« On est loin de la rentabilité »: malgré les pertes, cette station des Alpes a prolongé sa saison

Ils ne sont pas légion, les skieurs du mercredi 25 mars, sur les pistes de Réallon. Mais ils sont à l’aise, aucun risque de collision. Lily-Rose et James, 4 et 7 ans, font leurs premières descentes ou presque. Arrivés de Pertuis le matin pour prendre un cours, ils reprendront la route sans craindre de bouchons. « On a choisi de venir hors saison et en semaine. Même si ça reste cher, on veut qu’ils découvrent une diversité d’activités », raisonne Chloé, la maman. « Réallon, c’est familial et ça correspond à notre niveau » complète son mari Nicolas.

Ce qu’ignorent les Vauclusiens, c’est que Réallon fait du rab. Le domaine exploité en régie municipale a décidé de fermer une semaine plus tard que prévu. « D’habitude en fin de saison, on ne force pas trop : il n’y a plus trop de neige, les gens n’ont plus la tête au ski, on sort les vélos… Mais cette année, la neige est là, le froid et le soleil aussi » compare Kévin Thirion, le directeur des remontées mécaniques. Derniers virages dimanche 29 mars. « Dans l’histoire récente de Réallon, on n’a jamais tenu jusqu’à fin mars. »

Possible grâce à un enneigement de gala – cinq mètres cumulés cet hiver au sommet -, la décision a été prise pour diverses raisons. Le village vacances en aval accueille un rassemblement d’étudiants. Réallon fête ses 40 ans, ce bonus fait partie des cadeaux offerts à la clientèle.

Une prolongation qui séduit malgré la faible affluence

Et ce n’est pas un présent au rabais. Le forfait était à prix réduit et 70 % du domaine était ouvert. « Les conditions sont exceptionnelles. Il y a deux mètres de neige là-haut et c’est super stable », savoure Julien Drouault, skieur-alpiniste mordu, venu de Chorges avec Milo et Lucas ses fils, non moins acharnés. Tous les trois avaient le forfait saison et apprécient cette prolongation. Ils auront largement profité des 103 jours d’ouverture de Réallon – un record.

Ouvrir pour si peu de monde ? « C’est sûr qu’on est loin du point de rentabilité », admet Kévin Thirion. Pour cette ultime semaine, tous les pisteurs étaient présents ; un tiers du personnel des remontées – une quarantaine de personnes au plus fort de février – avait rangé la tenue. Pour atteindre 5 000 euros de chiffre d’affaires aux caisses et rentrer dans ses frais, il faudrait 170 skieurs par jour. « On est à la moitié. » Mais le directeur veut « montrer qu’on est capable d’être présent quand il y a de la neige ». L’image de Réallon y gagne.

« C’est bien, ça fait de la bonne pub » approuve Guillaume Peyron. Des moniteurs comme lui, il n’y en a que « trois ou quatre » par jour, cette dernière semaine – contre 25 en haute saison. Ce serait malvenu que des clients trouvent porte close à l’ESF. « Ça montre qu’il y a de la motivation, malgré le fait qu’on perd de l’argent » estime celui qui n’a donné qu’une heure de cours, le mercredi. Côté commerces, le restaurant d’altitude joue le jeu, les magasins de location aussi.

Kévin Thirion, le directeur des remontées mécaniques de Réallon. Photo Nathan Limasset
Kévin Thirion, le directeur des remontées mécaniques de Réallon. Photo Nathan Limasset

Une saison record malgré les imprévus

Si la station se permet cette fantaisie financière, c’est aussi et avant tout parce qu’elle boucle une saison exceptionnelle. 145 000 journées-skieurs, c’est + 40 % par rapport à 2024-2025. Les remontées ont enregistré 860 000 passages, du jamais vu. Un chiffre d’affaires record, en hausse de 45 % en deux ans. 2,1 million d’euros TTC de recettes.

Voilà donc un directeur heureux. Le bilan aurait pu être encore meilleur, si une panne électrique n’avait pas frappé Réallon en pleines vacances d’hiver. « On a perdu 70 000 euros dans l’histoire » regrette Kévin Thirion. Qui se console, car dans la lignée d’un décembre très doux, 2025-2026 commençait mal.

Après cet hiver exceptionnel, plus dur sera le retour à la réalité du changement climatique causé par l’homme ? Même pas peur. Depuis qu’il est arrivé en 2023, le directeur n’a connu que des hivers « difficiles », entre pluie et sécheresse. Mais il a une équipe « remarquable d’adaptabilité », « capable de faire des merveilles ». S’adapter, c’est la clef, une obligation. Il ne se leurre pas pour autant. « Je vois la difficulté mais je suis confiant. La cerise sur le gâteau, c’est une année comme celle-là. » Et rappelant que Réallon et ses sœurs sont « des entreprises performantes, mais fragiles », il en profite pour glisser que les politiques publiques doivent « être très proches » des stations, grandes pourvoyeuses d’emplois et de retombées économiques.

Article issu du Dauphiné Libéré

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