« Quand je vois les Alpes autrichiennes, elles ne font pas mieux que nous. Mais l’image des nos montagnes n’est pas la même, surtout pour ceux qui ne sont jamais venus. » Délégué montagne chez Atout France, Sylvain Charlot sonne l’alerte. « Il faut absolument qu’on travaille à améliorer la perception de notre destination. Nous avons énormément de progrès à faire », souligne-t-il, lors de la première édition de l’Alps Summit, organisé par le Club Med ce 28 avril à Tignes. Avant d’ajouter : « Quand ils viennent, la perception de nos montagnes françaises s’améliore alors nettement. »
Geoffrey Mercier, directeur général d’Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme, observe tout de même une évolution positive : « Lors d’une dernière étude en 2023, la perception de la qualité de notre accueil a progressé de 13 % par rapport à 2019. »
Une attractivité internationale encore à renforcer
Pour le délégué montagne d’Atout France, il est également important de « marcher sur plusieurs jambes » et de diversifier au maximum la clientèle internationale, à la fois en se basant sur les historiques, à l’instar des Anglais et des Belges, et en partant à la conquête de « nouveaux marchés », notamment en Allemagne et aux États-Unis. Geoffrey Mercier confirme : « On amplifie les cibles qui auront des forts potentiels de développement. Aux USA et au Canada, nous sommes encore sur des volumes qui sont plutôt faibles. »
Charlotte Bernin, directrice des marchés Europe, Moyen-Orient Afrique au Club Med, va dans le même sens : « Pour un New-Yorkais, c’est moins cher de venir dans les Alpes pour skier que d’aller dans le Colorado. C’est, pour nous, un atout. » À la tête des Aéroports de Lyon, Cédric Fechter pense, lui, à la « nouvelle clientèle chinoise » tout en précisant : « Ce n’est plus une clientèle de volume mais de valeurs, qui porte un vrai intérêt à nos montagnes malgré les équipements qu’ils ont dans leur pays. »

De nouvelles clientèles aux attentes diversifiées
Il y a aussi les Brésiliens. C’est la deuxième nationalité de la clientèle du Club Med, après la France et devant le Royaume-Uni. Ils ont été 28 000 à venir cet hiver dans une des résidences alpines du groupe. Encore faut-il adapter au mieux l’offre : « Si le ski demeure le principal attrait, cela ne suffit plus. Ils sont à la recherche de paysages exceptionnels, de gastronomie et de richesse culturelle. La France possède alors de véritables atouts », précise Charlotte Bernin.
L’autre levier de développement concerne la question du transport, en lien avec l’avion, selon Cédric Fechter : « Les Aéroports de Lyon visent à être la porte d’entrée des Alpes françaises. Pour l’instant, ce n’est pas le cas avec Genève qui accueille près de deux millions de skieurs chaque année contre 500 000 chez nous. Mais si on met en place tout une intelligence opérationnelle avec une gare routière collée au terminal et des experts, nous allons délivrer un produit qui plaira aux étrangers et nous augmenterons les marchés à destination des Alpes françaises. » Et d’insister : « Il n’y aura pas d’avenir pour l’avion si on ne travaille pas sur la décarbonation. »
L’enjeu porte également sur la formation des acteurs socioprofessionnels selon Geoffrey Mercier : « Nous avons, dans notre région, le plus grand organisme de formation de tourisme de France. En termes de lisibilité, d’accessibilité et de langue parlée, nous avons encore du boulot », souligne le directeur général d’Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme.
Mais la question de l’équilibre est essentielle pour le délégué montagne d’Atout France : « Si on veut avoir une balance économique positive, on est obligé d’avoir ces clientèles internationales. Mais celles de proximité sont essentielles face à l’instabilité géopolitique et aux coûts de l’énergie. Je mets aussi un gros “warning” sur l’acceptabilité sociale des vacances dans nos montagnes. Le ski doit rester une activité populaire et accessible, y compris pour les marchés français. » Et de poursuivre : « En pleine dégradation du pouvoir d’achat, on doit être absolument vigilant pour pouvoir intégrer ces clientèles de demain. Les jeunes qui skient aujourd’hui seront ceux qui amèneront, plus tard, leurs propres enfants en station. »
Article issu du Dauphiné Libéré