Saint-Pierre-de-Chartreuse : une station pionnière du ski dans le Dauphiné

« Ah moi, il ne faut pas me demander de parler de ma commune parce que je ne m’arrête plus ! » Michel Bècle-Berland a Saint-Pierre-de-Chartreuse dans le sang. Lui, l’enfant de Saint-Hugues (village rattaché administrativement à Saint-Pierre) a vu le jour au pied du Charmant Som en 1940. « C’était très rural à l’époque. Tout le monde avait des vaches, et même si on a du mal à le croire aujourd’hui, l’hiver, il y avait énormément de neige. »

Celui de ses 16 ans, l’octogénaire se rappelle d’ailleurs : « On nous a demandé de rester chez nous pendant huit ou dix jours. » C’est à cette époque, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et sous l’impulsion du maire et conseiller général Auguste Villard, que Saint-Pierre-de-Chartreuse a pris le virage des sports d’hiver. En 1950, la pente des Essarts est ainsi dotée d’une télébenne qui sera complétée par un deuxième tronçon pour atteindre le sommet de la Scia trois ans plus tard. « On était considéré comme la première station du Dauphiné à l’époque », apprécie encore aujourd’hui Michel Bècle-Berland.

Ce développement par le tourisme, celui qui a été maire de Saint-Pierre-de-Chartreuse de 2001 à 2008 et qui a été élu municipal pendant quarante ans le justifie encore aujourd’hui : « C’était ça ou le village disparaissait petit à petit. On était tombé à 500 habitants. L’hiver, le seul travail c’était de déneiger les routes, alors les jeunes partaient. Le ski, ça a donné du boulot à beaucoup de monde. »

Inauguration de la télébenne de Saint-Pierre en Chartreuse. Archive photo le DL
Inauguration de la télébenne de Saint-Pierre en Chartreuse. Archive photo le DL

Les instituteurs et leur rôle crucial dans le développement du ski

Bruno Cottave ne peut que confirmer. Fils du fondateur de l’école de ski de la commune, le sexagénaire a œuvré du côté des remontées mécaniques en parallèle de son activité de moniteur. « Avec moi, il y avait des artisans, des agriculteurs… Des gens qui ne pouvaient pas, ou peu, travailler pendant l’hiver. » Lui est donc le fils d’Ernest, un pionnier dans le domaine. Moniteur itinérant qui avant d’être prophète en son pays allait enseigner jusqu’à Serre-Chevalier, dans les Hautes-Alpes. « Là où il y avait un téléphérique. »

À Saint-Pierre, le ski s’est aussi particulièrement développé grâce aux instituteurs. « Ils disaient qu’en montagne, les enfants devaient savoir skier. » Toute une politique a alors été mise en place. La mairie finançait le matériel et la station a commencé à ouvrir en semaine. « Avant, ce n’était que le jeudi (à l’époque, jour hebdomadaire de repos des écoliers) et le week-end. » Bruno Cottave se souvient encore : « À un moment, entre l’école et le club des sports, il n’y avait pas un jour où on ne skiait pas au mois de janvier. »

En parallèle, le village de Chartreuse – où le premier office de tourisme de France voit le jour dès 1905 – attire de plus en plus de visiteurs. On entre dans les années 1970 et les fameux Plan neige qui veulent démocratiser les sports d’hiver. « Le week-end, c’était une véritable invasion ! On ne pouvait même plus sortir acheter son journal », rigolent aujourd’hui les deux Chartroussins. Au foyer de ski de fond, qu’il a créé et présidé pendant trente ans, Michel Bècle-Berland se souvient « qu’on est monté jusqu’à 800 équipements ».

Photo archive photo le DL/Christophe AGOSTINIS
Photo archive photo le DL/Christophe AGOSTINIS

Des hivers sans neige de plus en plus récurrents

C’était alors l’âge d’or de Saint-Pierre, idéalement situé à quelques kilomètres de Voiron et Grenoble. Mais l’histoire nous apprend que chaque apogée ne fait que précéder le déclin. Avec des hivers sans neige de plus en plus récurrents, celui-ci est arrivé. « Auguste Villard disait qu’il fallait anticiper le fait que ça arrive une année sur cinq. Quand j’étais maire, c’était devenu une sur trois… »

En exagérant, on pourrait presque dire qu’aujourd’hui c’est tous les ans. Alors en 2025, les élus de la communauté de communes Cœur de Chartreuse ont pris la difficile décision de tourner le dos au ski et de démanteler la grande majorité des remontées mécaniques. Dont la télécabine des Essarts qui avait remplacé, au cours des années 1980, la télébenne. Là où tout avait commencé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Photo archive le DL/Marc GREINER
Photo archive le DL/Marc GREINER

Article issu du Dauphiné Libéré

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