On a longtemps cru que les pistes de ski au cinéma resteraient le territoire jalousement gardé de Bernard, Gigi ou Popeye. À quoi bon tourner une nouvelle scène sur des remontées mécaniques alors que Jean-Claude Dusse fredonne toujours “Quand te reverrai-je ?” dans un coin de notre tête ?
Oui mais voilà, en 2009 un comédien et réalisateur donnait aux Bronzés font du ski de nouveaux voisins pour rythmer nos hivers. Avec son premier film, La Première étoile, Lucien Jean-Baptiste ajoutait l’émotion à la comédie. Sans oublier un casting pas piqué des chamois : Firmine Richard, Bernadette Lafont, Michel Jonasz et même ce bon vieux Dino, mais sans gomina ni Shirley !
Bref, on ne pouvait pas se passer de Lucien Jean-Baptiste pour cette série de portraits. D’autant qu’en l’écoutant, on comprend vite où il a puisé son inspiration. « Ma mère n’avait pas beaucoup d’argent. La première fois que je suis allé au ski, c’était à Morzine (Haute-Savoie) avec la municipalité de ma ville, Bonneuil-sur-Marne. On est parti avec l’école et j’ai tellement aimé ça ! Je l’ai raconté à ma mère et elle a dit : “Je vous promets les enfants, on va repartir au ski !” Et on est reparti. »
« L’Alpe d’Huez, mon plus beau souvenir professionnel »
Voilà d’où La Première Étoile, tourné aux Gets, tient son authenticité. « 80 % de ce que vous voyez sur l’écran est vrai. » Y compris cette jolie scène où la petite Manon reprend Jean Ferrat devant un public ému. « Il y a vraiment eu un concours de chant, sauf que je n’avais pas chanté La Montagne, j’avais fait une récitation qui s’appelait Ma France, toujours de Ferrat. »
Du vécu également, le racisme, que même le froid et l’altitude ne semblent pouvoir geler. « Mais je suis content, beaucoup d’Antillais ou de gens de couleur m’ont dit: “Votre film nous a décomplexés”. Socialement aussi, des gens qui n’avaient pas d’argent nous disaient: “Votre histoire, c’est la nôtre”. »
Le public ne s’y est pas trompé. 1,6 million d’entrées en France et une nomination aux César. Sans oublier le Grand prix du jury et le Prix du public au Festival de l’Alpe d’Huez. « Je crois que c’est mon plus beau souvenir professionnel. À l’époque, je ne me rendais absolument pas compte de ce que j’étais en train de vivre. C’était mon premier film. » Un film profond et optimiste, que certains ont eu tendance à réduire à son côté comique. « L’idée de départ, ce n’est pas de rigoler en envoyant des Noirs au ski. Je n’en ai rien à foutre de leur couleur. Avant d’être tout ce que j’ai pu lire ou entendre, c’est surtout comment on fait, quand on n’a pas les moyens, pour apporter du rêve à ses enfants. »
Du rêve, le ski en a apporté au jeune Lucien. « J’en suis devenu dingue ! Je n’ai pas arrêté d’aller faire des formations via l’UCPA (Union nationale des centres sportifs de plein air, NDLR). Après, je suis devenu moniteur de colonies, spécialisé en montagne. Je faisais des colos d’hiver, j’accompagnais les gamins au ski et ça a poursuivi cet amour que j’ai pour la montagne depuis toujours. »

« L’un des plus gros stress de mon existence »
Mais si vous envisagiez de lui confier les mômes le temps de profiter d’un vin chaud, prudence : il n’est pas à l’abri d’en paumer un en chemin ! « Oui, j’ai eu l’un des plus gros stress de mon existence en perdant une gamine. Quand vous êtes moniteur de ski, vous êtes avec les enfants toute la journée. Ça va doucement, en chasse-neige… Et je ne sais pas ce qui m’a pris, la dernière descente, j’ai foncé un peu, j’aime ça. Et quand je me suis arrêté pour compter les gamins, il en manquait une… Panique totale ! J’en prends deux avec moi, les meilleurs, et on refait le parcours. Je ne trouve pas la petite, alors je descends prévenir la sécurité et elle était là ! Elle était tombée et quelqu’un l’avait ramenée. L’angoisse ! Alors attention en montagne, restez toujours derrière vos enfants pour garder un œil sur eux ! »
Vous l’aurez compris, le ski, Lucien Jean-Baptiste l’apprécie rapide et sportif. « Très sportif ! » Il n’a pas son chamois de bronze pour rien. « J’aime le géant, prendre les grandes courbes ou une rouge à fond. Quand j’étais jeune, on se prenait des murs de bosses. Je passais la journée sur les skis, de 9 heures du matin jusqu’à la fermeture. On attendait vraiment la dernière remontée, puis que les gens aient dégagé les pistes pour descendre à fond avec les potes ! Il est vrai qu’aujourd’hui, c’est un petit peu plus pépère et puis on s’embourgeoise. La veille on a bien mangé et bien bu. Donc le lendemain, on est un peu plus lourd sur les pistes et on arrive plus tard. » Et puis il y a les enfants. Les siens, cette fois. « Courage à tous les parents qui ont à équiper leurs gamins au ski ! Ça c’est chaud, mais bon ça s’organise. »
La passion de Lucien Jean-Baptiste pour la montagne n’a visiblement pas échappé aux cinéastes. « Je crois que je suis devenu le Noir des neiges ! Il y a les films que j’ai écrits et réalisés, La Première et La Deuxième étoile bien sûr. Mais après j’ai joué dans un film de Jean-Paul Salomé, Je fais le mort, qui se passait à Megève. Dans BDE, de Michaël Youn, à Megève aussi, dans Possessions, à Méribel, dans la série Les Randonneuses… »
Reste une question qui nous brûle les lèvres : peut-on s’attendre à revoir la famille Élisabeth au cinéma pour une troisième étoile ? « Oui et non… J’aimerais tellement retrouver cette petite famille et ce qu’on a vécu était vraiment merveilleux. Mais j’ai tellement d’autres histoires à raconter et là, j’aurais peur de saouler en me répétant. Mais dans ce métier, il ne faut jamais dire jamais et si ça devait revenir, ce serait avec un grand bonheur ! »
Article issu du Dauphiné Libéré