Y aura-t-il assez de neige pour la Coupe du monde de biathlon au Grand-Bornand ? Cette question, qui résonne à chaque édition, paraît simpliste au regard du travail que l’or blanc exige pour une compétition qui rassemblera la crème des biathlètes mondiaux du 18 au 21 décembre.
Si le volume tombé en novembre ne laisse peu de doutes sur la générosité de dame nature, la préparation du tapis blanc demande précision, expérience et maîtrise technique. Un travail d’orfèvre. Car non, il ne suffit pas d’étaler la neige fraîche sur 4 km pour faire des pistes et bâtir le pas de tir d’un stade de biathlon. La neige se cultive pour façonner un outil de compétition de haut niveau, de la même manière que le Tour de France ne se court pas sur un biclou. Un travail qui débute un an avant.
« Ce qui nous tient à cœur c’est de progresser chaque année », insiste le maire du Grand-Bornand André Perrillat-Amédé. Il y a deux ans, la station avait essuyé des critiques pour avoir eu recours à des camions pour rapatrier de la neige sur le site. Si cette année, « on fait le maximum pour ne pas déplacer de neige du haut de la station jusqu’au stade de biathlon, situé en contrebas », assure l’élu, « il a fallu au fil des années apprivoiser l’outil, acquérir du savoir-faire notamment dans notre capacité de stocker la neige. »
La neige n’est plus fabriquée dans l’urgence mais par anticipation
La première carrière a vu le jour en 2013 au Chinaillon (1 300 m d’altitude). « L’idée était de mutualiser cette réserve de neige pour le nordique et l’alpin selon les besoins. Une fois qu’on a mieux compris le process, nous en avons déployé sur le bas de la vallée. » Deux autres de 14 000m³ chacune ont depuis été créées à l’intérieur du stade de biathlon (930 m d’altitude). La dernière, qui à peine aménagée n’avait pu être fonctionnelle à 100 % en 2024, est cette fois exploitée de manière optimale.
Outre le lieu de stockage de l’or blanc, c’est la capacité à le conserver qui a évolué. La neige utilisée pour aménager le site en ce moment est celle stockée l’hiver dernier. Une matière première accumulée dès la fin de la compétition en 2024. Un mélange de neige naturelle rassemblée à proximité et de fabrication de neige de culture. Cette étape requiert aujourd’hui une certaine agilité pour diminuer l’impact environnemental. La neige n’est plus fabriquée dans l’urgence mais par anticipation, « à des moments choisis, quand les conditions de froid et d’hydrométrie sont les meilleurs pour un rendement maximum et une consommation d’eau et d’énergie minimum », fait valoir le maire, qui sait ô combien le sujet est devenu sensible au fil du temps. « En dix ans, la consommation énergétique a été divisée par deux grâce à la technologie des enneigeurs », met en avant Yannick Aujouannet, coordinateur événementiel sportif à Grand-Bornand Tourisme. Dix-sept enneigeurs sont répartis dans le stade.
« Comme pour un terrain de foot, les niveaux d’exigence diffèrent quand il s’agit du haut niveau »
Rien n’est laissé au hasard, pas même la forme du tas de neige stockée, travaillée pour garantir la meilleure inertie calorifique. Cette réserve a ensuite été recouverte de sciure avant les vacances de février, puis remise à nu à l’arrivée du froid cet automne quand les risques de fonte étaient écartés.
« Cette neige stockée et fabriquée est la ressource prioritaire pour assurer une bonne qualité des pistes », défend Yannick Aujouannet. C’est une exigence de l’IBU, l’Union internationale de biathlon. Qui dit compétition de haut niveau, dit technicité poussée.
« Comme pour un terrain de foot, les niveaux d’exigence diffèrent quand il s’agit du haut niveau, abonde le maire. Aujourd’hui qu’importe l’altitude ou la latitude du lieu de compétition, l’homogénéité obtenue avec le travail de la neige de culture permet de garantir aux athlètes sécurité, précision et équité sur le parcours. »
Cette neige est « quasiment prête à l’emploi », elle a déjà subi les transformations nécessaires, pas besoin de la travailler comme de la fraîche. Reste, bien sûr, à former la piste selon le profil déterminé, avant le damage final et l’entretien jusqu’au jour-J. Un total de 4 km de pistes, sur 7 m de large, déployés pour former les 4 tracés de compétition et la boucle d’entraînement.
« On agit avec une précision plus chirurgicale »
La nouvelle proximité de stockage permet d’utiliser une neige à portée de main et d’ « optimiser la ressource » en l’exploitant différemment, détaille le coordinateur sportif. Pour cette édition, les dameuses ont été remisées pour le pré-travail de formation des pistes. « La dameuse poussait la neige, on en perdait trop. »
La station utilise désormais des engins chenillés équipés d’une benne. « On agit avec une précision plus chirurgicale en positionnant la neige au bon endroit sur le tracé, ». De plus, les engins roulent au HVO (huile végétale hydrotraitée) permettant de baisser le bilan carbone. Même si le plus impactant dans ce domaine reste le transport pour cet événement.
Autre avancée, le pas de tir expérimenté l’an dernier, créé au Grand-Bornand, a été validé par l’IBU et les athlètes. En bois local, et plus en neige “maçonnée”, il permet d’économiser l’or blanc. Et un sacré temps de travail à l’installation du stade. Autant d’arguments pour la station qui se dit confiante quant à l’avancée de dix jours de l’épreuve bornandine dans le calendrier 2026.
L’autre challenge pour les équipes, après la compétition sera de reconditionner le site pour le début de la saison touristique. Poids lourd économique du territoire, Le Grand-Bornand a fait le choix d’un espace de compétition en cœur de village qui reprend sa fonction de domaine nordique et de pistes de luge, dès les biathlètes et les 65 000 spectateurs partis.
Article issu du Dauphiné Libéré


