L’humoriste et comédienne Melha Bedia : « Je suis la Jean-Claude Dusse au féminin »

À Fernand Raynaud – si loin de sa génération – il ne fallait pas parler de Grenoble. Melha Bedia n’a pas la “réf”, mais à elle, on hésite à causer de Megève. Enfin, il y a prescription. « C’était il y a 15 ans. J’étais jeune, je faisais les premières parties de Diams. Sur un coup de tête, on avait décidé de partir avec des copines au ski. »

Madame a du goût. Pas n’importe où : la station chic par excellence. Meuuugève, chez les Rothschild. Et patatras, c’était le drame. « Premier jour, première piste. On dévale une bleue, ce qui était peut-être présomptueux de ma part. Et là, bing, je me fais les ligaments croisés. On est venu me chercher avec l’hélico. Un vrai traumatisme. »

Alors quand elle débarque à l’Alpe d’Huez, en cette fin janvier, à la vue de tout ce blanc, les souvenirs reviennent : « Dès que je vois de la neige, je pense attelle, hôpitaux, radio, hélico… Bon, après, ce qui m’est arrivé est assez commun ». Pas de quoi faire un stand up, pour celle qui, gamine, jouait au foot avec les filles du PSG. Autre discipline où la rupture du “LCA”, le ligament croisé antérieur, est la terreur du pratiquant.

Tout schuss avec José Garcia

Pourtant, elle n’était pas débutante, la sœur du célèbre Ramzy, acolyte d’Éric Judor et brancardier pittoresque de la série H. L’humoriste et comédienne qui, depuis, s’est fait un prénom, avait un « petit » niveau de glisse. « J’avais ma deuxième étoile, j’adorais ça. On partait en famille. Ramzy allait avec ses potes, ma maman nous emmenait avec ma sœur à Serre Chevalier » raconte la banlieusarde du 9-2 (Hauts-de-Seine).

Le ski, sport de riches, vraiment ? « Ma mère était commerçante à Gennevilliers et élevait ses enfants seule. Elle travaillait mais c’était modeste. Avant que Ramzy devienne connu, on n’allait pas trop au ski. Ce n’était pas donné à tout le monde. Mais avec mes grands-parents, elle se saignait pour qu’on puisse goûter aux vacances en Espagne et à la neige. On louait un genre de Pierre et Vacances tout mignon. C’était ambiance raclette et famille. Ma mère ne skiait pas et nous attendait devant un chocolat chaud sur les pistes, à regarder le paysage. Quand on est jeune, on ne voit pas le danger. Moi j’étais du genre à aller tout droit, schuss. »

Tout schuss, comme le titre d’un film. Le troisième auquel elle a participé, tourné en Haute-Savoie aux Contamines Montjoie, voisine de Megève, chère à Romain Duris, avec José Garcia en vedette. « J’ai adoré la station et les gens. On y a passé deux mois, j’en garde de très bons souvenirs. Mais après l’épisode de Megève, j’avais une doublure pour les scènes de ski. J’avais trop peur ». Garcia tenait le rôle d’un père envahissant qui débarque en classe de neige. Connu pour être l’une des plus fines spatules du 7e art, passionné de freeride et de sports extrêmes, l’acteur était aux petits soins pour la petite jeune rigolote qui monte. « José portait mes skis, je n’oublierai jamais ».

« Dès que quelqu’un dérape, on rit »

Même doublée sur les planches, Melha, a dû s’employer et prendre de l’altitude. « On était sur une arête, il y avait du brouillard, tout était blanc, j’étais en flip total, et là j’ai fait une crise d’angoisse », se souvient l’humoriste, repartie facile, débit de mitraillette. Pourtant, à ses yeux, cet univers qui s’apparente à un terrain glissant est si propice à la comédie.

« Dès que quelqu’un dérape, on rit. Et Les Bronzés font du ski restent la référence. Après, y a bien eu Anatomie d’une chute, mais ça ne skie pas », ironise celle qui dissimule son intelligence derrière l’image sympa de la fille d’à côté et qui a eu son bac à 16 ans (mention Bien s’il vous plaît) ! Quand on parle des Bronzés, la jeune femme, qui a fait de l’autodérision sur ses rondeurs, sa virginité ou sa myopie, sa marque de fabrique (Spectacle fat and furious, hilarant) se reconnaît naturellement dans le personnage de Michel Blanc. « Celui qui dit tout le temps qu’il va conclure. Mes potes me charrient et me comparent à lui. Je suis la Jean-Claude Dusse au féminin. J’ai l’impression que tous les mecs sont sur moi et je me dis, ce soir, lui, il va passer à la casserole. Et finalement pas du tout. »

Photo le DL/Benoît Lagneux
Photo le DL/Benoît Lagneux

Le lac d’Annecy : « Je ne savais pas qu’on pouvait s’y baigner et que c’était si propre »

À la montagne, elle se contente désormais de faire de la luge. « Activité sous-cotée ». Comme son partenaire Manu Payet avec qui elle partage l’affiche de Deviens génial (sortie le 6 avril). L’histoire d’un voyage scolaire en Allemagne qui vire au fiasco. Ça rappelle à Payet, le Réunionnais, ce séjour en colo dans une station voisine « qui devait s’appeler quelque chose comme l’Alpe du Grand Serre ». Du tac au tac, Melha le chambre. « Là-bas, c’est plus low cost. Y a que des tire-fesses, pas des gros bazars de téléphériques comme à l’Alpe d’Huez ».

Elle avait pris goût aux stations chics. « Beaucoup Megève et Courchevel aussi. Récemment j’ai découvert la montagne l’été et ça, sans rire, c’est sous-coté. J’étais près de la Suisse, à Annecy, avec son lac. Je ne savais pas qu’on pouvait s’y baigner et que c’était si propre ». Comme tout humoriste qui se respecte, l’Alpe d’Huez est devenue son camp de base hivernal. Fin janvier, c’était sa quatrième fois au festival du film de comédie, signe qu’elle est bien installée dans le genre. Dans le jury, il y avait sa copine Alison Wheeler, sa partenaire en 2020, dans le film Forte, qui fut un carton. Mais pas de favoritisme, Melha attend encore son prix d’interprétation. « Ils doivent avoir quelque chose contre les myopes. »

Sous le Pic Blanc, on est aux antipodes du raout de cinéastes d’auteur. On aura traduit « prise de tête ». « J’aime l’accessibilité du festival et son côté populaire ». Devenue une habituée, elle mesure le chemin parcouru depuis sa faute de carre à Megève. « Le temps où, simple habilleuse, Diams m’a donné le droit de faire ses parties pour voir ce que je donnais sur scène. » Et sur ces planches-là, la Parisienne a prouvé qu’elle savait tenir debout.

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