« Quel est le plus haut refuge de France ? ». Si l’on vous pose la question de but en blanc, vous avez peut-être envie de répondre le refuge Vallot.
Après tout, il est perché à 4 362 mètres d’altitude, juste sous le sommet du mont Blanc. Et il est très connu. Mais en réalité, il ne s’agit pas d’un refuge gardé. Aucun gardien ne veille sur les lieux, il n’y a ni accueil, ni repas, ni réservation. Juste un abri d’urgence, prévu pour les alpinistes en difficulté.
Le titre revient à un autre lieu, bien plus difficile d’accès, mais pourtant gardé tout l’été par une véritable équipe de passionnés. À 3 450 mètres d’altitude, le refuge de l’Aigle, situé dans le massif des Écrins ? Non, trop bas. Il faut chercher plus haut.

Bienvenue au Goûter
Le refuge du Goûter, à 3 835 mètres d’altitude dans le massif du mont Blanc, est officiellement le refuge habité le plus haut de France. Il se trouve juste au-dessus du couloir du même nom, sur la voie normale d’ascension du mont Blanc, entre l’Aiguille du Goûter et le dôme. Ce bâtiment métallique de forme ovoïde, posé sur une arête étroite et battue par les vents, marque la dernière halte avant le sommet.
L’annexe récente est ouverte l’été, et cette année du 25 mai au 6 octobre, une équipe de gardiens y vit en permanence. Ils y dorment, préparent les repas, entretiennent le bâtiment et accueillent les alpinistes qui montent passer la nuit avant l’ascension. Le refuge peut héberger jusqu’à 120 personnes. L’eau est obtenue en faisant fondre la neige l’électricité provient en grande partie de panneaux solaires (même si aujourd’hui, le recours au fioul pour complémenter fait polémique).
Du simple abri à la capsule d’inox : l’évolution du refuge du Goûter
L’idée d’un abri sur l’arête du Goûter remonte à 1784, mais il faut attendre 1854 pour que le docteur Charles Loiseau y fasse construire une première cabane en pierre, surnommée la « cabane à l’Oiseau ». En 1858, un refuge sommaire est édifié à 3 817 mètres. Il est glacial, peu étanche, et limité à quatre ou cinq places. Une nouvelle version, plus confortable, voit le jour en 1906, suivie d’un agrandissement en 1936, puis d’une refonte complète en 1960, avec un bâtiment préfabriqué héliporté, conçu par l’architecte Lederlin.
Face à la surfréquentation et à l’usure, un projet de remplacement est lancé en 2006. Le chantier démarre en 2010 et s’achève en 2013. Le refuge actuel, aux lignes futuristes en inox, devient alors le plus haut refuge gardé de France. L’ancienne annexe est conservée pour l’hiver et les secours.
Au niveau européen, un refuge dépasse le Goûter. Il s’agit de la Capanna Margherita, construite sur la Pointe Gnifetti à 4 554 mètres, dans les Alpes italiennes. Là-bas aussi, le bâtiment est gardé l’été, et les conditions de vie sont encore plus extrêmes.
Y dormir, c’est possible… mais pas à la légère
Le refuge du Goûter n’est pas un hébergement comme un autre et Pour y dormir, il faut d’abord réserver longtemps à l’avance via le site de la Fédération française des clubs alpins et de montagne. En pleine saison, les places sont prises d’assaut dès l’ouverture des réservations. Prix classique : 68 euros la nuit.
Ensuite, il faut être prêt physiquement. L’itinéraire commence généralement au Nid d’Aigle (2 372 m), que l’on atteint avec le tramway du mont Blanc. Puis vient une longue montée jusqu’au refuge Tête Rousse, suivie du célèbre couloir du Goûter, un passage raide et exposé aux chutes de pierres, qui demande de partir tôt et de s’encorder.
Une seule précaution : ce n’est pas une randonnée classique. Même pour rejoindre le Goûter sans aller au sommet, une bonne acclimatation, du matériel adapté (crampons, baudrier, casque) et l’encadrement d’un guide sont très fortement recommandés. Ce refuge est à réserver à ceux qui veulent vraiment s’approcher du mont Blanc, sans le banaliser.
Pour des raisons d'hygiène, les draps sac individuels sont obligatoires. En vente au refuge pour 10 euros.
