Perché entre la vallée du Grésivaudan et le plateau des Petites Roches, le funiculaire de Saint-Hilaire-du-Touvet est un chef-d’œuvre d’ingénierie montagnarde. Avec une pente maximale de 83 %, il détient le titre du funiculaire le plus raide de France.
Inauguré en 1924, il reste une référence dans l’univers des transports alpins. À l’arrêt depuis la fin de l’année 2021, il devrait redémarrer en 2027. Son histoire mêle santé, technologie, tourisme et patrimoine, dans un décor naturel à couper le souffle.
Un projet né pour lutter contre la tuberculose
L’idée du funiculaire voit le jour au début du XXe siècle, dans un contexte sanitaire critique. Le plateau des Petites Roches accueillait plusieurs sanatoriums destinés à soigner les tuberculeux grâce à l’air pur de la montagne. Pour faciliter l’acheminement des malades et du matériel médical, l’Association Métallurgique et Minière (AMM) lance en 1917 un ambitieux projet de liaison par câble.
Les travaux de construction débutent en 1920 et s’achèvent en 1923, mobilisant l’entreprise suisse Von Roll. L’ouvrage, remarquable pour l’époque, coûte environ 4 millions de francs. Il est officiellement inauguré le 19 juillet 1924 en présence du président de la République, Gaston Doumergue. À l’origine réservé au transport médical, le funiculaire va très vite élargir son rôle.
Un exploit technique hors norme
Long de 1 480 mètres, le funiculaire relie la gare basse, située à 260 m d’altitude, à la gare haute perchée à 967 m, soit un dénivelé de 716 m. Le tracé franchit des pentes extrêmes, atteignant jusqu’à 83 %, ce qui en fait le funiculaire à voie métrique le plus raide de France. Son système repose sur deux voitures fonctionnant en contrepoids, reliées par un câble en acier de 38 mm de diamètre.
Le trajet dure environ 20 minutes, à une vitesse de croisière d’environ 1,2 m/s. Grâce à ses systèmes de freinage multiples, il garantit une sécurité optimale sur un parcours aussi vertigineux. Au fil des années, l’infrastructure a su évoluer tout en conservant son cachet d’origine.
Du soin au tourisme : une reconversion réussie
À partir des années 1950, les sanatoriums ferment progressivement leurs portes, en grande partie grâce à l’arrivée des antibiotiques. Le funiculaire, quant à lui, trouve une nouvelle vocation dans le tourisme. Il devient un moyen d’accès privilégié pour les randonneurs, les parapentistes et les familles curieuses de découvrir les panoramas grandioses de la Chartreuse.
Chaque année, avant sa fermeture, il accueillait entre 45 000 et 50 000 visiteurs. La montée elle-même devient une expérience unique, où l’on grimpe « à la verticale », suspendu au-dessus des forêts et falaises du Grésivaudan. En 1992, les cabines sont remplacées par des voitures rétro inspirées de celles de 1924, renforçant l’aspect patrimonial du site.
Un patrimoine vivant et éducatif
Le site ne se limite pas à un simple transport. La gare haute abrite le Laboratoire d’Icare, un espace muséographique consacré à l’histoire du vol libre et à la science du vent. En effet, le plateau des Petites Roches est aussi un haut lieu du parapente, avec la célèbre Coupe Icare, festival mondialement reconnu. Le funiculaire participe ainsi à l’identité culturelle et sportive du massif de la Chartreuse.
Le panorama depuis le sommet est tout simplement exceptionnel : vue plongeante sur la vallée du Grésivaudan, les crêtes de Belledonne, le Vercors et parfois même le Mont-Blanc par temps clair.

Une catastrophe et une renaissance attendue en 2027
Le 29 décembre 2021, une crue torrentielle dévaste la gare basse du funiculaire. Une des voitures est ensevelie sous les gravats, les infrastructures sont lourdement endommagées. Face à l’ampleur des dégâts, l’exploitation est suspendue. Mais l’attachement local au site est tel qu’un projet de reconstruction est rapidement lancé.
La communauté de communes du Grésivaudan, le département de l’Isère et la région Auvergne-Rhône-Alpes se mobilisent pour relancer l’activité. Une enveloppe de 6 millions d’euros est envisagée pour reconstruire la gare, réparer la ligne et moderniser les installations, avec une réouverture envisagée à l’horizon 2027. L’association Ag’Hil, composée de passionnés et de bénévoles, œuvre activement à cette renaissance, avec l’ambition de faire du funiculaire un modèle de transport durable et de tourisme patrimonial.
Le funiculaire de Saint-Hilaire-du-Touvet n’est pas un simple vestige d’un passé révolu. Il est un symbole d’ingéniosité, un témoin d’une époque, et un acteur majeur du tourisme en Chartreuse. Sa réhabilitation prévue pour 2027 marque le retour attendu d’un patrimoine unique, vertigineux et profondément enraciné dans l’histoire locale.


