scia a été préservé, à la demande de la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse. Photo B. D.
Seul le télésiège de la Scia a été préservé, à la demande de la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse. Photo B. D.
Pourquoi Saint-Pierre-de-Chartreuse a récupéré la compétence ski

Contrairement aux autres téléportés de la station chartrousine, le télésiège de la Scia ne sera pas démonté : la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse a en effet décidé de conserver ce téléporté, qui permet – au départ des Essarts – d’accéder au sommet de la station (1 791 m). Celui-ci, qui n’a plus fonctionné depuis mars 2020, nécessitera d’importants investissements pour sa remise en route.

Par voie de conséquence, la commune a récupéré la compétence ski alpin et remontées mécaniques. Celle-ci a été officiellement transférée par l’intercommunalité le 1er  avril 2026. De la même façon, les contrats de délégation de service public pour l’exploitation des téléskis sur le secteur des Essarts et celui de Saint-Hugues/Les Égaux, signés pour cinq ans, ont été transférés à la commune. « On se substitue à l’intercommunalité dans la continuité de ce qui se faisait », précise Stéphane Gusméroli, le maire.

Ce dernier ne s’avance pas sur un calendrier, mais précise : « Avec notre nouvelle équipe municipale, et en concertation avec les acteurs touristiques locaux, nous travaillons actuellement à la mise en œuvre de notre vision d’un tourisme “art, nature et sport”, multi-activités et toutes saisons pour Saint-Pierre-de-Chartreuse, à travers des ateliers. Dans ce cadre, nous avons le projet de développer les sites touristiques des Essarts/La Scia, Saint-Hugues/Les Égaux, la Diat et le cœur du village, avec des activités outdoor (randonnée, raquette, ski, trail, vélo, escalade, équitation…), culturelles, artistiques, contemplatives. » C’est dans cette optique que les bâtiments des gares de départ et d’arrivée de la télécabine des Essarts ont été conservés.

Après le démontage de la télécabine des Essarts, les terrains ont été remis en état. Photo Bénédicte Dufour
Après le démontage de la télécabine des Essarts, les terrains ont été remis en état. Photo Bénédicte Dufour
Démarche “Montagne autrement 2030” : et maintenant ?

Face au changement climatique, la communauté de communes Cœur de Chartreuse a engagé, depuis 2021, une transformation profonde de son modèle touristique et économique. La situation du domaine skiable de Saint-Pierre-de-Chartreuse/Le Planolet, devenue structurellement déficitaire, a été l’élément déclencheur de la démarche intitulée Montagne autrement 2030, à laquelle ont été associés les acteurs socio-économiques et les habitants du territoire, avec le soutien de scientifiques et d’experts. Le domaine skiable a ainsi été volontairement réduit et s’organise désormais autour de deux secteurs distincts, équipés exclusivement de téléskis : le Planolet et les Essarts. Deux contrats de délégation de service public ont été signés à l’hiver 2024-2025, pour une durée de cinq ans.

La vente et le démontage des remontées mécaniques ont ensuite permis l’apurement complet de la dette (1,8 million d’euros), initialement prévue jusqu’en 2042. Outre le télésiège de la Combe de l’Ours (vendu sur pied), les autres télésièges sont démontés et démantelés. Certaines pièces détachées ont déjà été vendues, à la station de Villard-de-Lans, ainsi qu’au lycée technique de Bourg-en-Bresse pour de la formation. Les pièces non exploitables sont orientées vers des filières de recyclage. Une réflexion est en cours pour mettre en valeur certains éléments emblématiques (poulie, cabines…) à travers des installations de mobilier urbain ou des sculptures, afin de garder en mémoire l’activité du site. La communauté de communes a en outre décidé la remise en état des terrains après démontage : fondations arasées, terrains reprofilés, et réensemencement si nécessaire, afin de favoriser la régénération naturelle du site.

Le processus engagé est loin d’être achevé : l’enjeu de ce nouveau mandat est d’inscrire cette dynamique de transition dans la durée, en l’étendant à d’autres thématiques et à l’échelle du territoire Cœur de Chartreuse. Une feuille de route de la transition a ainsi été rédigée et approuvée par le conseil communautaire fin 2024. Parmi les projets, on peut citer la création et la valorisation de cheminements entre hameaux et communes pour permettre aux habitants et visiteurs de découvrir les richesses du territoire par des mobilités douces.

Article issu du Dauphiné Libéré

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