18 millions d’euros et après ? En Isère, l’avenir incertain d’une route de montagne stratégique

Une constellation de pierrailles au sol, tombées des hauteurs ; des arbres déracinés sur les bas-côtés, charriés par la dernière avalanche : la D530, en Oisans, donne un bon aperçu des risques naturels pesant sur les routes de montagne. Cet axe de 27 kilomètres est devenu la route la plus chère d’Isère, après la catastrophe de La Bérarde. En juin 2024, la crue du Vénéon, qu’elle longe, l’engloutissait en 14 points sur 10 km.

Le Département, en charge de son entretien, a évalué sa remise en état à 18 millions d’euros. Un investissement conséquent, accompagné d’une mise en garde de son président, Jean-Pierre Barbier : « Ce ne sera pas possible tous les ans, nous avons 4 700 km à entretenir dans toute l’Isère ».

Photo Anouk Anglade
Photo Anouk Anglade

« Les aléas naturels, ça fait partie de la vie ici »

Cet avertissement n’a pas arrangé la (faible) popularité de la collectivité dans la vallée. Les locaux, nombreux à vivre du tourisme, lui reprochent les restrictions d’accès à La Bérarde depuis la catastrophe, qui feraient fuir les visiteurs. Pour Éric Bourguignon, les griefs sont aussi très terre à terre. Avec sa compagne, cet habitant de Saint-Christophe-en-Oisans emprunte quotidiennement la D530 vers l’Alpe d’Huez, où ils sont pisteurs secouristes. « Quand on descend à 6 h du matin, la route n’est pas déneigée, car jusqu’à Venosc, elle est classée comme secondaire, indique-t-il. On a un 4×4 pour passer au-dessus des petites coulées, mais quand des pierres tombent, on est davantage bloqués ».

Les habitants sont pourtant unanimes : « Les aléas naturels, ça fait partie de la vie ici », résume Marie-Claude Turc, gérante du café-restaurant La Cordée, à Saint-Christophe. Ce qui agace les locaux, c’est leur gestion par les Hommes. « Le Département ne s’occupe pas des rochers, alors qu’on peut aller les voir avec les hélicoptères. En revanche, quand ils tombent, il ferme la route », déplore Yves Turc-Gavet, qui vit en bout de vallée.

« Ma femme a pris 130 € d’amende pour aller bosser »

Un épisode a marqué les mémoires : fin 2024, une chute de blocs a tué le passager d’un véhicule en bas de vallée. Le temps de travaux et de purges, « on n’a pas pu circuler librement pendant un mois et demi », rappelle Eric Bourguignon. La route était ouverte sous alternat, mais pas en journée. Passant outre l’interdiction, « ma femme a pris 130 € d’amende pour aller bosser, s’agace le pisteur secouriste. On a joué au chat et à la souris : c’était ça ou un détour de 45 minutes Ça nous a gâché une partie de l’hiver ».

Tous ces éléments usent les habitants. « J’ai pensé partir, reconnaît Eric Bourguignon. Mais c’était un coup de sang, on est bien ici », tempère-t-il. Il a malgré tout « l’impression que ça arrangerait du monde qu’on parte, ça ferait des économies ». Face au coût d’entretien et aux critiques, le Département a proposé de déclasser la D530 pour la confier à la communauté de communes de l’Oisans. Celle-ci a opposé une fin de non-recevoir, faute de « ressources financières, humaines et matérielles » pour l’entretenir.

Dès lors, qu’adviendra-t-il en cas de nouvel événement ? Se disant « optimiste », Marie-Claude Turc appelle à « un fonctionnement collectif, avec le Département et d’autres communes dans la même situation ». De nature « optimiste », elle refuse de croire à un abandon par les pouvoirs publics : « Il y a de la vie dans cette vallée, on ne peut pas tirer un trait dessus ».

Article issu du Dauphiné Libéré

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