Il n’y a pas qu’en France que les “petites” stations de ski ont passé l’âge d’or de l’or blanc. Chez nos voisins helvètes aussi, les belles années semblent bien loin pour certaines sociétés d’exploitation de remontées mécaniques. C’est notamment le cas de la société Télé-Torgon SA (TTSA). Depuis 1961, elle exploite les installations qui relient la dizaine de pistes de son domaine skiable. Mais les premières difficultés financières, à l’orée des années 2000, conduisent le conseil d’administration de TTSA à en confier l’exploitation à une société extérieure, par le biais d’un appel d’offres.
Alors menacé de fermeture, le domaine skiable est repris en 2013 par la Société d’exploitation touristique de Torgon (SETT), filiale domiciliée en Suisse mais rattachée à Châtel Loisirs, qui exploite les remontées mécaniques de la station française. Mais la signature d’un contrat de DSP pour un bail de 15 ans ne règle pas la situation de la TTSA. Incapable de rembourser un prêt de 2,8 millions de francs suisses contracté auprès de l’État du Valais, cette dernière fait l’objet en octobre 2023 d’une procédure de faillite, arrivée à son terme en janvier dernier. Jadis exploitant, la SETT est depuis le 22 janvier propriétaire du patrimoine de la TTSA, qui comprend les installations de ski ainsi qu’un restaurant. Un rachat effectué à l’euro symbolique.

Pourquoi Châtel est venue au secours de sa voisine helvète ?
Un investissement qui pose la question qui nous ramène dix ans en arrière : pourquoi Châtel est venue au secours de sa voisine helvète ? « Si nous n’étions pas intervenus à cette époque, la clé aurait pris la direction du paillasson » poétise Nicolas Rubin, président de la société des remontées mécaniques de Châtel. S’il défend l’image d’un site « au charme particulier » qui offre un ski « sauvage et naturel », Nicolas Rubin, maire de la commune-station, ne cache pas l’intérêt stratégique d’exploiter la porte d’entrée valaisanne du domaine connecté des Portes du Soleil. « L’accès y est certes compliqué mais c’est une pépite très appréciée. Elle est le maillon de la chaîne qui relie La Chapelle-d’Abondance à Châtel et forme des jeunes skieurs, la clientèle de demain. » Le lien étroit entre les trois sites a d’ailleurs donné son nom au forfait Espace Liberté, qui propose 120 km de pistes regroupés sur trois domaines skiables.
Pour pérenniser la destination Torgon, Châtel, à travers la SETT, s’est attelé ces dernières années à « mutualiser, alléger les charges, optimiser le fonctionnement. » « Le but est d’apporter une offre simple, à faible coût. Nous avons supprimé des installations non rentables, sans que ça perturbe de trop le domaine. » Mais cet engagement, qui ne se poursuivra pas sur de simples considérations philanthropiques, ne sera durable que par une volonté de travail en équipe partagée avec Portes du Soleil. CH, organisme qui chapeaute toute la partie suisse des Portes du Soleil. « Cela n’aurait pas dû être de notre ressort premier de nous impliquer ici et il faudra que PDS.CH se sente un peu plus concerné par ce domaine, car on est aussi capable de remettre les clés. »
Une situation plus conflictuelle avec La Chapelle-d’Abondance
La position de Châtel sur Torgon n’est pas sans rappeler celle qu’elle occupe sur sa voisine… française, cette fois : La Chapelle-d’Abondance. Ici aussi, Châtel exploite le domaine skiable de la station depuis 2016 par le biais d’une autre de ses filiales, la Selca, dans le cadre d’une DSP signée avec la commune. Mais la situation y est plus conflictuelle.
En proie à d’importantes difficultés financières et récemment épinglée par la chambre régionale des comptes , la station a fait l’objet en 2024 d’un renouvellement de DSP infructueux. En cause, un ticket d’entrée à 4,8 millions d’euros fixé par la commune pour renouveler la concession. Du délire pour Nicolas Rubin. « Nous n’y avons pas répondu tellement l’écriture de ce document était éloignée de la réalité du terrain. Si nous n’avions pas accepté, avec l’accord du préfet, de faire une saison de plus, les remontées mécaniques de La Chapelle auraient eu une belle saison de repos, comme l’économie locale de la commune. »
Et le premier vice-président du Département n’hésite pas à mettre en garde : si d’ici mai 2025 un nouveau cahier des charges « respectable » n’est pas présenté, « on reprendra nos valises pour d’autres objectifs. »
Article issu du Dauphiné Libéré