Après un record d’investissements l’an dernier (568 M€), 2025 s’annonçait comme un grand cru au vu des nouveautés de l’hiver en altitude. On en a la confirmation chiffrée avec la traditionnelle étude de nos confrères de Montagne leaders, en partenariat avec Atout France et Domaines skiables de France (DSF), le syndicat des opérateurs. Les massifs ont encore investi 555 M€ sur leurs sites. En léger retrait par rapport à 2024 (-2 %), mais toujours 50 % au-dessus de la moyenne décennale. Les opérateurs ont consacré un tiers de leurs recettes à la modernisation de leur outil industriel.
Cette enveloppe très élevée s’explique par le contexte inflationniste et la temporalité. La plupart des stations ont relancé de nouveaux contrats de délégations de service public et le gros des réalisations se concentre en début de concession. Des choix stratégiques orientés par les études Climsnow qui simulent l’enneigement en 2050 et 2080 pour s’adapter au monde de demain. Les remontées mécaniques constituent le premier poste de dépenses. En vedette, une dizaine de télécabines structurantes, assurant liaisons et fluidité sur les domaines, emblématiques des usages quatre saisons. Des appareils qui pèsent lourd dans l’addition. En dix ans, notamment en raison de la guerre en Ukraine, le prix des remontées mécaniques a bondi de 40 % (contre +33 % pour le prix des forfaits).

Petites et grandes stations face à la modernisation
Les gros opérateurs sont évidemment à la manœuvre. La Compagnie des Alpes a investi 130 M€ sur ses onze sites. Mais pour les plus petits, il n’est pas évident de consacrer une part de plus en plus importante des ressources à l’investissement, tout en préservant leur modèle économique. Anne Marty, présidente de DSF, estime que c’est un point de vigilance.
Pour Damien Zisswiller, à la délégation Montagne D’Atout France : « Le niveau d’investissement reflète aussi l’intensification des contraintes économiques, réglementaires et climatiques. Chaque euro de chiffre d’affaires doit davantage être optimisé. La véritable performance réside désormais dans la capacité des exploitants à soutenir cet effort dans la durée, en conciliant modernisation, diversification et équilibre financier ». Des projets plus complexes, avec des réglementations plus exigeantes. « L’investissement est plus que jamais un levier de développement des territoires, souligne Anne Marty ». Il en va de la transformation de l’offre, été comme hiver. La Savoie avec 41 % des investissements en France reste leader.
Les renouvellements récents et à venir des grandes délégations de service public (DSP) devraient se traduire par la poursuite d’un haut niveau d’investissement pour les années à venir. Dans l’Oisans (Isère), à l’Alpe d’Huez, la SATA poursuit son programme Altitude 3300 qui vise à remplacer 6 remontées stratégiques pour améliorer les liaisons du domaine pour 330 millions. À Chamonix et Megève (Haute-Savoie), la Compagnie du Mont-Blanc a programmé 106 M€, plus des trois quarts de ses recettes, avec l’achèvement d’ici fin 2027 du nouveau super téléphérique des Grands Montets.
Les remontées mécaniques neuves restent le premier poste de dépenses concentrant la moitié des investissements sur les domaines en 2025. Sur les 48 installations réalisées, la moitié concerne des tapis, signe d’une priorité donnée à l’apprentissage et à la diversification des publics. Les 24 appareils structurants (télécabines, télésièges et téléskis) représentent un investissement moyen de 11 M€ par appareil : un montant élevé qui traduit l’augmentation du nombre de nouvelles télécabines et la présence souvent de gares plus imposantes.
Car le poste des bâtiments d’accueil s’affirme depuis deux ans comme le segment le plus dynamique des investissements : 62 M€ sont consacrés à des constructions multiservices de grande ampleur – restaurants d’altitude, espaces d’accueil, sanitaires, consignes – conçus comme de véritables actifs économiques au service de l’expérience client et de la diversification. Le téléphérique du Jandri, aux Deux Alpes, inauguré l’an dernier, ou la cime Caron (Val Thorens), cet hiver, en sont l’illustration. Ces équipements contribuent à la structuration du parcours client, à l’allongement du temps de présence sur site, à la croissance des recettes annexes été comme hiver.
A contrario le marché de la neige de culture se contracte depuis la crise du Covid, alors même que la France demeure en retard sur certains voisins alpins. Les équipements de loisirs devraient continuer de bénéficier d’une tendance dynamique (+40 % en 2025 par rapport à la moyenne des 4 dernières années) qui témoigne de la volonté d’étoffer l’offre hors ski.

Article issu du Dauphiné Libéré