Qu’il neige, qu’il vente, qu’il pleuve (c’est rare à 1800 mètres d’altitude), il part courir. « Je fais des tours de village et mes 10 bornes. Ça me vide la tête, ça détend le cerveau ». Membre du jury de la 29e édition du festival du film de comédie de l’Alpe d’Huez, le sérieux de Baptiste Lecaplain contraste avec l’image de sniper de la vanne qu’il s’est façonné depuis 20 ans sur les scènes du pays et désormais à l’écran.
Gad Elmaleh n’a-t-il pas dit de lui qu’il était le meilleur humoriste de sa génération ? « Même en tournage, après une grosse journée de travail je peux partir courir la nuit, vers 22 heures » explique le quadra au physique longiligne, affûté comme jamais. À l’Alpe, il connaît bien une des stars du trail, l’aventurier vauclusien Mathieu Blanchard, vainqueur du Grand Raid de la Réunion, qui a élu domicile dans la station voisine des Deux Alpes et lui a donné quelques idées pour arpenter les sentiers au pas de course. « Un gars impressionnant ». L’artiste n’a pas encore franchi le pas.

« La montagne, c’est aussi chiller »
Le ski, pour ce Normand natif d’Avranches qui a grandi dans une campagne verte au relief très modeste, ça reste un vieux souvenir d’enfance. « Mes parents n’avaient pas les moyens de nous payer des vacances aux sports d’hiver, même si on était très heureux et on n’a manqué de rien. Mais j’avais mon copain Julien qui avait de la famille à Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées. Il m’emmenait à Saint-Lary. J’ai eu ma première étoile, direct, sans passer par le flocon, j’étais très fier. »
Trois hivers grisants et puis, plus rien. Vocation avortée, talent gâché. « Après, mon pote a déménagé et aujourd’hui j’ai trop peur de me blesser, de me faire les genoux. Je ne pourrais plus courir et deviendrais dépressif. Ce serait un enfer ». Alors Lecaplain skie par procuration. Quand il va en vacances du côté d’Annecy (Haute-Savoie), il emmène ses filles dans les petites stations alentour. « Je reste sur une terrasse, je lis des scénarios, je les surveille et je mange une tarte aux myrtilles. La montagne, c’est aussi chiller. »
Du reste l’humoriste est très fier de côtoyer d’immenses acteurs et comédiens doublés de grands skieurs. Christian Clavier, son partenaire dans Jamais sans mon psy (tourné à Thonon au bord du Léman) dont le frère, Stéphane, était moniteur ; ou Laurent Gerra qu’il a croisé, chez lui, à Val Cenis en Maurienne (Savoie). « Il a un niveau de zinzin. Le jour où j’ai bu un coup avec lui, il partait skier au Chili ». Et puis José Garcia, as du freeride. « Un grand sportif ».
Garcia, son papa. Ça, c’est pour son prochain film dont il va commencer le tournage en mars, à Lens dans le Nord. « Et Isabelle Carré jouera ma mère ». Lecaplain tiendra le rôle principal de À double tour, premier film en tant que réalisateur du scénariste et producteur Bastien Daret de Topshot, la maison qui a produit Partir un jour. « J’adore les premiers films, ils ont une fraîcheur, une candeur. L’équipe technique est toujours aux petits soins ».
Enfin il y a Gérard Jugnot, le dernier des Bronzés à faire du ski. Son partenaire, avec l’irrévérencieux Sébastien Thoen, dans L’Agence Tourisme, émission de voyages fantaisistes en mars sur Canal +. « On a vu du pays. Gérard, c’est un monsieur qui m’a beaucoup touché. Il est d’une grande douceur, très gentil, d’une simplicité extrême. Je l’ai aimé comme réalisateur, notamment de Meilleur espoir féminin, un film dans lequel il est coiffeur à Cancale. Ça me parle. Ma mère tenait un salon de coiffure, dans la campagne normande. »
« On est monté à 3 200 mètres d’altitude »
Pourtant, s’il avait dû choisir un rôle dans Les Bronzés font du ski, ce serait celui de Jérôme, le médecin frimeur qui se la pète au slalom. « Ah la scène où Christian remet l’épaule de Josiane Balasko. Gérard aussi dans celle du scrabble. Ils sont tous géniaux. Leurs personnages sont des ordures, des sales gens. Lhermitte est touchant, un cœur d’artichaut, et puis quel bel homme… La gent féminine dans le jury du festival (Audrey Lamy, Alison Wheeler, Mélanie Doutey), y en a qui étaient impatientes de le voir arriver. Et puis il y a le génie de l’écriture, les situations qu’ils sont parvenus à créer. »
Une comédie à la montagne, il a en tournée une, à La Grave (Hautes-Alpes). Enfin une série pour TF1. Elle aussi a rencontré un vif succès. Les Randonneuses, avec Clémentine Célarié, Camille Chamoux et Lucien Jean-Baptiste. « Moi qui adore la montagne l’été, ça oblige les enfants à sortir de leur léthargie, c’était un tournage incroyable. On est monté à 3 200 mètres d’altitude. C’est du délire, marcher, dialoguer à cette altitude où le corps doit s’adapter. Une expérience inoubliable. » Moins drôle, Cliffhanger ou Vertical Limit, montagne versant catastrophe figurent aussi dans sa vidéothèque de référence.
Ainsi va Baptiste Lecaplain, cheminant sur les sommets de l’humour, en solo, ou en cordées. Avec ses amis Jérémy Ferrari et Arnaud Tsamere, leur Trio a cartonné en 2025. Les garçons attendent le verdict du premier film de Ferrari, Les K d’or, avec Eric Judor et Laura Felpin, pour envisager une suite. Et pourquoi pas au cinéma ?
Article issu du Dauphiné Libéré